âge des métaux 4

Parenthèse : la protohistoire

C'est le terme utilisé pour désigner la période de l'histoire de l'humanité située entre la préhistoire et l'histoire.

La protohistoire concerne les civilisations anciennes dont on ignore une quelconque tradition écrite, bien qu'elles soient contemporaines de peuples connaissant l'écriture, et correspond à l'ensemble des âges des métaux : l'âge du cuivre ou chalcolithique ; l'âge du bronze ; l'âge du fer, divisé par les périodes de l'Hallstatt et de La Tène.

Elle débute au IVe millénaire au Proche-Orient, au Ier millénaire av. J.-C. environ en Europe méridionale, aux alentours du début de notre ère en Europe occidentale et à la fin du Ier millénaire apr. J.-C. en Europe du Nord.

D'introduction relativement récente, le terme protohistoire a suscité bien des discussions, l'opportunité même de cette séquence de l'évolution de l'humanité ayant parfois été contestée. Il importe en ce domaine de poser la distinction entre époque délimitée par des dates plus ou moins précises et stade de civilisation pouvant se situer entre des dates variables suivant les peuples et les lieux. La notion d'écriture entre d'une façon essentielle dans la définition de la protohistoire, celle-ci répondant à l'état de peuples n'ayant produit aucun texte proprement dit, mais auxquels les écrivains de l'Antiquité ont pu faire allusion.

Ainsi, les Gaulois représentent une civilisation protohistorique : Grecs et Romains ont écrit à leur sujet alors qu'eux-mêmes n'ont pour ainsi dire pas laissé de textes.

 

 

  

La Mésopotamie, la vallée de l'Indus au nord-ouest de l'Inde, connaissent également le métal très tôt. L'Anatolie, la Syrie et le Liban ne tardent pas à en profiter grâce à une situation géographique favorable aux relations avec l'Égypte et la Mésopotamie. Les fouilles de Troie-Hissarlik révèlent l'apparition de quelques objets de cuivre dans le niveau I et une brillante civilisation du métal à la période II (environ 2300-2100 av. J.-C.). Il faut considérer ici le voisinage de Chypre, l'île du cuivre, où des exploitations de gîtes cuprifères sont datées de 2300 à 2000 av. J.-C. (Ambélikou). Mais l'âge du cuivre reste insuffisamment connu à Chypre, bien que les «poignards chypriotes» aient été colportés dans tout le bassin méditerranéen et même en Europe occidentale.

 

La période : Hallstatt ancien (750.650 av. J.C.)

Tumulus entre Hatten et Seltz © Photo Bernard Normand

Tumulus entre Hatten et Seltz
© Photo Bernard Normand - Tous droits de reproduction interdit

La sépulture sous tumulus est le rite funéraire le plus répandu chez les Celtes au cours de la période qui s'étend entre le VIIIe et le Ve siècle av. J.C. En Alsace, les plus courants mesurent de 20 à 30 m de diamètre et 1 à 2 m de hauteur. Celui qui est ici représenté mesure plus du double. Il est situé entre Hatten et Seltz et appartient à un groupe de près de 300 tertres. Mais d'autres groupes aussi importants sont encore visibles dans la forêt de Haguenau, dans celle de Brumath, dans les rieds bordant le Rhin depuis le sud de Strasbourg jusqu'à Bêle.

La fouille d'une sépulture est extrêmement précieuse pour l'archéologue car, outre les renseignements qu'elle apporte dans le domaine des croyances et des influences culturelles ou économiques, le regroupement à un moment déterminé d'une série d'objets en un même lieu permet, par recoupements ou observations statistiques, d'obtenir des fourchettes de datation très précieuses.

Les “chevaliers” : ce sont les tombes de “chefs” à grande épée de fer et harnachements de chevaux qui caractérisent cette période, de la Hongrie au midi de la France.

La carte de répartition de ces sépultures montre deux tracés d'est en ouest, l'un passant par le plateau suisse, le Jura, la vallée du Rhône et le Massif Central, l'autre par la Lorraine et la Bourgogne. Rien ne permet, contrairement à ce qui a été parfois avancé par les auteurs anciens, que ces “chefs” aient appartenu à une ethnie nouvelle, à l'ouest de la Hongrie du moins.

Épée de bronze et bouterolle (Sundhoffen, début VIIe s. av. JC)  © André Beauquel

Épée de bronze et bouterolle (Sundhoffen, début VIIe s. av. JC)
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— Épée de bronze et bouterolle de Sundhoffen. Début VIIe s. av. J.C.
- Longueur de l'épée : 0,65 m.
— Manche de poignard en fer de Haguenau-Walck. Milieu VIe s. av. J.C. Longueur du manche de poignard : 10,5 cm
— Pointes de flèches en fer de Mussig. Deuxième moitié du VIe s. av. J.C. Longueur des pointes de flèches : 6,2 cm.

L'épée de Sundhoffen atteste la présence en Alsace de ces cavaliers qui caractérisent l'apparition de la civilisation celtique en Europe occidentale. Ils constituent une aristocratie, présente dans notre région à la hauteur de Colmar.

La bouterolle, fixée à l'extrémité du fourreau, le consolide. Ses ailes permettent, lorsqu'elles sont maintenues du pied par le cavalier, de dégaîner facilement l'arme.

Le poignard en fer, plus récent, présente un décor dit “ à antennes “ à la partie supérieure du manche : c'est le dernier avatar d'une mode qui est originaire d'Espagne et qui s'est propagée ensuite jusqu'en Europe de l'Est. Les pointes de flèches avaient été groupées dans un carquois de cuir placé entre les jambes du défunt. Des traces d'une hampe en bois sont visibles sur les deux faces. Elles étaient vraisemblablement des armes de chasse.A propos d'armes, soulignons ici que le casque est très rare, du moins en Europe occidentale. Les quelques modèles mis au jour étaient parfois en or : c'était des pièces de parade. Les reconstitutions présentées dans les livres d'Histoire et sur les paquets de cigarettes relèvent de la période franque.

L'archéologue remarque leur présence à l'apparition de résidences fortifiées et aux sépultures qui y correspondent dont le rite est spectaculaire : le “prince” se fait inhumer — et non plus incinérer — dans de grand tumulus avec des armes, des bijoux, des objets d'importation (services à boire notamment), un char et tout ce qui est nécessaire à la monte du cheval.

 Céramique funéraire (Kesseldorf, v. 700 av. JC) © Photo André Beauquel

Céramique funéraire (Kesseldorf, v. 700 av. JC)
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- Origine : Kesseldorf.
- Date: 700 env. av. J. C. Hauteur de l'urne: 18 cm.

Les tombes les plus modestes renferment le service en céramique caractéristique du début de la civilisation celtique. Il est composé traditionnellement de l'urne, de la jatte et de la coupe. La forme de l'urne, ornée ici de motifs géométriques peints, rappelle celle d'un bulbe d'oignon.

On remarque, à côté, les vestiges d'un foyer. C'est un rite quasi-général qu'on peut vraisemblablement attribuer à un désir de purifier l'endroit où sera déposé le défunt.

D'autres tombes de guerriers, plus modestes, mais attestant un certain niveau social, se distinguent des sépultures ordinaires. La contemporanéité de ces différentes sépultures, dans une période déterminée, montre bien qu'à la société égalitaire de la fin de l'Age du Bronze succède une société où prévaut une classe privilégiée, composée de “princes” et de “vassaux”.L'Alsace est dans un relatif isolement, puisqu'on n'y compte aucune sépulture princière de cette époque.

On peut en donner deux raisons :

le pays est à l'écart des deux voies de pénétration de la nouvelle civilisation, et elle reste fidèle à la tradition ancienne. Cette dernière raison découle vraisemblablement de la première. Néanmoins, on notera les tombes à épée de la région de Colmar et la sépulture à char d'Ohnenheim, dont un fragment de fer attribué jusqu'ici à une pièce de char pourrait être un reste de lame.

Char funéraire, reconstitution (Ohnenheim, milieu VIIe s. av. JC) © Photo André Beauquel

Char funéraire, reconstitution (Ohnenheim, milieu VIIe s. av. JC)
© Photo André Beauquel - Tous droits de reproduction interdit

- Origine : Ohnenheim.
- Date : milieu VIIe s. av. J. C.

 

A côté des sépultures modestes, on en remarque de beaucoup plus riches, qui étaient celles de chefs ou de princes. Le personnage, outre un riche mobilier en partie constitué d'objets d'importation, conservait son char dans sa tombe.

Ce véhicule d'Ohnenheim n'a pas servi de moyen de transport courant. Comme son train avant n'est pas tournant, il était nécessaire, afin de prendre les virages, que deux hommes au moins, placés à l'arrière, le soulèvent avec l'aide probable des revêtements à éperons placés sur l'essieu arrière.

Des anneaux, accrochés aux deux côtés longitudinaux de la caisse, cliquètent et annoncent l'arrivée du personnage, lui-même trônant sur un siège de bois garni de cuir et placé sur le char.On connaît une grande quantité de ces chars, ainsi que des représentations figurées sur des vases, aussi bien originaires de Grèce que de Hongrie. Ces représentations montrent des cortèges funéraires où le défunt était ainsi conduit à sa sépulture en grande pompe.

A la même hauteur, sur la rive droite du Rhin, les harnachements de chevaux et les armes sont présents dans la région de Vieux-Brisach, où s'élevait une résidence fortifiée (N'oublions pas que ce site bordait à l'époque la rive gauche du Rhin). Un Musée très riche et très bien aménagé vient d'y être installé.

La métallurgie, axée avant tout sur l'armement, le renforcement de la hiérarchie dans la société hallstattienne, avec la domination des “princes” militaires détenteurs de la richesse et donc du pouvoir, tous ces éléments caractérisent cette période.

Hallstatt moyen (650-550 Av J.C)

Les “princes” entretiennent avec les pays de la Méditerranée, Espagne, Italie et Grèce, des relations étroites. C'est une période où l'urbanisation se développe sous l'influence des civilisations étrusque et grecque, dans le midi de la France comme en Allemagne du sud. Citons, à titre d'exemple, les sites de la région de Stuttgart (Asperg, Hirschlanden, Ilochdorf), de la vallée du Rhin supérieur (Kappel ars Rhein, Appenwihr près de Coirnar), la Garenne Ste Colombe près de Châtillon sur Seine), Pertuis sur les bords de la Durance.

Mobilier funéraire de la tombe princière de Hatten (début Ve s. av. JC) © André Beauquel

Mobilier funéraire de la tombe princière de Hatten (début Ve s. av. JC)
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- Origine : Hatten.
- Date : Début Ve s. av. J.C.
- Diamètre du chaudron 53 cm
Cette sépulture est intéressante aussi bien par les objets eux-mêmes que par leur signification.

II s'agit avant tout du matériel nécessaire au repas. On sait par Homère qu'offrir un banquet est une des fonctions d'un prince, et les objets sont les insignes de cette fonction. Aussi voit-on ici figurer le grand plat circulaire en bronze, destiné à contenir des victuailles, le chaudron en bronze à poignées de fer qui permet d'apporter le vin qu'on y puisera à l'aide de deux oenochées.

Ces quatre objets sont d'importation étrusque.
Le bandeau d'or a pu être porté par le prince comme ornement d'une coiffure en peau ou en tissu. Mais une autre interprétation est possible, d'après Homère: un rite fréquent, dans l'Antiquité, voulait que l'on couronnât les oenochés lors des festins. Les quatre boutons de bronze sont des éléments de la caisse d'un char à quatre roues qui figurait également dans la tombe.

Les importations de cette sépulture ont passé par les cols alpestres. Jusqu'ici Marseille et la voie rhodanienne permettaient d'acheminer vers le nord des Alpes les produits de la Méditerranée: on en a une preuve évidente, en ce qui concerne l'Alsace, avec les fragments d'amphore vinaire marseillaise mis au jour à Illfurth, près de Mulhouse. Mais, au début du Ve s. av. J.C., les ports du nord de l'Adriatique se développent, et parallèlement l'extraction du fer dans la vallée du Rhin moyen, métal de plus en plus recherché dans le monde celtique. Nous savons qu'un commerce actif s'instaure sur cette base entre les Celtes et les pays de la Méditerranée La tombe de Hatten en est un témoignage.

Le premier témoignage, des environs de - 650, est certainement donné par La sépulture d'Appenwihr. Si son mobilier atteste la poursuite des relations entre l'italie et le nord des Alpes, amorcées dès la fin de l'Age du Bronze, il marque aussi la continuation d'un itinéraire commercial qui passait par les cols alpestres et qui va
se poursuivre longtemps ensuite.

La coupe cannelée apparaît surtout à Vetulonia en Etrune, et deux exemplaires surmontant un petit char funéraire provenant de Ca'Morta, près du lac de Côme, établissent nettement le trajet par les Alpes du Centre et le col du St. Gothard, dans la première moitié du VIIe siècle. Appenwihr n'est qu'une étape, car il a été trouvé des répliques de cette coupe en Bourgogne et près de Francfort. L'autre élément intéressant de cette sépulture, originaire aussi d'Etrurie, est une pyxide, qui contenait un onguent, dont la restauration a fait apparaître sur le couvercle un décor de lions couchés Musée d'Unterlinden, Colmar.

Hochet en forme d'oiseau et jatte (Marlenheim-Fessenheim, VIIe s. av. JC)  © André Beauquel

Hochet en forme d'oiseau et jatte (Marlenheim-Fessenheim, VIIe s. av. JC)
© André Beauquel - Tous droits de reproduction interdit

- Origine: Marlenheim-Fessenheim.
- Date : VIIe s. av. J.C.
- Hauteur : 7,4 cm.

Ces hochets figurent parfois dans les tombes d'enfants. Le potier a donné à la céramique la forme d'un oiseau et a placé à l'intérieur des petits cailloux qui font résonner le jouet quand on l'agite.

La petite jatte, mesurant 2,7 cm de hauteur et 6,6 cm de diamètre a-t-elle un usage défini (pot à onguent ou à épices), ou était-ce un élément de “dinette” d'enfant.

Le Musée de Mulhouse conserve des fibules italiques, mises au jour à Dornach, et qui sont contemporaines.

Enfin, si l'on tient compte des découvertes d'Asperg, près de Stuttgart, et d'Horgauergreut, près d'Augsbourg, on s'aperçoit même que des objets, comme des trépieds en fer, destinés à supporter des chaudrons, y sont importés en provenance d'ateliers de l'est du Péloponnèse. L'Etrurie est la plate-forme à partir de laquelle tous ces objets sont diffusés dans le domaine celtique, au nord et à l'ouest des Alpes. Ainsi apparaît l'importance des relations lointaines qu'entretiennent les “princes” hallstattiens, et c'est dans Homère qu'on trouvera l'atmosphère de cette société celtique à ses débuts.

Importations étrusques (Appenwihr, milieu VIIe s. av. JC) ©  O. Zimmermann

Importations étrusques (Appenwihr, milieu VIIe s. av. JC) © O. Zimmermann - Tous droits de reproduction interdit

Date : milieu VIle s. av. J.C.

La région située entre Colmar et le sud du Kaiserstuhl présente un caractère exceptionnel parce qu'on y a mis au jour des sépultures riches correspondant vraisemblablement au site d'habitat de Vieux-Brisach. Ces tombes, comme celle d'Appenwihr, dont nous présentons ici deux éléments de mobilier, montraient les relations lointaines des princes qui vivaient là.

Le couvercle de la pyxide, originaire d'Italie, est décoré de lions couchés. La poignée évoque une fleur, dans laquelle est engagée une anse mobile. La coupe cannelée vient du nord de I'Etrurie. Des exemplaires semblables, mis au jour sur les bords du lac de Côme, en Bourgogne et près de Francfort, établissent nettement une voie d'échanges culturels et commerciaux entre le nord et le sud des Alpes, qui passe par l'Alsace.

Nous savons que la fondation de Marseille (- 600) est précédée par l'installation de colonies grecques sur la côte. Les fouilles effectuées autour de l'étang de Berre, à la Couronne, à St. Biaise, et actuellement à Martigues par Ch. H. Lagrand, montrent des importations corinthiennes, rhodiennes et ioniennes effectuées dès le milieu du Vile siècle av. J.C.. C'est par l'intermédiaire de ces comptoirs que les Grecs commercent avec l'Europe tempérée, et ainsi va être désormais adoptée la voie du Rhône. Les oenochoés (cruches à vin) de Kappel am Rhein et de Vilsingen, en Bade, sont d'origine rhodienne.

Entre - 600 et - 550, la voie du Rhône se développe, relayée par celle de la Saône ou de l'Ain et du Doubs. Des poteries découvertes à Mundoisheim imitent des modèles languedociens, en même temps que se développe dans la vallée du Rhin entre Lauterbourg et Bâle un type de bracelet tout à fait original et particulier à notre région, dont les prototypes un peu plus anciens, ont été mis au jour dans l'Hérault.

La société celtique d'Alsace, entre - 650 et - 550, amorce une croissance importante, et toutes les répultures deviennent de plus en plus riches. L'or, l'ambre, le corail, les perles de verre multicolores sont abondants, à côté des bijoux de bronze à la facture et à la technique plus recherchées.

Brassard tonneau (forêt de Haguenau, fin VIe s. av. JC) ©  André Beauquel

Brassard tonneau (forêt de Haguenau, fin VIe s. av. JC)
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- Origine Forêt de Haguenau.
- Date : fin VIes. av. J. C. Longueur: 17,6cm.

Placé autour de l'avant-bras, il illustre également le travail de la tôle de bronze martelée autour d'une pièce de bois qui la met en forme. Mais ici, le décor est obtenu à l'aide d'un tour qui permet la régularité des incisions.

Moins répandus en Alsace qu'en Franche-Comté et surtout en Suisse, ces brassards attestent ainsi une “ouverture” de notre région sur les techniques pratiquées au sud.

Les techniques de travail du métal progressent également. Un bon exemple nous est fourni par les bracelets évoqués plus haut, dont la technique varie selon qu'on se trouve en Haute ou Basse Alsace. Le nord de notre région, plus sensible aux influences venues de la rive gauche du Danube, où le métal est fondu et coulé, adopte le bracelet à corps massif, alors que le sud préfère la feuille de métal martelée, technique typique de l'Italie du nord et plus répandue en Suisse et sur la rive droite du Danube : ainsi le corps des bracelets de Haute-Alsace sera formé d'une feuille de bronze légèrement courbée, mais conservera le même aspect que celui de Basse-Alsace.

Les places fortes des princes sont, ou fondées, ou fortement développées. Citons avant tout le Britzgyberg près d'Ulfurth, au confluent de l'Ill et de la Largue, Vieux-Brisach, Schlatt, le Hexenberg près de Leutenheim. On remarquera cependant que leur puissance ne peut rivaliser avec celle de Bourgogne (MontLassois), du Jura (Château sur Salins) du Wurtemberg (La Heuneburg) ou de Suisse (Buenrain et Sissach). Cette liste est très loin d'être exhaustive, car nous ne faisons allusion qu'aux régions les plus voisines.

Halstatt (550-480 Av J.C°

Les sépultures comme les habitats attestent, dans le domaine celtique, depuis l'Autriche (Hallstatt et Haflein) jusque dans la vallée du Rhône et les Pyrénées (Le Pègue, Mailhac, Ensérune) un développement économique intense, une forte natalité, donc une population nombreuse mais très inégalement aisée, des contacts avec l'étranger étroits. Les découvertes extraordinaires de la région de Stuttgart (Hochdorl) et de Bourgogne (Vix) en sont la preuve.

Plaque de ceinure

Plaque de ceinure "des cavaliers" (Ohlungen, fin VIe s. av. JC)
© Photo André Beauquel - Tous droits de reproduction interdit

- Origine: Ohlungen.
- Date: fin VIe s. av. J. C.

A côté du décor géométrique courant au début de la civilisation celtique : cercles oculés, losanges, triangles, chevrons, chevalets, svatiskas, on remarque surtout un personnage schématisé, aux bras écartés, montant un cheval dont la crinière et la queue sont particulièrement développées. Ce même motif apparaît aussi bien en Autriche que dans la vallée du Rhône, et on peut évoquer, à son sujet, la présence et la puissance de cette aristocratie de cavaliers, qui caractérise la société celtique entre le VIIIe et le Ve s. av. J.C.

Les Celtes importent en grande quantité l'huile et le vin, en échange de bétail, de peaux, d'esclaves.

Leurs “princes” contrôlent les voies de passage, et l'on rencontre souvent les places-fortes d'où les caravanes passaient traditionnellement : Le Britzgyberg, près d'Illfurth, contrôle le passage situé au confluent de la Largue et de l'Ill, Vieux-Brisach jalonne une voie qui relie la vallée du Haut-Danube à la trouée de Belfort puis à la vallée du Rhône (on y a trouvé récemment de la céramique d'imitation ionienne, qui elle-même reprend des modèles connus dans la vallée du Rhône, au Pègue (Drôme) notamment, Vix était peut-être une étape sur la route de l'étain.

Ailleurs, comme en Autriche ou dans le Jura, le sel enrichit ceux qui le font extraire et le commercialisent. N'oublions pas qu'à l'époque, la conservation des aliments en particulier justifiait une consommation annuelle par personne d'une trentaine de kilos.

 Plaque de ceinture (forêt de Haguenau, fin VIe s. av. JC) © Photo André Beauquel

Plaque de ceinture (forêt de Haguenau, fin VIe s. av. JC) © Photo André Beauquel - Tous droits de reproduction interdit

- Origine : Koenigsbruck (Forêt de Haguenau).
- Date : fin Vie s. ev. J. C.
- Longueur 54 cm.

Ces plaques de bronze ont été retrouvées au niveau de l'abdomen des défunts et étaient fixées par des rivets sur une ceinture de cuir qui se fermait à l'aide d'un crochet fixé à la plaque.

Le travail de la tôle de bronze apparaît primitivement en Illyrie puis en Italie du nord d'où il se répand sur la rive droite du Danube et entre Vosges et Forêt-Noire. Les artisans décorent ces plaques au repoussé, à l'aide d'un jeu de poinçons qui leur permet de représenter soit les motifs géométriques traditionnels, soit des figurations animales et humaines. Il est certain que ces motifs ont une signification culturelle et religieuse.

En Alsace, la richesse des sépultures est quasi générale. On la reconnaît à des fibules très travaillées, ornées d'ambre et de corail, très fines, servant à attacher des vêtements de lin eux-mêmes somptueux, à des ceintures de cuir que recouvrent une plaque de bronze finement ornée au repoussé, à des anneaux de jambe, des bracelets, des torques auxquels pendent des amulettes.

Parure féminine (forêt de Haguenau, fin VIe, début Ve s. av. JC) ©  André Beauquel

Parure féminine (forêt de Haguenau, fin VIe, début Ve s. av. JC)
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- Origine : Forêt de Haguenau.
- Date : Deuxième moitié du VIe s. av. J. C.
- Diamètre du collier: 22,2 cm

Un des bijoux les plus courants chez les Celtes est le collier, ou torque, ici décoré de trois serpents. Ce motif, caractéristique de la forêt de Haguenau, constitue vraisemblablement une production originale de cette région, d'où il aurait essaimé ensuite dans le reste du domaine celtique. Souvent, la grossièreté de la surface de ces colliers était dissimulée par un habillage de tissu ou des lanières de cuir : c'est pourquoi on a voulu y voir un symbole prophylactique plutôt qu'un bijou de pur ornement ou le signe distinctif d'un personnage de rang particulier.
La fibule du bas imite la reptation du serpent et a été fabriquée d'après des modèles courants en Italie du nord.

La fibule sert à la fois d'agrafe de vêtement et de bijou.
Deux épingles à tête formée de deux hémisphères accolés en tôle de bronze et une à tête de corail attestent le soin donné à la chevelure. D'autres objets, présentés sur les photos suivantes, peuvent faire partie de cette parure type.

La forêt de Haguenau, avec les cantons de Schirrhein, Maegstub, Ohlungen, Kœnigsbruck, Fischerhubel, Donauberg, Weitbach est la région la plus célèbre, mais des nécropoles tumulaires non moins riches ont été fouillées en forêt de Brumath et à Nordhouse, dans le Bas-Rhin.

L'essentiel à retenir de ces trouvailles, c'est d'une part le niveau égal de tous ces ensembles, aucun n'atteint l'exubérance d'autres régions, mais aucun non plus n'est pauvre ; c'est d'autre part l'imitation par les artisans de motifs décoratifs d'italie du nord dans la fabrication des plaques de ceinture, l'utilisation dans la technique de fabrication des fibules du ressort multispire en bronze traversé par un axe de fer, technique originaire d'Espagne, l'emploi de l'ambre balte et du corail méditerranéen.

Épingles de chevelure (Nordhouse, fin VIe, début Ve s. av. JC) ©  André Beauquel

Épingles de chevelure (Nordhouse, fin VIe, début Ve s. av. JC)
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- Origine : Nordhouse.
- Date: fin du VIe s., début Ve s. av. J. C.
- Longueur de la grande épingle : 17 cm.

La tête de la grosse épingle est formée de 65 lamelles de corail assemblées. On remarque que le corail blanchit au cours des siècles.

Originaire des îles d'Hyères, Lipari ou du littoral de l'Etrurie et de Naples, le corail sert à orner de nombreux bijoux en France de l'Est, en Suisse et en Allemagne du Sud où il a été importé à la fois par la voie rhodanienne et celle des cols alpestres. Il connaît un grand succès chez les Celtes et son rôle apotropaïque chez eux est souligné par Pline.

A cette société égalitaire du nord de l'Alsace s'oppose celle du centre et du sud de notre province, plus au contact du monde celtique. Là, il est certain que des princes vivent dans l'opulence, servis par une population beaucoup plus modeste, vraisemblablement composée en grande partie d'esclaves. Aux riches tombes de Gûndlingen, d'Ihringen, de Schlatt en Bade, de la région de Colmar et d'Ensisheim s'opposent par exemple les ensembles modestes de Feldkirch-Hartheim au sud de Vieux-Brisach. Dans la vallée de l'Ergolz, au sud-est de Bâle, l'oppidum du Burgenrain (commune de Sissach) est manifestement la demeure du prince, tandis qu'une population très nombreuse et très pauvre se masse le long de la rivière.

Les relations avec le midi méditerranéen se développent encore, cette fois-ci uniquement par l'intermédiaire de Marseille et de la voie rhodanienne. Les contacts se manifestent non seulement par l'importation de céramique attique à figures noires et d'amphore vinaire marseillaise des environs de - 520, découvertes au Britzgyberg près d'Illfurth, mais aussi dans la rénovation architecturale sur des modèles grecs : il faut citer à ce propos l'exemple de La Heuneburg, sur le Haut-Danube, où fut édifié un rempart en briques crues, si fragile d'ailleurs qu'il dut être rapidement remplacé par des moellons.

Jamais un Celte n'aurait construit un tel rempart sous un climat si différent de celui de la Grèce. En Alsace, le “mur païen” du Mont Sainte Odile, avec sa technique d'assemblage des pierres par mortaises en “queue d'aronde” et son appareil à “crochets” dans les parties les plus anciennes et les mieux conservées, témoigne d'un architecte ou d'une influence hellénique.

 

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Date de dernière mise à jour : 11/02/2015