Mythologie/nordisme 4

 

Dans la mythologie nordique :

1) L'ensembles des êtres sacrés repris dans les Eddas ( Dieux, Puissances,Nains, Alfes, Géants,..) sont des métaphores d'éléments de nos structures mentales que l'on peut rapprocher des Archétypes de Jung, dans ce sens ils existent et ont une réelle activité. Les anciens ne connaissaient rien de la théorie de la psychologie analytique, mais avaient très bien senti l'action de ces structures dans leur spiritualité . La rencontre d'un archétype, dans un rêve ou dans certains extatismes comme la prière, la méditation ou les techniques issues du chamanisme ( Seidr) est extrêmement bouleversante, à un point tel que les vikings y voyaient une émanation magique de leur religion,ce sont des exprériences dites " numineuses " . 

2) Lorsque l'on étudie de manière approfondie les Eddas, avec l'aide de la raison et du coeur, on se rend compte de leur pouvoir "transformateur" sur le mental en on conclut inévitablement au génie de ses auteurs ( dont Snorri Sturlunson ). l'Edda en prose comporte un long texte appelé Gylfaginning ( l'illusion ou vision de Gylfi ) qui est typiquement de structure initiatique avec tout son ésotérisme subséquent. L'Edda de Snorri  comporte donc une structure initiatique ( ésotérisme ) et une structure proprement religieuse ( exotérisme) qu'il ne convient pas d'opposer mais de mettre en parallèle voire d'unifier .

VI. Le gylfaginning plante le décor de la mythologie nordique en ses 3 premiers chapitres

Avant de rapporter quelques principes importants de mythologie, nous allons survoler les 3 premiers chapitres du Gylfaginning, ce sont peut-être les plus hermétiques et l'explication que j'en donnerai sera particulièrement superficielle et incomplète :

VI.1 Référence au Gylfaginning, les trois premiers chapitres

1- A propos du roi Gylfi et de Gefjon

le roi Gylfi gouvernait sur des contrées qui maintenant s'appellent Suède. Il est dit de lui qu'il donna en secret à une mendiante, pour sa maison de femme, un acre de terre dans son propre royaume, soit ce que quatre boeufs tracent durant un jour et une nuit. Mais cette femme était de la famille des Ases, elle est nommée Gefjon.

Elle prit quatre boeufs venant du nord du royaume des géants, c'étaient ses fils d'un quelconque géant , et les mit devant une charrue , mais la charrue creusa si largement et profondément qu' elle libéra la terre vers le haut,, et les boeufs tirèrent cette terre sur la mer, à l'ouest , et prirent place dans un chenal .

A cet endroit, Gefjon posa la terre et donna un nom Zealand . Et l'endroit où la terre s'était arrachée, s'emplit d'eau. Il est maintenant appelé Lögrinn"la mer qui coure" dans Svithjôd,"suède", et les petites criques ainsi formées dans Leginum correspondent aux caps dans Selundi.

Ainsi parlait le scalde Bragi, le vieux

Gefjon tirait de Gylfi

"la réjouissance de sages paroles d'héritage ;

ainsi pour l'augmentation du Danemark

elle courait en une prise de possession

si rapide que de la vapeur s'évaporait

Et les quatre têtes des boeufs

portaient huit yeux de front,

ils marchaient devant le large butin de l'île labourée"

2- Gylfi arrive à Asgard

Le roi Gylfi était un homme savant et habile en sorcellerie.

Il s'étonnait beaucoup que le peuple des Ases ait autant de connaissances, tout allait selon leurs souhaits. Il se demandait si cela tenait à leur nature propre ou à la puissance divine qu'ils adoraient . Il commençait son voyage pour Asgard, voyageant en secret, et se changea rapidement en un vieil homme et se cacha ainsi .

Cependant les Ases étaient versés dans l'art de la prophétie, et épièrent son voyage, dès qu'il se mis en route, et , en retour, lui firent voir des illusions .

Et il est entré à l'intérieur de la fortification, immédiatement s'implanta en lui la vision d'une si glorieuse halle, qu'il était difficilement capable d'en voir les limites . Sur son toit des boucliers dorés étaient disposés comme des tuiles .

Ainsi parlait Þjóðólfr de la comté de Hvin du toit de la Valhall couvert de boucliers :

"Ils étaient frappés par des pierres

les hommes de la sagesse,

ils posaient sur leur dos les étincelantes

tuiles d'écorces de bouleaux de la halle d'Odinn,"

Il se nomma "Gangleri, le voyageur fatigué" venant de chemins perdus, et demanda à rester pour la nuit, il demanda qui possédait la halle . L'homme répondit que c'était leur roi :

" Mais je peux te mener le voir . Tu devras à ce moment là, lui demander toi-même son nom ". Cet homme se retourna et entra dans la halle devant lui, mais lui marchait derrière, et aussitôt les portes se fermèrent sur ses talons .Là, il vit une grande quantité de pièces et beaucoup d'hommes, certains avec des jeux, d'autres buvant, d'autres encore avec des armes et se battant . En conséquence, il regarda aux alentours et beaucoup de choses lui parurent suspectes.

Alors, il parla :

avant d'aller plus loin

il faut repérer

toutes les portes alentour

parce que rien n'indique

qui sont les ennemis

parmi ceux assis en face

Il vit trois hauts sièges placés l'un au dessus de l'autre et où trois hommes étaient assis . En conséquence, il demanda quel nom portait leur chef. Celui qui l'avait fait entrer , répondit que celui qui était assis dans le plus bas des haut sièges, était le roi et on l'appelle "Hàrr Cheveux gris ou le Vieux" , mais à la place suivante, celui-là s'appelle l'égal de Hàrr, mais le plus important est appelé Þriði, le troisième

A ce moment, Hàrr interrogea l'étranger," pour lequel d'entr'eux avait il plus précisément un message, mais il pouvait se servir dans la nourriture et les boissons à l'usage de tous ". Glangeri dit rechercher le début de l'illusion, soupçonnant quelqu'un de savant entre ces murs .

Hàrr lui dit qu'il ne sortirait pas vivant, sauf s'il montrait son savoir .

Et tiens toi devant sans bouger

aussi longtemps que tu demanderas

ne doit s'asseoir que celui qui raconte

3- A propos de Alföðr, le plus haut des dieux

Glangeri commença ainsi son discours " qui est le plus haut ou le plus vieux de tous les dieux ? "

Hàrr dit :" Entre nous, on l'appelle Père de tout, mais dans le vieil Asgard, il possède douze noms . Le premier est Alföðr 'Père de toutes choses', le deuxième est Herran "Seigneur" ou Herjan "Seigneur de guerre", le troisième est Nikarr "le Commencement" ou Hnikarr "la Fin", le quatrième est Nikuðr "la naissance" et Hnikuðr "l'achèvement", (mais le 3 et le 4 veulent aussi dire le roi de la mer), le cinquième est Fjölnir "Couvert de peaux de bêtes", le sixième est Óski "le Désir", le septième est Óma "La Voix", le huitième est Bifliði "le Voyageur en mouvement" ou Biflindi "le bouclier tremblant", le neuvième est Sviðurr "la Brûlure véhémente", le dixième est Sviðrir "l'Incendiaire, le Destructeur" , le onzième est Viðrir "le beau-parleur", le douzième est Jálg "l'amant, le reproducteur" ou Jálkr "l'impuissant, le castré".

Puis Glangeri demanda : "Où est l'émanation de ce dieu, ou que peut-il faire, ou qu'a-t-il accompli de grandiose ?"

Hàrr dit : " Il existe de toute éternité, et règne sur tout son royaume, et décide de toutes choses, grandes et petites" .

Puis Jafnhàrr parle : "Il façonna le ciel et la terre et l'air et toutes leurs propriétés "

Puis le troisième déclara :"Cependant le plus frappant est qu'il a crée l'homme et à ce moment là, lui a donné la Vie, qui demeure un souffle éternel et jamais ne périt, bien que les chairs se décomposent dans le terreau ou brûlent en cendres; et tous les hommes sont obligés de vivre ; ceux qui sont justes et droits sont "grandis", honorés et vont à cet endroit qui s'appelle indifféremment Gimlè "la demeure céleste" ou Vingólf "le pays de l'amitié" ; mais les hommes mauvais vont à Hel, et delà partent pour Niflheim, le royaume des brumes, qui est en dessous , dans le neuvième royaume."

Puis Glangeri demanda " où habitait il avant que le ciel et la terre soient créés ?"

Puis Hàrr répondit " il était alors avec les géants du givre ".

 

Nous savons que le récit du Gylfaginning ( la mystification de Gylfi ) est un voyage en état de conscience modifié, ce sont des images métaphoriques issues d'une transe chamanique comme il en était pratiquées dans la région et aussi plus au nord chez les Lapons aujourd'hui appelé peuple des Sames, il s'agissait de chasseurs cueilleurs. Une hypothèse récurrente est que les Sames seraient à l'origine des dieux vanes, personnellement je n'y crois pas trop, et que les migrants indo-européens venant de Troie seraient à l'origine des dieux Ases ( d'après Snorri ), là celà me semble défendable.

Si cela s'avère vrai, c'est de l'évéhmérisme.

L'évéhmérisme : des hommes illustres ont donné naissance aux dieux dans la psyché des croyants

L'évhémérisme est une théorie selon laquelle les dieux sont des personnages réels qui furent divinisés après leur mort. Elle tire son nom du mythographe grec Évhémère.

Ce courant de pensée postule donc que les personnages mythologiques étaient des êtres humains, divinisés par la crainte ou l'admiration de la population. Une telle théorie tomba à point nommé pour satisfaire les esprits cultivés de l'Antiquité qui ne pouvaient plus prendre les mythes pour argent comptant. Bien que l'évhémérisme fût employé, aux débuts de l'ère chrétienne, comme une arme contre le paganisme et le polythéisme, le Moyen Âge se servit de ces théories pour finalement préserver les mythes païens — dans le cadre de l'étude.

L'évhémérisme s'inscrit donc dans la tradition médiévale d'interprétation des textes antiques qui considérait que les mythes, contenus dans la poésie (Ovide et Virgile notamment) comprenaient des sens cachés, et que l'on pouvait y découvrir des préceptes chrétiens. Ce vaste projet de rationalisation des mythes a, entre autres, permis la conservation d'importants textes antiques, qui sans cela auraient certainement disparu (les Pères de l'Eglise accordant une supériorité morale aux textes sacrés et condamnant très tôt la lecture des poètes de l'ère païenne).

Ainsi Odin aurait pu être ( ce n'est ni confirmé ni affirmé) un roi illustre indo-européen, diverses théories historiques parlent d'un roi scythe dont le culte serait remonté en passant par l'Asie, la Mongolie vers les pays scandinaves.

Sinon :

Les autochtones scandinaves ( Sames ) auraient accepté les dieux de leurs envahisseurs indo-européens et et auraient constitué une mythologie conservant les principes de leur propre spiritualité, d'où les dieux Ases et Vanes. Les Vanes à l'origine chasseurs cueilleurs, auraient évolué en agriculteurs à partir des influences ases.Remarquons l'importante tradition chamanique des Sames, et la fréquences de ce genre d'allusion dans le Gylfaginning. 

Mais la vérité est bien souvent intermédiaire entre les hypothèses tranchées.

Il y a cependant une remarque fondamentale à faire, c'est que l'histoire dont nous venons de parler et en général l'histoire ne confirme pas toujours le message des mythes et vice versa les mythes ne confirment pas toujours l'histoire. Certes ils se nourrissent partiellement l'un de l'autre, mais une mythologie est un récit idéalisé contenant un sens spirituel, ce qui n'est pas le cas de l'histoire, c'est une grosse erreur de mélanger totalement les deux genres.

Si on lit le Gylfaginning avec un minimum de raison, l'on se rend compte que lhistoire qui y est racontée n'a rien de matériel, il s'agit de métaphores. 

Et à mon sens, le récit est dès le départ de type chamanique.

Dans quel sens faut-il prendre le roi Gylfi, est-ce un homme existant ? ( évéhmérisme ), est-ce l'image d'Odin comme beaucoup le disent ? 

Toujours est-il que son voyage chamanique commence avec l'échange de bon procédés avec une déesse qui est dite Ase, elle est déguisée sous la forme d'une mendiante et Gylfi la remercie. Quel genre de contact ont-ils eu, spirituel ou sexuel ? ou alors spirituel est rendu par le champs de la métaphore " sexuel "

Toujours est-il, que, le culte de la déesse mère, et de Freya, montre une forte tendance à la considération spirituelle de la féminité, le viking considère que l'homme ne peut pas se construire sans la femme, à tous les niveaux. Le Seidr, qui est une pratique chamanique, est accessible à certains vikings, après élévation spirituelle, sûrement par un contact privilégié avec la féminité, puisque c'est Freya déesse Vane qui en donne le secret à Odin. L'on pourrait ainsi  poser l'hypothèse que Gefjon est ce genre de femme et permet le voyage à Gylfi. La comparaison de Freya et de Gefjon, et surtout leur identification semble compromise, puisque Freya est vane et que Gefjon est dite ase. C'est cependant sans se rappeler que les Vanes Njord, Freyr et Freya sont acceptés comme Ases après un évènement particulier de la mythologie. Rappelons aussi, nous le détaillerons plus tard, que Freya est une Valkyrie et même la plus importante d'entre elles.Les Valkyries sont chargées de récupérér les occis ( morts au combat : sens spirituel ) et leur donner accès aux  divinités et à leur monde.

C'est ainsi que l'on peut raisonnablement penser que Gefjon joue ce rôle en permettant à Gylfi le loup de rejoindre l'antre des Ases.

Le terrain qu'offrit Gylfi à Gefjon est, à mon sens, une parcelle de son esprit ou âme ( de l'amour ), Gefjon l'a labourée et en a emporté une partie au travers de la mer en créant un lit d'un cours d'eau et un chenal pour accéder à la mer, cette mer est à l'ouest et correspond au coucher du soleil conformément à l'allusion du labour pendant un cycle solaire complet ( un jour et une nuit ). Ce qui donne cette force surprenante, que Gylfi n'a pas prévue, est due au fait que Gefjon est complète spirituellement, elle a accès à la mémoire collective et aux géants dont elle a put tirer une grande force que sont les quatres boeufs aux huit yeux, particulièrement clairvoyants. Le cours d'eau a été creusé et Gylfi a maintenant accès à la mer et à la mémoire collective. Il va donc pouvoir aller voir les Ases sous forme d'un voyageur fatigué qui se nomme Gangleri et leur demander des explications sur le passé, le présent et le futur.

L'on pourrait se poser la question de savoir, si c'est uniquement en cas de lien avec une femme " physique" que ce processus peut avoir lieu, je n'en crois rien, l'esprit féminin peut en quelque sorte projeté à partir de l'archétype feminin de l'homme, " l'anima" sur des formes féminines symboliques voire sur des divinités et c'est peut être le rôle que jouent certaines déesses comme Freya par exemple.

Dans le cas de l'initiation féminine, s'il en est, elle fonctionne a contrario avec la projection de la composante masculine de la féminité, l'animus. Nous ne nous étendrons pas plus loin sur ces considérations qui nécessitent de bonnes bases en psychanalyse et en psychologie...

L'on voit ainsi directement, que les polarités de l'univers sont à associer, et non à séparer, ce qui engendre naissance et énergie.

 

VII. Quelques considérations sur la mythologie

 

 

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Date de dernière mise à jour : 26/03/2012