Dendrologie sylviculture 3

Les notes qui suivent  ont comme bibliographie particulière , un syllabus de sylviculture rédigé par M. Parfonry, professeur à l'ISIPH à Ath en 1989, dans le cadre du cours de sylviculture donné aux futurs ingénieurs industriels en agriculture 

CHAPITRE 2 : DISPERSION ET SYNECOLOGIE

2.1 L'aire de dispersion, races et écotypes

- L'aire de dispersion d'une espèce est le territoire géographique dans lequel elle se trouve à l'état naturel . Beaucoup d'espèces sont loin d'occuper tous les territoires où elles pourraient rencontrer des conditions de vie favorables. ex. Le sapin pectiné en Ardenne.

- L'aire virtuelle d'une espèce est l'ensemble des territoires qu'elle pourrait occuper eut égard à l'existence d'un climat actuel favorable, d'un sol favorable mais qu'elle n'occupe pas par suite de causes géologiques ou de l'existence de barrières infranchissables. Cette notion est importante lorsque l'on aborde le problème de l'introduction de certaines essences exotiques dans une contrée.

L'aire virtuelle est bien sûr plus vaste que l'aire naturelle.

Remarque : Une essence n'occupe pas nécessairement la totalité de son aire naturelle. La présence de sols défavorables, de fonds de vallées où sévissent les gelées tardives etc. exclut par exemple certaines essences délicates comme le Hêtre et le Sapin pectiné. 

- L'étendue de l'aire, selon les essences elle sera  :

  • très restreinte ou localisée; on dira, alors, que l'espèce est endémique. ex. le Mélèze duJapon dans l'île de Hondo, l'Epicéa omoroka dans les montagnes de Serbie.
  • très étendue ; c'est le cas de pas mal d'essences économiquement importantes. ex. Le Hëtre, le Pin sylvestre, le Douglas vert, le chêne pédonculé.
  • morcellée ou discontinue ; ex. le Sapin pectiné.
  • On note souvent des stations isolées, disjointes de l'aire principale, ce sont les avants postes ou les relais

Il est intéressant d'examiner les limites des aires selon 3 directions :

- La latitude qui détermine des zones forestières.

- L'altitude qui détermine des étages de végétation.

- L'éloignement de l'océan qui permet de distinguer des essences océanophiles ( ex. l'Epicea de Stika ) et continentales ( ex. l'Epicea commun).

Il faut nuancer les expressions " nos forêts dépérissent ", on y a planté massivement des Epicéas et cette essence dépérit en dehors de son aire naturelle.

Le termes "races géographiques" résulte d'une différenciation plus ou moins poussée d'espèces ayant une vaste aire naturelle. Ces espèces sont dites "plastiques" ou "tolérantes", car elles s'accommodent de conditions climatiques très différentes.

Parfois au sein de ces races locales, une adaptation encore plus poussée  à des microclimats particuliers a conduit à la formation d'écotypes.

Ces écotypes se distinguent par : 

  • Certains caractères morphologiques, parfois incontrôlables.
  • Des comportements différents à l'égard de certains facteurs climatiques.
  • Des comportements différents à l'égard de certains ennemis.
  • Un rythme de croissance particulier ( l'instant du débourrement par exemple ).
  • Des différences de production ligneuse.
  • Des différences de caractéritiques technologiques des bois .

Le choix des bons écotypes revête une importance capitale en sylviculture; les centres de recherche forestière l'ont bien compris, et actuellement de nombreuses études lui sont consacrées.

Les essences dites "naturalisées" sont des essences introduites par l'homme dans des régions différentes de leur pays d'origine, elles s'y comportent comme des essences spontanées, car elles y trouvent des conditions climatiques analogues.

ex. Le sapin pectiné retrouvé en Ardenne

Une essence est dite "acclimatée" lorsque l'on réussit à la cultiver dans un territoire dont le climat diffère de celui de son pays d'origine. Ex. le Mélèze du Japon introduit en Belgique     

2.2 La station

Une station est un terme qui désigne un emplacement "écologique" caractérisé par un certaine nopmbre de paramètres précis ( climat, microclimat, sol, exposition.......)

Importance relative des divers facteurs stationnels, les plus importants à considérer sont les facteurs stationnels climatiques : ils conditionnent dans une large mesure l'aire de dispersion des essences, viennent ensuite les propriétés physiques des sols et surtout son économie en eau. Les conditions chimiques des sols ne sont vraiment essentielles que pour un petit nombre d'essences  ; la plupart son en effet assez tolérantes à cet égard, et les champions sont , sans conteste les Gymnospermes , beaucoup plus frugaux, en règle générale , que les Angiospermes.

On remarque que dans l'optimum climatique de leur aire de dispersion des essences, le plupart de celles-çi soont très tolérantes quand auux conditions physiographiques ou édaphiques, mais qu'elles deviennent beaucoup plus électives à mesure que l'on se rapproche de leurs limites.

L'épicéa commun est une espèce  montagnarde qui est très tolérante dans l'optimum de son étage de végétation, il y est indifférent à la pente, au type de sol et à l'exposition.A mesure que l'on descend dans la plaine plus chaude et moins humide, on la voit déserter peu à peu les versants ensoleillés et se réfugier sur les versants ombragés plus frais.     

2.3 Relations de co-action entre essences forestières

La localisation spontanée des essences n'est pas seulement conditionnée par les seuls facteurs physiques du milieu, mais aussi par le jeux de la concurrence entre végétaux.

Ex. Le bouleau verruqueux, essence particulièrement pionnière et très frugale, est apte à prospérer sur presque tous les  sols de l'Europe tempérée. Pourtant on ne le rencontre à l'état naturel que dans les sols les plus médiocres; car il est éliminé de toutes les stations plus favorables par des essences plus exigeantes, plus vigoureuses, plus longévives et atteignant des dimensions plus imposantes qui l'empêchent de s'y reproduire et de s'y propager.

L'amplitude écologique de la plupart des essences est donc bien plus large que ne le leisse apparaître leur seule distribution naturelle.

Les essences sociales sont celles particulièrement aptes à vivre en société étroité groupant un très grand nombre d'individus de la même espèce. Ex. Hêtre, chêne pédonculé, chêne sessile, épicea commun, sapin pectiné.

Les essences disséminées sont celles se rencontrant par pieds isolés ou par petits groupes, dispersés dans la masse d'autres essences plus sociales.

ex. érable sycomore, merisiers, tilleuls à grandes feuilles et à petites feuilles. Outre les raisons qui ont été évoquées çi-dessus pour expliquer la rareté des bouleaux verruqueux dans nos forêts, il faut aussi signaler les causes de disséminations suivantes :

  • L'héliophilie
  • Des stations par trop différente de l'optimum de croissance
  • Des exigences très strictes
  • La présence d'ennemis redoutables
  • Des raisons historiques
  • Enfin, les importants choix et, parfois, bouleversements que l'homme a imposé dans le cadre de sa politique forestière séculaire

Donc : les peuplements formés par les diverses essences forestières sont des plus variés selon les stations. Ils forment diverses associations végétales dont l'étude relève de la phytosociologie.

CHAPITRE 3 : TEMPERAMENT

Le tempérament d'une essence est la manière dont elle se comporte à l'égard des facteurs climatiques ( principalement ).

3.1 Besoins en lumière

Les essences héliophiles ont des besoins élevés en lumière, et cela dès le plus jeune age ( parfois dès la germination de la graine ). elles supportent donc difficilement l'état serré. Elles ont des cîmes assez réduites et peu denses, car les parties inférieures et intérieures s'éclaircissent naturellement, le manque de lumière les affectant très vite. Leur couvert est donc léger. Ex. Pin sylvestres, bouleau verruqueux et pubescents, Chênes sessiles.   

Les essences sciaphiles supportent et même réclament un certain ombrage durant une période plus ou moins longue de leur jeunesse. Passé ce cap elles réclament, elles aussi, la pleine lumière pour s'épanouir. Elles vivent aisément en massifs denses, et, pour des raisons inverses  que çi-dessus, elles ont souvent un couvert épais. Ex : Hêtre, Sapin pectiné, If.

- il existe bien sûr des catégories intermédiaires :

  • Les essences semi-héliophiles, ex. frêne, orme champêtre, pin noir d'autriche
  • Les essences semi-sciaphiles, ex. érables indigènes, charme, épicéa commun, chataîgnier 

Ces essences supportent un certain ombrage dans leur prime-jeunesse, mais doivent être vite dégagées  pour se développer normalement.

Remarques :

1)  le climat de nos contrées, remarquable, notamment, par une atmosphère peu claire et assez humide, exacerbe l'héliophilie et par contre atténue la sciaphilie, on peut émettre la remarque inverse pour les régions continentales.

2) beaucoup d'essences, relativement délicates dans la jeunesse, apprécient la protection que leur confère un ombrage latéral ou supérieur. A ce moment, elles présentent d'incontestables tendances sciaphiles, alors que quelques années après, elles les perdent parfois totalement.

3) les essences forestières supportent mieux l'ombrage dans les sols frais et fertiles. 

3.2 Comportement à l'égard des autres facteurs climatiques 

On distinguera :

- les essences robustes sont aptes à supporter sans inconvénients l'action directe de ces facteurs, et, celà dès leur prime jeunesse.

ex. pin sylvestre, bouleau verruqueux. D'ordinaire, elles sont également héliophiles.

- les essences délicates exigent d'être protégées pendant la jeunesse.

ex. hêtre, sapin pectiné

Généralement elles sont sciaphiles ou semi-sciaphiles. 

 

  

 

 

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Date de dernière mise à jour : 24/09/2015