extension agriculture 11

1) INTRODUCTION : résumé des données fournies précedémment dans cette catégorie 

Il y a un peu plus de 10.000 ans*, la terre était couverte de forêts, de prairies, de steppes** et de déserts. Elle abritait cinq à six millions d'êtres humains Homo sapiens)*** semblables à nous, qui se nourrissaient exclusivement des produits de la chasse, de la pêche et de la cueillette (chasseurs cueilleurs)****.

* Le dernier Glaciaire (environ 120 000 à 10 000 ans) est nommé glaciation de Würm dans les Alpes, Weichsel en Europe du Nord et Wisconsin en Amérique du Nord.

Les principaux inlandsis se situaient:

  • sur le bouclier canadien et les Rocheuses 
  • dans les Andes au niveau de la Bolivie et de la Patagonie ;
  • en Islande ;
  • sur les îles Britanniques, l'Europe du nord, le nord de la Russie et de la Sibérie ;
  • dans l'Altaï ;
  • dans les Monts de Verkhoïansk ;
  • dans l'Himalaya, l'Hindū-Kūsh, les monts Tian Shan et Kunlun.

La période dont nous parlons içi est juste postérieure à cette glaciation, qui elle correspondait à des habitats de chasseurs cueilleurs.     

À la fin des temps glaciaires, dans les vastes steppes périglaciaires de la grande plaine d'Europe orientale, apparaissent de complexes constructions en ossements de mammouths dans les campements des chasseurs-cueilleurs paléolithiques. On a découvert que ces architectures sont associées à des structures d'habitat élaborées et de riches cultures matérielles : des outils et des armes de jet sophistiquées, de nombreux objets d'art mobilier et de parure, en ivoire, en ambre et en coquilles marines fossiles importées. Dans quelles conditions climatiques et environnementales au temps des derniers chasseurs-cueilleurs de la plaine d'Europe orientale ce phénomène culturel exceptionnel s'est-il développé ?

Pendant la phase finale de la dernière période glaciaire, les conditions climatiques atteignirent leur rigueur maximale. La plus grande partie de la plaine d'Europe orientale, qui était alors recouverte au Nord par l'extension des glaces de l'inlandsis fenno-scandinave, offrait des paysages qui n'ont aucun équivalent actuel. Les zones méridionales présentaient un environnement ouvert et un climat sec et assez froid de steppe périglaciaire. Plus au Nord, des forêts-steppes étaient couvertes d'herbes hautes et épaisses, qui résistaient même aux importantes fluctuations du climat. Globalement, celui-ci était plus continental qu'aujourd'hui.

À la même époque, des milieux boisés existaient dans la partie septentrionale de la plaine d'Europe orientale, c'est-à-dire les territoires actuels d'Ukraine du Nord, du Bélarus et des régions du Sud-Ouest de la Russie européenne. Les analyses de pollen ont déterminé la présence du pin, majoritairement, et du sapin, accompagné aussi d'arbres à feuilles caduques, comme le bouleau, le saule et le chêne. Ces zones arborées se situaient surtout le long des cours d'eau des larges bassins du Dniepr et du Don.

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La steppe (du russe : степь, step) est une région d'Asie centrale qui est un exemple de biome des zones tempérées nommé prairies, savanes et brousses tempérées. Le terme steppe peut être utilisé génériquement pour désigner ce type de biome.

Selon les caractéristiques des espèces ligneuses et leur densité, on parle de steppe arborée, de steppe buissonnante, de steppe épineuse...

La steppe se caractérise aussi par un climat semi-aride, et forme parfois la transition avec les zones désertiques. Dans certaines parties du monde, et spécialement en Europe, ex-URSS et Amérique du Nord, les steppes ont été mises en culture, ce qui a occasionné le déclin de la flore et de la faune qui leur sont inféodées.

Le terme de steppe est utilisé exclusivement pour les paysages herbeux dans les régions tempérées. Les régions herbeuses dans la zone tropicale sont nommées savane.

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Les ancêtres directs de l'Homme moderne ou Homo sapiens sont venus d’Afrique par le littoral méditerranéen ou par le nord des Alpes, via l’Europe centrale en plusieurs vagues.
Les premiers Homo sapiens seraient apparus il y a 200 000 ans, probablement en Afrique.

Ces Hommes modernes se sont implantés sur toute la planète. Ils ont atteint l’Australie en bateau il y a 50 000 ans environ et l’Océanie il y a quelques milliers d’années. Ils sont passés à pied en Amérique il y a 30 000 à 15 000 ans, par le détroit de Behring alors à sec.

A quelques différences près, ils nous ressemblent comme des jumeaux.

* Crâne long et étroit alors que le nôtre est plus rond

* Front haut vertical et bombé

* Face verticale, large et basse

* Arcades sourcilières peu marquées

* Dents analogues aux nôtres

* Capacité crânienne de 1 650 cm3 pour les premiers sapiens à 1350 cm3 pour l'homme actuel.

* Taille d’environ 1,70 à 1,80 pour les hommes et d’1,60 pour les femmes

 

 

 

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Premiers modes de subsistance de l'Homme et de ses ancêtres (voir à Homo Sapiens). Elles consistent à prélever sur la nature ce qu'elle fournit spontanément. Elles précèdent l'élevage et l'agriculture jusqu'à la révolution néolithique.

Le Paléolithique est caractérisé avant tout par une économie de prédation : les humains sont des chasseurs cueilleurs tirant parti des ressources disponibles dans la nature. Outre la chasse et la pêche, la cueillette a également dû jouer un rôle important, le charognage a été envisagé comme moyen d'acquisition de ressources carnées au Paléolithique inférieur et Paléolithique moyen.

Les groupes de chasseurs cueilleurs se succèdent jusqu'au Néolithique. Les premiers agriculteurs exploitaient encore les ressources naturelles et certains groupes ont conservé une économie de chasseur cueilleur jusqu’à nos jours...

* La révolution néolithique fut la première révolution agricole, c'est-à-dire la transition de tribus et communautés de chasseurs-cueilleurs vers l'agriculture et la sédentarisation (la sédentarisation serait actuellement remise en cause), ainsi que de nouvelles techniques comme la découverte des premiers métaux comme le cuivre, puis la métallurgie avec le bronze.

La "révolution néolithique" est marquée par le passage à une économie de production (agriculture, élevage), c'est une des étapes majeures de l'aventure humaine, au même titre que la "domestication du feu" ou la "révolution industrielle"...

Aujourd'hui, notre planète abrite plus de 6 milliards d'humains, soit mille fois plus qu'il y a 10.000 ans ! presque toute la nourriture est fournie par des agriculteurs, qui cultivent des plantes et élèvent des animaux domestiques. L'agriculture occupe un milliards trois cent millions de personnes qui, avec leurs familles, représentent près de la moitié de l'humanité.

 

 

 Certes, certains groupes humains continuent de chasser, de pêcher et de cueillir. Et il existe des peuples qui se nourrissent presque uniquement d'animaux ou de plantes sauvages ( Bochimans du  Kalahari, Inuits du Groendland, Pygmées du Nord d'Afrique centrale , Negritos des forêts du Sud-est asiatiques, certains indiens d'Amazonie...), mais au total, les produits de la chasse, de la pêche et de la cueillette  ne représentent plus qu'une faible part de l'alimentation humaine.

 

 NEGRITOS 

Il y a dix mille ans, au néolithique ( âge de la pierre polie),de nombreuses petites sociétés de chasseurs, pêcheurs, cueilleurs, étaient disséminées de la forêt équatoriale à la banquise et de la mer aux glaciers de montagne. La plupart de ces sociétés étaient encore nomades : elles changeaient de terrain de chasse et de cueillette au fil des saisons. Mais il existait, déjà, dans quelques régions du monde, des sociétés de villageois sédentaires, vivant toute l'année de réserves de graines sauvages récoltées à la belle saison. Certaines de ces sociétés se sont transformées peu à peu en sociétés d'agriculteurs vivant principalement de la culture de quelques plantes et de l'élevage de quelques animaux domestiques, cela ne s'est produit que dans quelques régions du monde : au Proche-Orient, dans la région du croissant fertile ; en Amérique centrale, dans le sud du Mexique actuel ; en Chine du Nord, près du moyen fleuve jaune; en Papouasie; en Amérique du Sud, dans les Andes; en Amérique du Nord, près du Moyen Mississipi, et peut-être dans certains lieux restés inconnus.Ces régions, peu nombreuses et peu étendues, constituent les foyers d'origine de l'agriculture. 

 

 

 

Les travaux du botaniste de Candolle (XIXe siècle), de l'agronome et généticien Valivov (XXe siècle) et, plus récemment de l'agronome américain Harlan, ont permis de déterminer six foyers principaux d'origine de l'agriculture.

Selon Harlan, tous ces foyers n'ont pas la même importance. Trois " centres " ont plus particulièrement contribués à la diffusion de l'agriculture dans le monde : Le Proche-Orient (déf.), la Chine et la Méso-Amérique.

 

La Méso-Amérique : Maïs, Haricot, Avocat, Tomate, Vanille, Cacao L'Amérique du sud : Tabac, Arachide, Pomme de terre, Coton, Tomate, Ananas, Piment, Manioc, HévéaLe Proche-Orient : Orge, Blé tendre, Pois, Lentille, Lin, Olivier, Vigne, Figuier, Palmier dattier L'Afrique Centrale : Mil, Sorgho, Igname, Café, Palmier à huile La Chine septentrionale : Millet, Soja, thé L'Asie du Sud-Est, Océanie : Riz, Banane, Canne à sucre, Orange, Aubergine, Cocotier, Poivre.

 

 

 

 

L'homme a domestiqué toutes les espèces animales qui pouvaient l'être, lorsqu'il avait avantage à le faire. Les espèces sauvages disponibles en un lieu donné peuvent être domestiquées à tous moments, lorsque les avantages apparaissent.

Certaines zones ont été plus propices à la prédomestication que d'autres. Le Proche-Orient est riche en foyers de domestication, l'Afrique en est fort pauvre (J.-P. Digard).

2. EMERGENCE DE L'AGRICULTURE

Texte vulgarisé

A.Introduction

- Il y a 10.000 ans ( pierre polie) de nombreuses petites sociétés de chasseurs cueilleurs pècheurs étaient disséminés dans la forête équatoriale et la banquise, et de la mer aux glaciers de montagne. La plupart de ces sociétés étaient encore nomades : elles changaient de terrain de chasse et de cueillette avec les saisons.Mais il existait déjà dans certaiens régions du monde, des sociétés de villageois sédentaires, vivanttoute l'année de réserves de graines sauvages récoltées à la belle saison.

- Certaines de ces sociétés se sont transformées peu à peu en sociétés d'agriculteurs vivant principalement de la culture de quelques plantes et de l'élevage de quelques animaux domestiques, tout en gardant la possibilité de chasser se cueillir et de pècher. Cela ne s'est poduit que dans quelque régions du monde  : Au proche orient, dans le croissant fertile ; en Amérique centrales, dans le sud du Mexique actuel ; en Chine du Nord, près du moyen fleuve jaune ; en Ppapouasie ; en Amérique du sud, dans les Andes ; en Amérique du nord, près du moyen Mississipi ; et peut-être dans certains lieux restés inconnus. 

Pour comprendre comment cela a pu se  passer, transportons nous dans un village du Proche-Orient il y a onze mille ans 

Texte du site : Hérodote.net

Premiers villagesTout change vers 12.500 ans avant JC. Le changement est si important que les préhistoriens le qualifient de «révolution néolithique».

Le mot Néolithique a été forgé en 1865 par le banquier et naturaliste sir John Lubbock à partir du grec neos, nouveau, et lithos, pierre. Il signifie l'Âge nouveau de la pierre polie et fait suite au Paléolithique... l'Âge ancien de la pierre taillée.

Le Moyen-Orient se couvre à cette époque-là de graminées (céréales) et l'«on a pu calculer qu'une personne pouvait récolter en deux semaines assez d'engrain sauvage pour nourrir une famille de quatre personnes pendant un an» (*).

Au Proche-Orient, dans la région du Jourdain, certaines communautés profitent de cette nourriture abondante à portée de main pour habiter à plusieurs familles dans un village permanent plutôt que de se déplacer sans cesse et de dormir dans des abris de fortune. Ils choisissent de vivre groupés mais sans rien changer à leur pratique de chasseur-cueilleur. Ces villages marquent le début d'une période charnière appelée Mésolithique (du mot grec mesos qui signifie milieu).

L'archéologue Jean Perrot a mis au jour le site d'un tel village à Mallaha, au nord d'Israël, en 1955. Il s'agit d'un hameau de cinq ou six maisons rondes, semi-enterrées et en dur, construit entre 12.500 et 10.000 avant JC. Des hameaux similaires ont été aussi mis au jour près du Mont Carmel et sur le site de Ouadi en-Natouf d'où l'appellation de Natoufiens donnée par les savants aux représentants de cette lointaine culture.

«Par leur sédentarité, ces groupes accrus s'enracinent en outre dans un milieu stable, où la société des morts, dont témoignent les premiers cimetières mêlés aux habitants, renforce métaphoriquement celle des vivants et peut légitimer en quelque sorte son implantation fixe», écrit Jacques Cauvin (*).

B. Emergence de l'agriculture au Moyen- Orient

 

Croissant fertile en rouge sombre

Les villages sont petits, quelques maisons rondes, creusées à même le sol, entourées de poteaux, couvertes de traverses en bois dur et enduites de torchis ( mélange d'argile et d'herbes seches )

 

 

 Schéma : reconstitution

 

Un pdf sur la zone du croissant fertile  et l'évolution agricole

 

00801271.pdf 

 

Un site sur la révolution néolithique

Pour fabriquer les poteaux et traverses , les hommes utilisaient des haches et des herminettes (petites haches à tranchant perpendiculaire au manche) en pierre polie.

Autour du village s'étend une savane herbeuse parsemée de bosquets de chênes et de pistachiers  voir pdf précédent

 

Cette savane est riche en plantes sauvages :

 

 

- Céréales : Blé, Orge...

- Légumineuses : Lentilles, pois

- Lin

Ainsi qu'en gibier :

- Sangliers

- Aurochs, chèvres sauvages, mouflons

- Lièvres

Et en poissons là où il y a de l'eau.

Pour se nourrir, les villageois récoltent pendant l'été des épis de céréales et des gousses de légumineuses, et en stockent une bonne partie dans des silos souterrains pour constituer des réserves pour le reste de l'année. Ils complètent ces récoltes avec d'autres produits de la cueillette, de la chasse et de la pêche.

Pour couper les tiges des céréales , ils utilisent des fines lames en pierre taillée, ou bien des faucilles formées d'un arc en bois sur lequel sont incrustées côte des petites pierres acérées.

 

 

Pour séparer les grains des tiges, ils battent les épis avec de long bâtons ( ancêtre du fléau) . Plus tard ils on utilisé le tribulum : Le tribulum est un plateau rectangulaire de grosses planches, trainé par une paire de bœufs (de chevaux ou de mulets) que l'on fait tourner sans trêve sur l'aire de battage. La face inférieure du tribulum, qui frotte contre le sol, est hérissée de rangées de silex, des éclats plus ou moins informes, incrustés dans le bois, pour déchirer la paille et la séparer du grain.

 Article /B média

Le blé sauvage et la saga du "croissant fertile

Cette étape majeure est connue par plusieurs faisceaux de données et de documents. L'archéologie, en premier lieu, par le décapage et l'analyse fine des restes fossiles des premiers villages a permis de connaître les phases de transformation des sociétés agraires et de dater les étapes avec précision, en particulier grâce aux méthodes utilisant le carbone 14. La botanique et la génétique permettent, d'autre part, l'examen des nombreux changements qui mènent du blé sauvage au froment produisant la farine panifiable actuelle. Enfin, des cultures expérimentales de blé sauvage ont indiqué comment, à quelle vitesse et avec quel rendement ont pu se faire les récoltes préhistoriques avec les moyens de défrichement et les outils existant alors. L'ensemble des données disponibles indique que ce moment essentiel est intervenu au Moyen-Orient. La zone nucléaire constitue ce qu'on appelle le "Noyau Levantin" : les principales découvertes décisives ont été faites dans la région qui va de la vallée du Jourdain à l'Euphrate et qui forme un large arc de cercle ou "Croissant Fertile". On y trouve des steppes herbacées où poussent encore des blés sauvages ainsi que les traces des transformations de la plante et des premières sociétés préagraires puis agraires. A partir de cette zone initiale, les innovations de nos lointains ancêtres ont diffusé vers l'Occident.

Les espèces archaïques de blé qu'on trouve encore dans ces régions, dispersées parmi d'autres plantes herbacées, sont bien différentes du froment cultivé actuellement. La première différence porte sur le mode de dispersion des graines. Les blés sauvages se reproduisent spontanément alors que le blé domestique ne peut le faire sans l'aide de l'homme. La raison se situe au niveau du rachis (ou axe) de l'épi. Initialement, dans des formes spontanées, il était fragile et se fragmentait en dispersant les semences. Les longues barbes qui les entouraient se déformaient en fonction de l'humidité du sol et finissaient par enterrer spontanément les grains, qui ensuite pouvaient germer dans le sol. Si l'avantage de cette fragmentation du rachis est évidente pour l'ensemencement naturel, cela constitue un gros inconvénient en pratique agricole : les épis mûrs se dispersent et sont impossibles à moissonner. Les grains furent donc vraisemblablement cueillis grain par grain ; les épis les plus solides ont du être favorisés par ce mode de récolte et peu à peu naturellement sélectionnés. On obtint progressivement des variétés à "rachis solide" résistant mieux au moissonnage.

Autre difficulté pour la collecte des espèces primitives : elles avaient des grains "vêtus" c'est-à-dire avec des enveloppes membraneuses qui ne peuvent être détachées par vannage et battage, de plus ces grains étaient petits, pauvres en réserves et surtout dépourvus de gluten : la farine n'était donc pas panifiable.

Il faudra donc une longue sélection du patrimoine génétique pour obtenir des blés moissonables, d'une part, et producteurs d'une farine capable de donner du pain grâce, d'autre part, à l'évolution remarquable du blé depuis les plantes sauvages. Elle demande un minimum d'explication scientifique car elle sous-tend son importance pratique et symbolique. La plupart des êtres vivants ont une reproduction croisée. Pour les animaux, elle est obligatoire puisque les sexes sont séparés et qu'elle implique la rencontre d'individus mâles et femelles. Elle a pour conséquence un brassage génétique, chaque individu recevant un équipement héréditaire maternel et un équipement paternel. Pour les végétaux, les deux sexes sont en général réunis dans la même fleur : le système est hermaphrodite. Il peut y avoir autofécondation mais le plus souvent un certain nombre de filtrages évite la fécondation d'un individu par son propre pollen. Celui-ci est transporté - par le vent, les insectes, les oiseaux - sur la fleur d'un autre individu. Il y a donc également comme chez les animaux fécondation croisée et brassage génétique, c'est-à-dire renouvellement à chaque génération avec apport maternel et paternel. Le blé est différent et assez exceptionnel dans le monde végétal : la fécondation a lieu dans la fleur avant même qu'elle ne s'ouvre et ne s'épanouisse de sorte qu'il y a effectivement une autofécondation à l'intérieur même du bouton floral.

Les éventuels changements génétiques qui se produisent spontanément (mutations) au lieu de survenir de façon aléatoire, sont maintenus dans le patrimoine des descendants. Les potentialités de sélection par l'homme ont été facilitées par ce mode de transmission stable de génération en génération.

Ajoutons une remarque sur les propriétés génétiques du blé car elles sont une des raisons de l'étonnante progression de ses performances agroalimentaires jusqu'à nos jours. Le stock des entités qui portent le patrimoine héréditaire, les chromosomes, s'est multiplié chez les blés cultivés et s'est hybridé avec celui d'autres graminées. Les blés sauvages sont diploïdes et ont, comme la plupart des espèces, un stock chromosomique double (ici 2 fois 7 chromosomes), la moitié d'origine paternelle, l'autre moitié d'origine maternelle. Au cours de l'évolution ce stock chromosomique s'est multiplié par deux produisant des blés tétraploïdes comme l'amidonier ou le blé dur et même par trois (blés hexaploïdes à 42 chromosomes) dans le cas du froment ou blé tendre. En même temps une partie du patrimoine d'au moins deux autres espèces de graminées sauvages encore mal identifiées s'est métissée de façon fortuite avec celle des blés. Il a été maintenu grâce à l'autofécondation et cette addition a donné des aptitudes nouvelles. C'est ainsi qu'a été acquise par le froment la capacité de synthèse des éléments du gluten qui rend la farine panifiable.

Au total, on constate ici une étonnante association des potentialités d'une plante et des gestes de l'homme. Retenons surtout que, dès le départ, doué de propriétés culturales et nutritives remarquables, le genre blé s'est constamment diversifié et amélioré. Ainsi, il est, en particulier, devenu moissonnable et panifiable, ce qu'il n'était pas au départ. Ses rendements ont constamment augmenté ; le nombre des variétés cultivées ou cultivables n'a cessé de s'accroître (plusieurs milliers) permettant une adaptation à des situations de milieu très diverses et une résistance aux parasites. C'est une plante domestique véritablement unique.

Au plan historique, il y eut ainsi une "période de préculture" où les blés sauvages étaient utilisés et involontairement sélectionnés avant que l'idée de les mettre en culture fut imaginée. Des aléas de la présence spontanée, nos lointains ancêtres passèrent à une maîtrise inédite de la production avec la période culture proprement dite. Une réserve de produit renouvelable pouvait désormais être constituée sur initiative humaine.

Il a fallu bien des innovations techniques et des transformations mentales pour mettre en culture le blé et le domestiquer. Il a été nécessaire de dégager et préparer une surface de sol, penser à enfouir, recouvrir et protéger les grains et les germinations contre les éléments, la concurrence des autres espèces envahissantes qu'on appelle "mauvaises herbes" ou plantes "messicoles" (c'est-à-dire qui aiment les moissons), récolter les grains nouveaux, inventer des silos pour les conserver, prévoir un calendrier de succession de travaux ("Les Travaux et les Jours ..." Hésiode). Autant de gestes qui paraissent naturels et quasi spontanés mais qui ont du être peu à peu mis au point et planifiés. Il a fallu prévoir aussi de nouveaux défrichements et comprendre que le sol s'épuise, penser aussi à garder des semences pour les prochaines plantations. Les essais expérimentaux indiquent que, au début, près de la moitié ou du tiers des récoltes devait être mis de côté pour les futures semailles. Tout un savoir a dû se constituer, socialement transmissible, pour réaliser une stratégie de subsistance.

Il y a eu ainsi une période où l'homme préhistorique fut simplement "cueilleur de céréales" avant d'être un vrai cultivateur. En adoptant ces plantes comme ressource alimentaire principale, il a commencé par préparer leur mise en culture. Toutes les données indiquent que cette étape préagricole s'est produite dans le Croissant Fertile il y a 12000 ans. Puis s'est développée la phase agraire. Passant de la vie itinérante, nomade, à une vie fixée stable, l'homme a créé un mode communautaire permettant d'articuler la coexistence des groupes et des individus travaillant dans les villages. Il s'agit bien d'une "révolution" dans les techniques, les rythmes quotidiens et saisonniers, les modes de pensée, les motivations, d'une façon générale dans les structures mentales.

Cela fut donc conçu d'abord pour le blé - engrain, amidonnier - et aussi pour l'orge puis d'autres espèces furent maîtrisées : des légumineuses comme le pois ou les fèves, également le lin pour l'huile de ses graines et les fibres textiles de ses tiges dont on trouve des traces dans les restes fossiles des anciens villages agraires.

Cette période décisive a été étudiée en détail par les archéologues, particulièrement dans la région de Jéricho, proche du Jourdain et dans des villages du Moyen Euphrate. Des mortiers et des pilons ont été mis à jour indiquant que, déjà, on broyait les grains pour en extraire une mouture farineuse. Mais, fait notable, on ne trouve pas encore de poterie, période dite "précéramique". En l'absence de récipients aptes à l'hydratation et à la cuisson, les grains étaient consommés crus ou grillés. A l'état natif les grains et les molécules d'amidon sont très compacts et peu accessibles et attaquables par nos enzymes digestives. Leur valeur nutritive est faible. On trouve pourtant de nombreuses traces d'abrasion sur les dents de ces hommes préhistoriques : ce sont les stries d'usure qu'ont laissé les microconcrétions de silice des enveloppes de ces grains, telles les signatures de consommation de céréales crues. Il est fait mention, dans le Nouveau Testament, de cette pratique longtemps maintenue, ainsi "Jésus vint à passer à travers un champ de blé. Ses disciples eurent faim et se mirent à arracher les épis et à les manger" (Evangile selon Saint Matthieu).

Pour obtenir de la farine, ils versent le grain dans le creux de larges pierres  ( les meules )

 

 

 

et les broient à l'aide de gros gallets ( les molettes) ou bien les mettent au fond de mortiers en bois et les écrasent à coup de pilons. Délayée dans l'eau,la farine donne une pâte avec laquelle on fait des galettes, que l'on cuit sur de grosses pierres chauffées dans de larges foyers.

On peut remarquer au passage que c'est à partir de là qu'à sans doute été découvert le polissage de la pierre.

Certains des foyers utilisés étaient placés dans des fosses enduites d'argile; à force d'y faire du feu, l'argile finit par cuire et par former une sorte de grand récipient. C'est sans doute ainsi que l'on a découvert la poterie.

Finalement, grâce à leurs outils diversifiés et spécialisés, les villageois sédentaires exploitent largement les ressources animales et végétales des alentours,ils peuvent ainsi vivre assez nombreux , toute l'année sur un territoire assez limité.

Quelques siècles plus tard, dans le même village, la population humaine a plus que doublé. En revanche, les plantes et les animaux sauvages comestibles, disponibles sur place n'ont pas augmenté. Il devient donc très difficile de constituer, pendant l'été des réserves de grain suffisantes pour nourrrir toute l'année tout le monde toute l'année. Ceuillir et chasser demande de plus en plus de temps . Cependant les villageaois ont constaté depuis longtemps que des graines qui se trouvent semées depuis involontairement autour des maisons germent, se développent et donnent de beaux épis et de belles gousses faciles à récolter l'été suivant . Peu à peu, ils se mettent donc à semer des graines, volontairement cette fois. D'abord près des maisons , sur des terrains déjà défrichés et enrichis par les déchets domestiques, puis sur les alluvions de bords de rivières . Enfin pour ensemencer des surfaces plus étendues, ils abbatent à la hache les arbres et arbustes des bosquets des environs, les font sécher pendant l'été et les brûlent avant les semis d'automne. Certaines opérations agricoles nouvelles nécessitent bien sûr un surcroît de travail , mais elles ont lieu bien avant les moissons . De plus les emis volontaires sur des terrains préparés donnent des récoltes beaucoup plus concentrées, ce qui réduit considérablement le temps de travail de la moisson. On peut dès lors récolter de quoi nourrir tout le monde toute l'année. Et, en élargissant les cultures , on peut nourrir une population plus nombreuse.   

Parallèlement, pour répondre en temps voulu aux besoin en viandes , les villageois capturent les animaux à l'avance et les gardent jusqu'au jour du sacrifice . Ainsi, peu à peu, les plantes cultivées et les animaux élevés prennent une part plus importante dans l'alimentation. 

Quelques siècles plus tard, il y a 9000 ans , toujours au même endroit , la population est dix fois plus nombreuse et le village est 10 fois plus grand . Les maisons en briques crues ou en pierre, sont rectangulaires et comportent plusieurs pièces. Les villageois sont agriculteurs , ils se nourrissent principalement de produits de la culture et de l'élevage qu'ils cuisent deans des grands récipients en poterie, imperméables et résistants au feu . Les plantes cultivées sont l'orge , le blé, la lentille, le pois et le lin, quisert à faire des vêtements. Les animaux élevés sont la chèvre , le porc, le mouton, puis plus tard le boeuf. Ces plantes et animaux sont bien différents de leurs ancètres sauvages.

En effet, année après années, à force d'être cultivées, ces plantes se sont transformées en plantes domestiques. Par exemple , le blé domestique a des épis moins nombreux et de plus grande taille, une tige plus solide et des grands plus gros que ceux du blé sauvage . De même génération après génération, à force d'être soumis aux conditions d'élevage , les animaux sauvages se sont transformés en animaux domestiques, en général plus petits et moins vigoureux que leurs ancêtres sauvages. Enfin, les villageois ont un mode de vie bien différent de celui de leurs ancêtres : en deux mille ans, leurs travaux, leurs rfelations sociales , leurs croyances et même la langue qu'ils parlent ont beaucoup changé.

 Autres foyers d'origine, autres plantes et autres animaux domestiques   

 Dans les autres foyers d'aagriculture néolithique , des groupes humains sédentaires ont également domestiqué peu à peu les plantes qu'ils cultivaient et les animaux qu'ils élevaient depuis longtemps. Ainsi en Amérique centrale, ils ont domestiqué le maïs, le haricot , le coton, l'avocat, le courge , la citrouille et le piment, puis le dindon et le canard de barbarie ; en Chine, le millet, le navet, le choux, la ramie (une sorte d'ortie fournissant une fibre textile )et, un peu plus tard, le soja, le riz , le mûrier pour l'élevage du ver à soie , le porc, la poule et le boeuf ; en Papouasie : le taro ( une plante à grosse racine comestible ) et peut-être le porc; dans les Andes, la pomme de terre , le quinoa ( une céréale) , le haricor, l'arachide, l'oca ( une plante à tubercule ) , le lupin, le cobaye, le lama, l'ampaga ; et en Amérique du Nord , le petit orge, le millet, la renouée, le tournesol, le sureau des marais et l'ansérine ( faux fraisier). 

 

 

 

3. AGRIGULTURES DE PAR LE MONDE

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Date de dernière mise à jour : 12/02/2015