Mésolithique, les débuts de l'agriculture 2

f) Les derniers chasseurs cueilleurs du Paléolithique supérieur 

Ces populations, du fait de leur mode de subsistance — la chasse de grands mammifères —, pratiquaient un nomadisme semblable à celui des chasseurs-cueilleurs sub-actuels. La raison en était l’épuisement rapide du gibier autour de l’habitat, les migrations saisonnières animales, l’apparition de nourriture dans certains lieux ou régions de leur territoire. Nous commençons à déchiffrer ces cycles spatio-temporels qui structuraient l’année et l’espace parcouru; ils s’effectuaient dans le cadre de stratégies économiques, dont nous percevons la logique. Ainsi, dans le cas le mieux étudié, l’approvisionnement en silex, des choix s’opéraient en fonction de l’éloignement de la matière première, de son accessibilité, de ses qualités mécaniques; le transport pouvait se faire sous forme de matière brute ou de produits finis ou semi-finis.

Ce nomadisme entraînait l’occupation d’habitats plus ou moins temporaires suivant les saisons. Pour ceux-ci, ces populations ont recouru abondamment aux entrées de cavités ou aux abris-sous-roche lorsque ceux-ci étaient présents, quoiqu’elles fussent tout à fait capables de dresser des tentes, voire de construire des cabanes.

Leur densité démographique était extrêmement faible, sans commune mesure avec ce que nous connaissons aujourd’hui. La raison en est simple: ce sont essentiellement des chasseurs, faisant peu appel à la cueillette de végétaux. À l’image de carnivores stricts, comme la Belette ou le Lynx, l’exploitation dans le réseau trophique des seules strates supérieures ne permet pas une densité forte (Ramade, 1994). C’est d’ailleurs ce que l’on observe chez les populations de chasseurs de caribous du Grand Nord américain.

Dans cette ambiance froide et  sèche, s’est développé un paysage plus ouvert de steppe (chénopodiacées, éricacées…), avec des forêts (pin sylvestre, bouleau…) dans les endroits plus protégés comme les vallées.

 

 

 

On peut distinguer deux zones climatiques bien contrastées dans cette Europe de l’ère glaciaire. La première est, en gros, située au nord des Pyrénées et des Alpes. Elle est caractérisée par la présence d’une faune froide avec surtout le Renne, moins fréquemment le Mammouth, le Bison, le Cheval, d’autres espèces plus sporadiques comme l’Antilope saïga, le Rhinocéros laineux. La seconde est l’Europe méditerranéenne plus tempérée comme le montrent l’abondance du Cerf et du Bouquetin, la présence du Chamois, du Bœuf, du Sanglier, ou encore du Cheval et d’un asinien, l’Hydruntin.

Ces sociétés humaines ne connaissaient pas l’agriculture ni l’élevage. Elles vivaient essentiellement de la chasse de grands mammifères terrestres. Elles ne chassaient pas les animaux marins dont nous ne connaissons que quelques dizaines de restes, même dans les sites proches des côtes marines de l’époque comme dans la péninsule Ibérique. Elles n’ont commencé à exploiter véritablement une petite faune (oiseaux, petits mammifères, poissons) qu’à la fin du Tardiglaciaire. Il est très probable que les végétaux ne jouaient qu’un rôle très marginal dans le régime alimentaire (comme pour les sociétés sub-actuelles de chasseurs des latitudes hautes); les premières traces (noisette, gland) n’apparaissent qu’après cette période, à l’Holocène. Dans les sites côtiers d’Espagne, on observe cependant une collecte d’appoint de mollusques marins.

Ces populations ont laissé un grand nombre de vestiges qui prouvent qu’elles possédaient une culture complexe et qu’elles dominaient amplement le milieu dans lequel elles vivaient. Pour fabriquer leurs outils, elles utilisaient comme matières premières la pierre (surtout le silex) et l’os, couramment aussi le bois et les fibres végétales, même si quasiment aucun vestige n’a été conservé. Elles se confectionnaient des habits en peau et ont même pratiqué la couture; nous avons retrouvé les aiguilles à chas en os dans la seconde moitié de cette époque. On sait aussi qu’elles structuraient leurs habitations avec des zones d’activités autour des foyers, des zones de couchage ou de vidange. Surtout de nombreux vestiges montrent des préoccupations d’ordre esthétique comme les pendeloques en coquillage ou en dents animales, voire spirituelles comme les sépultures, les objets d’art mobiliers et naturellement les célèbres peintures pariétales dont celles de Lascaux ou Altamira.

Vers 10'000 av. J.-C., une période de réchauffement, qui dure environ 1'000 ans (l'alleröd), provoque en Europe l'installation d'un climat humide.

Les forêts se développent, avec des cerfs, des élans, des aurochs, des sangliers. Les grands troupeaux d'espaces ouverts (renne, cheval) disparaissent peu à peu.

A côté des hommes de Néandertal dont l'espèce s'éteignait lentement, une deuxième groupe descendant de l'Homo erectus deviendra l'Homo sapiens sapiens. Il quitta l'Afrique et atteint l'Amérique à la fin de la dernière période glaciaire. On le retrouve en Europe il y a 35000 ans. Mais nul ne sait exactement d'où il vient. Ce déploiement en force sera facilité par l'extension des calottes glaciaires qui, voici 18000 ans, envahirent pratiquement toute l'Angleterre et le Canada.

g) Le Mésolithique 

Le Mésolithique est une période de la Préhistoire qui succède à l'Épipaléolithique il y a 9 à 10 000 ans. Cette période est marquée par de nombreux changements économiques et sociaux liés notamment au développement de la forêt en Europe. Elle s'achève entre le VIIIe et le IVe millénaires av. J.-C. avec le début du Néolithique.

Le terme « Mésolithique » vient du grec μεσος / mesos (moyen) et Λίθος / lithos (pierre). Il peut donc se traduire littéralement par « âge moyen de la pierre ».

Le mésolithique est caractérisé par un certain nombre de changements comportementaux des groupes humains. Si certains de ces changements (réduction des territoires de chasse, développement de l'arc…) paraissent fortement liés aux modifications du milieu conséquents au réchauffement climatique post-glaciaire (reconquête forestière, disparition des grands herbivores migrateurs tels que le mammouth, le renne…), d'autres (bouleversement dans les représentations artistiques et symboliques, développement du microlithisme…) semblent liés aux dynamiques internes d'évolution des groupes humains .

Ceux-ci conservent un mode de vie nomade ; cependant l'abondance et la diversité des ressources par rapport à l'âge glaciaire favorisent des déplacements sur des territoires plus restreints selon des rythmes saisonniers. Un campement a ainsi des chances d'être occupé d'année en année à une saison donnée pour effectuer des opérations plus ou moins spécifiques au site. L'idée de sites « agora » qui auraient accueilli à des moments clefs des rassemblements de groupes vivant séparément le reste du temps mais partageant des frontières et des intérêts communs (échange de matériau par don / contre-don, exogamie, chasse demandant des effectifs importants pour des battues…) a été avancé par certains chercheurs mais reste difficile à prouver .

Les contacts entre les groupes sont néanmoins avérés par la diffusion de traits culturels (apparition du débitage Montbani, développement des trapèzes au sein du groupe des armatures de flèches…) sur des territoires importants. Les innovations semblent essaimer de proche en proche avec traduction et réinterprétation du groupe receveur en fonction de son propre système technique préexistant, ainsi que les possibilités mécaniques des matériaux à sa disposition.

L’emploi de l’arc et de la flèche, en particulier, se généralise sur le continent européen et en Afrique. La microlithisation des armatures de chasse s'accentue par rapport à la période précédente. Ces petits éléments sont en règle générale réalisés en fracturant des lames essentiellement débitées dans du silex (mais également dans de l'obsidienne, des quartz…). Au début du Mésolithique, les armatures les plus courantes sont les pointes. Le stade moyen (autour de 8000 av J.C )voit le développement des armatures triangulaires alors que pour la période récente (6500 av J.C), ce sont les trapèzes qui dominent les assemblages. L'utilisation de l'ensemble de ces armatures comme pointes de flèches est totalement hypothétique car les tubes supports (branches de bois) ont depuis longtemps disparu. Les découvertes de flèches complètes (tube et armature) sont rarissimes.

La chasse de petits mammifères et la consommation de mollusques (escargots, etc.) se développent. En milieu côtier, la récolte de coquillages est assez développée et donne parfois lieu à la formation d'amas coquilliers (accumulation des déchets) qui ont pu servir de lieu de vie et parfois de sépultures.

Les principaux groupes mésolithiques, correspondant sans doute plus à des entités techniques qu'à de véritables cultures, sont le Sauveterrien, le Tardenoisien ou le Castelnovien en France, le Maglemosien et l'Ertebölien au Danemark.

Les représentations artistiques ont essentiellement un caractère symbolique non figuratif, témoignant d’un certain degré d’abstraction. Les galets du site du Mas d'Azil figurent parmi les témoins les plus importants de ce qu'a pu être l'art mésolithique à un moment donné. Ils sont décorés par des points, rayures, figures gravés ou dessinés à l'ocre.

Fin du Mésolithique Le passage des économies de prédation à celles de production (Néolithique) est appelé néolithisation. En Europe occidentale, ce bouleversement culturel semble essentiellement lié à des contacts entre groupes néolithiques intrusifs (Homo sapiens) et groupes mésolithiques autochtones (Homo néanderthalis,Home de Cro-magnon). L'acculturation et le syncrétisme culturel sont la norme.

  

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Date de dernière mise à jour : 11/02/2015