transition paléolithique / néolithique

L'agriculture semblait avoir débuté, un peu partout dans le monde, par la domestication de céréales : blé et orge au Proche-Orient, riz en Inde et en Chine, maïs en Amérique. Toutefois, sur ce dernier continent, des archéologues viennent de découvrir des traces de courges domestiques aussi anciennes que les plus anciennes traces de maïs.

Quand et comment l'agriculture est-elle apparue en Amérique ? Jusqu'ici, le maïs semblait avoir été la première plante domestiquée : les plus anciennes traces, datées d'environ 10 000 ans, ont été découvertes dans la vallée de Tehuacan, au Mexique . Or, Dolores Piperno, de l'institut Smithsonian de recherche tropicale, au Panama, et Karen Stothert, de l'université du Texas, ont annoncé qu'à la même époque des populations du sud-ouest de l'Équateur cultivaient des légumes de la famille des courges, des aubergines et des concombres .

Leur démonstration s'appuie sur l'examen et la datation directe, par la méthode du carbone 14, de phytolithes, des structures minérales microscopiques produites par les plantes. Au préalable, les archéologues avaient étudié les phytolithes produits par 157 populations actuelles de cucurbitacées, domestiques et sauvages. Ils en avaient conclu qu'ils sont notablement plus gros pour les légumes domestiques. La comparaison des phytolithes retrouvés dans les sols archéologiques avec cette collection de référence démontre sans ambiguïté que les courges qui poussaient il y a une dizaine de milliers d'années dans les sites étudiés étaient déjà domestiques.

Ce résultat va à l'encontre des théories expliquant la naissance de l'agriculture par des nécessités économiques et productives, avancées par exemple par Robert Braidwood, de l'université de Chicago : les premières sociétés sédentaires, ayant besoin de ressources plus abondantes, auraient domestiqué en premier lieu des céréales, plantes prolifiques et nutritives. La courge n'est toutefois pas une exception : dans les Andes, la plus ancienne plante domestique connue est le piment, dont on a trouvé des traces d'environ 8 500 ans sur le site de Guitarrero, au Pérou. Barbara Pickersgill, de l'université de Reading, en Grande-Bretagne, a expliqué cette domestication par la recherche d'un condiment dont les qualités aphrodisiaques et toniques auraient favorisé les dépenses d'énergie, gestuelle et sexuelle, au cours des réunions de communautés villageoises.

 

I.2 Commentaires introductifs (lire l'aube des siences dans le ciel néolithique rubrique histoire et philosophie des sciences suite 1 de ce site)

Ce texte mets en évidence, le flou qui persiste au niveau de l'origine de l'agriculture, c'est ainsi que l'on peut mettre en cibler les points suivants :

- Le début de l'agriculture n'est pas le fait d'une unique zone géographique donnée, elle correspond avec la néolithisation de peuplades de chasseurs cueilleurs un peu partout à la surface du globe.

- Cette néolithisation eut lieu à des époques différentes en fonction des zones géographiques, certaines rares peuplades actuelles ne l'ont pas encore entamée.

- Globalement, les premières traces de cultures végétales auraient à peu près 10.000 ans, elles n'auraient pas nécessairement un but alimentaire  ( rituel, aphrodisiaque, tonique...)

- On n'est plus sûr que les premières plantes cultivées furent des céréales ( Engrain,Sorgho, Millet, Riz...)  

Pour simplifier nous considérerons que :

Le réel démarrage de l'agriculture correspond à la culture de plantes et l'élevage d'animaux dans un but alimentaire.

L'agriculture est apparue parfois simultanément dans plusieurs zones du monde.

L'agriculture méditerranéo-européenne, dont nous parlerons plus particulièrement,  se forma au Proche Orient et diffusa vers l'Ouest (Méditerranée) puis du sud vers le nord (Europe du Nord) entre 6000 et 2000 avant notre ère.

Sont englobés dans l'aire géographique du Proche Orient, les états modernes de l'Iran, l'Iraq, Israël, la Jordanie, la Turquie, la Syrie, le Liban et le nord de la péninsule arabique

 I.3 Apparition de la culture et de l'élevage : contexte naturel et humain

a) Fin d'une glaciation ( la dernière)

Cette glaciation porte le nom de "Wurm" , en elle même elle correspond à un évènement climatique du Pléistocène dans les Alpes, son nom correspond à un tributaire du Danube tout comme les quatre précédentes ( "Riss, Mindel, Gunz, Donau") qui ont également eu lieu dans les Alpes au Pléistocène.  

 

Sa définition repose sur les observations des conséquences géologiques de la baisse importante des températures moyennes sur une longue période (nappe fluvio-glaciaire, moraines) dans le massif alpin.

Origine


Les causes des glaciations ont été l'objet de nombreux débats, depuis que le phénomène a été clairement identifié au XIXe siècle. Les théories modernes retiennent souvent une relation avec les oscillations périodiques de l'orbite de la Terre (cf. les paramètres de Milanković), associée à des variations hypothétiques et périodiques dans le rayonnement solaire ou les effets d'un déplacement d'importantes masses continentales vers les régions polaires.

 

 

Deux résultats d'évaluation  des températres glaciaires notamment par carottage dans le Lac Vostock gelé en permanence

Conséquences
Lors d'une période glaciaire, les phénomènes suivants se produisent suite au refroidissement climatique :

formation d'inlandsis : des inlandsis s'installent progressivement sur les zones continentales des hautes latitudes, avec une épaisseur maximale de l'ordre de 3 km, et fluent vers leurs marges.
baisse du niveau de la mer (glacio-eustasie) : le stockage de glace sur les continents provoque la baisse du niveau des océans (de l'ordre de 120 m pour la dernière période glaciaire) et provoque l'émersion d'une partie des plateaux continentaux.
mouvements tectoniques verticaux (glacio-isostasie) : sous le poids de la glace, des mouvements tectoniques verticaux affectent les zones englacées et leur marges (enfoncement lors de la glaciation, soulèvement ou rebond lors de la déglaciation).
modification de la circulation océanique : la circulation océanique mondiale est complètement transformée (avec des influences réciproques, complexes et méconnues dans le détail, sur le climat).

 

 L'indlansis formé dans le contexte global des dernières glaciations 

 

 

Extension glaciaire au maximum de Würm, il y a 20.000 ans

La dernière glaciation vue du pôle Nord

Remarque :

Un enregistrement continu et global des variations de température a donc été recherché à partir des années 1950. Il a été fourni par des carottages dans les sédiments des fonds océaniques et dans les calottes glaciaires du Groënland ou de l'Antarctique. La proportion entre les isotopes  16 et 18 de l'oxygène contenus dans ces sédiments (en particulier dans les Foraminifères  fossiles des sédiments océaniques) est corrélée à celle de l'eau de mer, elle-même liée à la température moyenne de l'atmosphère terrestre. Une courbe de variation de la température moyenne a ainsi pu être établie pour les 200 derniers millénaires. Elle a ensuite été confrontée aux datations obtenues par d'autres méthodes pour aboutir à une chronologie isotopique désormais universellement reconnue.

La courbe isotopique de températures a permis de définir une alternance de stades froids et tempérés, numérotés à partir du stade tempéré actuel ou stade 1, en remontant dans le temps. Ces stades sont appelés stades isotopiques de l'oxygène (ou OIS pour Oxygen isotope stage). Les stades froids portent des numéros pairs (2, 4, 6, etc.) et les stades tempérés portent des numéros impairs (3, 5, 7, etc.). Ils peuvent correspondre respectivement aux phases glaciaires et aux interglaciaires des anciennes chronologies continentales, mais aussi à des épisodes intermédiaires, les interstades. La glaciation würmienne correspond approximativement aux stades isotopiques 2, 3, 4 et la majorité du stade 5 : deux stades froids (OIS 2 et 4) séparés par un interstade tempéré (OIS 3) et une série d'oscillations assez rapides (OIS 5a à d).

 Les ères glaciaires sont marquées par la présence de calottes glaciaires aux pôles. Ces périodes froides sont plutôt minoritaires dans l'histoire climatique de la Terre. La dernière période glaciaire a commencé il y a 35 millions d'années lorsque les premiers glaciers sont apparus en Antartique.
Depuis 2 millions d'années, le climat de la Terre est particulièrement froid, même si périodes glaciaires froides et interglaciaires chaudes (que nous vivons aujourd'hui) continuent à se succéder. Notons qu'au sein de cette alternance, les périodes froides (environ 100 000 ans) sont 10 fois plus longues que les chaudes (environ 10 000 ans).

Au dernier maximum glaciaire, il y a 21 000 ans, les températures étaient en moyenne inférieur de 6°C à celles que l'on connaît actuellement. Le climat était alors rude, et dans de telles conditions nos ancêtres étaient tous nomades. Ils vivaient de la chasse et de la cueillette, et un tel rythme de vie demandait une importante dépense en énergie pour survivre, les migrations étaient régulières et innévitables, elles suivaient les cycles de la nature et permettaient à la biosphère de se régénérer.

Les avancés de la préhistoire

b) Néolithisation

Transition Paléolithique-Néolithique

Parmis les différentes espèces d'hommes préhistoriques vivant à l'époque, l'une des dernières à avoir occupé la Terre au côté de Sapien, fut l'homme de Néandertal. Son cerveau était plus gros que le notre, il savait maîtriser le feu, ses traditions comportaient les rites funéraires bien avant l'arrivée de Cro-Magnon (le "Sapiens" d'Europe) sur le continent européen, et sa capacité d'adaptation physique et culturelle l'a conduit au Moyen-Orient, en Asie et en Europe.
Il y a 40 000 ans le long succès évolutif des Néandertaliens commence à s'essoufler, et au cours des 10 000 ans qui suivirent les Néandertaliens disparaissent d'Europe, laissant le champ libre à Sapiens qui l'occupera immédiatement après. La cohabitation de ces deux espèces aura duré plusieurs millénaires sans que l'on sache si les contacts qu'ils entretenaient étaient davantage pacifique que guerrier, ou proche plutôt que distant. Les causes de leur disparition sont encore mal connues mais on pense que le climat qui commençait à se réchauffer rapidement et l'isolement l'ont conduit peu à peu vers l'extinction.

Le paléolithique supérieur c'est aussi une accélération des innovations et des changements culturels chez Sapiens. Les habitats se diversifient, se multiplient et s'adaptent mieux aux ressources locales. L'usage du feu devient de plus en plus important et perfectionné. Les premiers hommes modernes sont capables de produire des températures de combustion élevées. Dans les régions dépourvues d'arbres, il remplacent le bois par des os ou de la tourbe. Le feu s'utilise aussi pour obtenir des colorants pour les peintures et les teintures, ainsi que pour la cuisson des figurines d'argile. L'art fait ainsi son apparition, il y a 30 000 à 50 000 ans, selon les régions et d'après les traces qui ont pu traverser les âges. 

Avec l'arrivée de l'art et de la culture symbolique de profonds changements sociaux vont survenir. Déjà avec les sépultures (qui furent pratiquées tout d'abord par Néandertal) et les offrandes, on voit naître l'idée que le destin de l'Homme ne peut être confondu avec celui des autres animaux. Une disctinction claire faisant voir que l'Homme échappe aux lois de la nature, même au-delà de son décès.

Se poursuit ainsi une complexification croissante du langage, une pensée élaborée, subtile et forte qui permet, il y a 40 000 ans, au monde mystique d'"éclater" sous la forme d'image sur les parois des grottes ou sur les rochers. Les humains donnent aux mythes une consistance visuelle. Car ces mythes sont aussi portés par le chamanisme, les transes, ainsi que les visions et sensations associées. Parmi de nombreux autres, le bouleversement le plus radical qui affecta l'histoire de la pensée religieuse fut certainement le basculement idéologique aux origines de l'agriculture. L'homme donna d'abord sa propre image aux forces naturelles, pour en faire les premiers dieux, puis il s'aventura grâce à cette nouvelle assurance dans la maîtrise des milieux naturels : flore, faune, bientôt astres et saisons eux-mêmes seront mis au service de la survie humaine selon une action toujours plus conquérante, poussée par un besoin démiurgique - concurrencer les dieux. Comme toute invention, à ses débuts, l'aviation n'avait d'autre objectif que la réalisation d'un rêve. La mythologie néolithique sera donc anthropomorphe et le reste des forces naturelles précédents en fourniront les "attributs" jusqu'aux ères classiques, d'où toute pensée moderne surgit.
Bien considérée, la véritable « histoire » des religions se fonde sur des centaines de millénaires, en transformation perpétuelle mais logique et cohérente. Les strates ainsi accumulées ne s'excluent d'ailleurs pas complètement, car les fonctions religieuses sont parmi les plus stables, en témoigne de l'universelle stabilité des vérités qu'elles véhiculent. Le dieu celte Cernunos porte des ramures comme les sépultures à la grotte Chauvet ; Diane chasse à l'arc depuis le Mésolithique et la Bible récupère le Veau d'or contre la loi écrite, et recommande le cannibalisme rituel du pain et du vin. Les deux mécanismes opposés et complémentaires évoqués plus haut fonctionnent toujours comme le moteur de cette perpétuelle transformation. Il se fait que, chez les hommes, cette "maladie de l'esprit" impose la recherche perpétuelle de causes à un univers qui ne cesse de lui échapper. »
 

Marcel Otte, professeur de préhistoire à l'Université de Liège, spécialisé dans l'étude des civilisations paléolithiques d'Eurasie.
[Dossiers des Sciences Humaines N°5 - décembre 2006/janvier-février 2007]

Rôle du feu

Le feu est l'un des éléments importants de la transition vers l'agriculture et le réaménagement de l'environnement. Cet "outils" provoqua des dégâts considérable lorsqu'il était employé à grande échelle .

Nos lointain ancêtres utilisaient le feu principalement pour se protéger du froid et des prédateurs. Mais ils l'employaient aussi pour rabattre le gibier, aider les jeunes pousses d'herbe tendre à se développer pour attirer les herbivores, et faire mieux pousser les espèces qu'ils cueillaient. Même si chez certains groupes on va semer les graines sauvages après avoir déclenché les incendies ce n'est encore qu'une étape transitoire et l'on parle de proto-agriculture.

Agriculture embryonnaire

 Tous les chasseurs-cueilleurs du monde connaissaient les plantes à la perfection. Seuls quelques savants peuvent être meilleurs botanistes qu'eux ! Nos lointains ancêtres savaient parfaitement comment une graine donne une plante une fois semée, et ce des milliers d'années avant la naissance de l'agriculture. Ils pouvaient rendre comestibles des végétaux qui ne le sont pas à la base, ils savaient traiter et utiliser à leurs avantages les substances toxiques présentes dans les plantes vénéneuses. Les chasseurs-ceuilleurs n'ont donc pas eu à inventer de toutes pièces l'agriculture, celle-ci faisait déjà un peu partie de leur quotidien et ils en maîtrisaient parfaitement les mécanismes. Mais la généralisation des techniques d'agriculture n'étaient soit pas possible à cause d'un climat trop rude, soit inutile dans un environnement favorable.

Il faut bien se rendre compte que l'agriculture demande beaucoup de travail. Défricher, ameublir le sol, l'ensemencer, protéger les pousses des prédateurs de toute sorte, etc. Cultiver requiert des efforts considérables, des efforts inutiles lorsque l'on dispose de ce dont on a besoin à portée de la main. Sapiens ne cultivait donc que dans certaines circonstances des plantes rares auxquelles ils tenaient (ex : le tabac chez les peuples paléolithiques américains).

À la veille de la naissance de l'agriculture, la Terre comptait entre 5 et 10 millions d'habitants. Des groupes s'étaient déjà sédentarisés surtout avec le radoucissement du climat et l'extension des zones tempérés. Dans quelques régions de savanes arborées ou de forêts à clairières on pouvait trouver des ressources en abondance permettant de faire survivre de petites communautés sédentaires de moins d'une centaine de personnes.

L'une des régions les plus propices à ce mode de vie était le Croissant Fertile au Proche-Orient, qui va de l'Irak actuel au delta du Nil.

 

 

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Date de dernière mise à jour : 11/02/2015