Mytho/nordisme, suite 1

Dans la mythologie nordique :

1) L'ensembles des êtres sacrés repris dans les Eddas ( Dieux, Puissances,Nains, Alfes, Géants,..) sont des métaphores d'éléments de nos structures mentales que l'on peut rapprocher des Archétypes de Jung, dans ce sens ils existent et ont une réelle activité. Les anciens ne connaissaient rien de la théorie de la psychologie analytique, mais avaient très bien senti l'action de ces structures dans leur spiritualité . La rencontre d'un archétype, dans un rêve ou dans certains extatismes comme la prière, la méditation ou les techniques issues du chamanisme ( Seidr) est extrêmement bouleversante, à un point tel que les vikings y voyaient une émanation magique de leur religion,ce sont des exprériences dites " numineuses " . 

2) Lorsque l'on étudie de manière approfondie les Eddas, avec l'aide de la raison et du coeur, on se rend compte de leur pouvoir "transformateur" sur le mental en on conclut inévitablement au génie de ses auteurs ( dont Snorri Sturlunson ). l'Edda en prose comporte un long texte appelé Gylfaginning ( l'illusion ou vision de Gylfi ) qui est typiquement de structure initiatique avec tout son ésotérisme subséquent. L'Edda de Snorri  comporte donc une structure initiatique ( ésotérisme ) et une structure proprement religieuse ( exotérisme) qu'il ne convient pas d'opposer mais de mettre en parallèle voire d'unifier .

 

III.c. Cosmogonie/théogonie

En résumé, bien souvent, les mythologies, du moins celles qui sont issues du courant de spiritualité indo-européenne comportent une cosmogonie, c'est a dire un récit structuré de la création du monde par des êtres transcendants, en suivant le fil de cette cosmogonie, l'on se rend compte qu' à un moment crucial apparaissent des divinités ( dieux ) au sens strict, il y a cependant là une subtilité de langage, parce que les êtres transcendants cosmogoniques (  les géants par exemple ) peuvent être appelés divinités au sens large, ce sont en fait des divinités ouraniennes ( symbolisant les éléments naturels du contexte environnemental  de l'homme). Communément, il est admis que ces divinités sont des divinités cosmogoniques ou macrocosmiques. Cela correspond d'ailleurs très bien à l'histoire des religions avant les mythes agricoles. En mythologie nordique, l'on a aussi des divinités dites mineures, comme les Nains et les Alfes, dites vous bien qu'elles n'ont rien de mineur dans la mythologie nordique , et que les Alfes que j'appellerai "sauvages " ( par opposition aux Alfes domestiqués) sont des concepts spirituels très proches des esprits des religions animistes. les nains également d'ailleurs, que je comparerais, sans détailler, à des esprits de la terre à caractère magique. Malgré que ces Nains soient classés en "peuples différents" avec des fonctions différentes dans la mythologie, il n'est pas facile de s'y retrouver et cela me semble un point important de l'initiation religieuse nordique, ils sont d'ailleurs les décomposeurs des restes d'Ymir, le géant des origines en quelque sorte, mais aussi les transformateurs de sa substance, ils assurent donc, notamment, une dynamique de transformation de composants terrestres. Sans les Nains et les Alfes, le cycle mythologique ne fonctionne pas.nous étant arrêté à une définition de la cosmogonie, nous définissons donc la théogonie comme une continuité de celle-çi donnant naissance à partir du cosmos aux divinités classiques de l'Anthropos, proches de l'homme et microcosmiques. C'est l'évolution relativement récente de ces divinités vers des êtres très proches de l'homme qui ont amené des religions comme le christiannisme voir plus encore, comme le protestantisme. Imaginez donc bien ce pseudo-païens ou néo-payens cherchant une proximité intense avec leur petit papa Odin ou Thor........., il s'agit là du plus haut comique, ce type de remix nordique exprime qu'au fond de leurs tripes, ils sont plus chrétiens à la foi de charbonnier, qu'autre chose.

Les nains et les Alfes pourraient être qualifiés de divinités intermédiaires ( quoique cela ne soit pas parfaitement exact), en effet, Freyr, dieux vane représentant notamment la fécondité, l'agriculture etc.... a reçu la gestion et peut être est-il devenu le roi de Alfheim ou Alfaheim demeure des Alfes, lors de la levée de sa première dent, ce symbolisme de la première dent est double içi : d'une part il évoque la levée, l'émergence d'une graine, mais aussi l'avènement d'une structure solide et équilibrée permettant notamment la gestion des esprits des éléments naturels nécessaires à l'agriculture.

Ref : Gylfaginning chap 24. Trad. Norrabrud : Forn Sidr, l'ancienne Lore

Njörd engendra après deux enfants, à Noatum . L'un des deux s'appelait Freyr mais la soeur Freya . Les deux étaient de belle apparence et puissants . Freyr est le plus glorieux des dieux, il règne sur la pluie et l'éclat du soleil, et les produits de la terre, et il est bon de l'invoquer pour la prospérité et pour la paix (til àrs ok fridar) . Il régit aussi l'abondance des hommes .

Il faut savoir, que la constitution d'une denture complète, symbolisait la structure, la stabilité constructive, la sagesse, dans maints ésotérismes anciens. Dernière hypothèse, normalement, un roi est de même nature physique ou psychologique que ses sujets non ? alors des Alfes aux vanes ?!!! ceci d'autant que les Alfes dits 'lumineux ' sont solaires, évidemment selon le traditionnel principe ésotérique, toute chose a son inverse donc il existe des Alfes sombres......peut être un lien à faire avec les nains qui sont également chtoniens !!! Clin d'œil et pourquoi pas le lever du soleil des Alfes lumineux et le coucher des alfes sombres, la naissance de l'action de l'esprit et le coucher de celui-çi lorsque le résultat des cogitations diurnes se fixeront à la manière de " la nuit porte conseil ". Il est un nain qui s'appelle Sindri, mot qui peut être traduit par scorie, scorie de la pensée du forgeron alchimiste, et dans la nature rien ne se perd, la scorie se désagrège en ses éléments minéraux prêts pour entrer dans la composition d'autres êtres ou éléments naturels, voire pour agrémenter l'humus et même générer de l'argile. La scorie de la pensée réutilisée et transformée, quel magnifique application du concept de développement durable. D'ailleurs les nains ont pour origine les vers qui rongent le cadavre d'Ymir et Ymir est le monde à structurer, donc ........ il a fallu attendre l'apparition des dieux pour que ceux-çi se transforment en êtres difformes magiciens.

Ref : Gylfaginning chap 14,trad. Norrabrud :

Ensuite les dieux s'assirent dans leurs sièges et se réunirent en jugement et mentionnèrent, l'endroit où les nains avaient pris vie dans le terreau et en dessous dans la terre, comme des asticots dans la viande. Tout d'abord, les nains avaient pris place et vie dans la chair d' Ymir, et étaient donc des asticots, mais la sentence des dieux les fit devenir conscients du savoir des hommes et ayant apparence humaine, néanmoins, ils résidaient dans la terre et dans les pierres . Móðsognir "celui qui aspire la fureur"était le plus grand et en deuxième Durinn "la porte" . Ainsi qu'il est dit dans la völuspa :

Voiçi quelques noms de nains :

Nýi, pleine lune....... Niði, nuit sans lune
Norðri,Nord............ Suðri,Sud
Austri, Est ............. Vestri, Ouest
Alþjófr,le très serviable...... Dvalinn= trainard
Nár, cadavre............ Náinn=le parent proche
Nípingr, vieillesse.... Dáinn= le mourant
Bífurr, la danse du feu ..... Báfurr un bucher funéraire
Bömburr, tambour....... Nóri= cendrier de forge, urne
Óri, = fureur....... Ónarr= sans espoir, désespéré
Óinn,=l'angoissé..... Mjöðvitnir=le loup de l'hydromel

La liste est loin d'être terminée, le recueil complet est issu du travail de Norrabrud, l'administratrice du Forum "Forn sidr, l'ancienne lore", le meilleur forum francophone sur le sujet, que je connaisse.

Et oui, à l'époque, il y avait déjà des basses besognes, mais combien indispensables...puisque "rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme"

Dans les textes, il est écrit que les nains exposés à la lumière se transforment en pierres, le nain Alvis en a fait les frais dans le poême Alvissmal :

Alvissmal, strophe 35, Thorr s'exprime et dit à Alviss :

" En un seul sein

Oncques n'ai vu

Plus d'antique science.

Grand fourbe,

Je le déclare t'a abusé

Sur toi, nain, l'aube point.

Voiçi que le soleil scintille dans la salle."

Trad. R.Boyer, page 87 dans " l'Edda poétique" ed. 1992 

A méditer... 

III.d  Du Microcosme et du macrocosme

Ce sont des notions ressenties depuis l'aube des religions par les esprits humains mais qui ont été formalisées plus tard :

Ref Wikipedia :

Cette notion est utilisé en complémentarité avec le microcosme, principalement dans les cultures et croyances d'Asie, dans les principes d'équilibre taoïstes par exemple ou encore dans l'image de Ganesh, un dieu de l'hindouisme.

En Occident on peut faire remonter les notions (pas les mots) de macrocosme et microcosme à l'orphisme et au pythagorisme, mais aussi au Timée de Platon. Pythagore établit une analogie entre les quatre saisons du monde et les quatre âges de la vie d'un homme.

"Il [Pythagore] divise ainsi la vie de l'homme. Enfant vingt ans, tout jeune homme vingt ans, homme jeune vingt ans, vieillard vingt ans. Et les âges sont dans la correspondance suivante avec les saisons : enfant/printemps, tout jeune homme/été, homme jeune/automne, vieillard/hiver" .

Le grand théoricien est Paracelse en 1571, qui marque bien que le microcosme est un monde en petit et que le macrocosme n'est pas le tout de la Nature, seulement le niveau visible :

"Quelle est cette poussière dont l'homme a été formé ? Elle est le limon de la terre, c'est-à-dire le grand monde... De la quintessence que l'Ecriture appelle le limon de la terre, ce même Dieu, après avoir créé le grand monde, a formé le petit monde. L'homme et ce petit monde qui contient toutes les qualités du grand monde. C'est pourquoi on l'appelle un microcosme. L'homme est la quintessence du firmament et des éléments, du ciel et de la terre... La conception offre l'exemple de ce concours entre les forces extérieures et les forces intérieures. Les astres du macrocosme et ceux du microcosme forment entre eux des combinaisons qui engendrent une action spécifique au moment de la conception...".

Papus, le grand maître du néo-occultisme :

"Une seule et même loi préside à la constitution de l’univers. Il y a un Petit Univers ayant en raccourci en lui toutes les lois du grand univers, et au moyen duquel, par analogie, on peut redécouvrir toutes les lois générales. Ce petit univers, c’est le micro-cosmos ou Microcosme : c’est l’homme. À côté de ce résumé fait à l’image du grand univers, il y a ce Grand Univers, l’Omnivers de Michel de Figanières, ou le macrocosme, Macrocosme, ou grand univers de la tradition initiatique. Le Macrocosme forme le corps de Dieu. Ce corps de Dieu, dont les soleils sont les organes centraux, et les planètes, les cellules, n’est pas plus Dieu lui-même que notre corps n’est notre moi. C’est le support des forces divines ou astrales en circulation".

On remarque que le microcosme n'est pas séparé du macrocosme, il en est plutôt une partie édulcorée à laquelle est appliquée une déclinaison des lois générales du macrocosme.Ces lois sont présentes dans les mythologies "Cherche et tu trouveras" . Ces lois sont reprises en philosophie platonicienne sous le vocable de Logos :

Dans la philosophie platonicienne, le logos est considéré comme la raison du monde, comme contenant en soi les idées éternelles, archétypes de toutes choses. Il est aussi un concept étant à la fois rationnel et oratoire. Au sein de la philosophie arabo-musulmane à l'époque du Moyen Âge, la notion de Logos désigne la philosophie directement héritée de celles des Anciens Grecs, notamment le néo-platonisme, tout en remettant en cause des aspects philosophiques des Anciens Grecs notamment de l'aristotélisme. Selon Avicenne-Ibn Sina, Aristote ne plaçait pas suffisamment l'homme au centre du monde, ses problèmes et ses préoccupations majeures d'ordre métaphysiques.

Dans la théologie catholique, logos s’emploie pour désigner la deuxième personne de la sainte Trinité et a le même sens que verbe: le Christ. Il désigne pour l'Église et la Papauté le rapport à Dieu entre l'homme via un discours rationnel, cohérent et appuyé par une démarche philosophique translative sur celle des Anciens Grecs.

Le cardinal Ratzinger, futur pape, écrit en 2005 :

"Le christianisme doit toujours se souvenir qu'il est la religion du Logos. C'est la foi en le Creator Spiritus, le Saint-Esprit par qui procède tout ce qui existe. C'est aujourd'hui ce qui fait sa force philosophique en ce que soit le monde provient de l'irrationnel, et la raison n'est alors qu'un "sous-produit" à l'occasion même douloureuse de son développement, soit le monde provient du rationnel et est alors en conséquence son critère et son but.

La foi chrétienne penche pour cette seconde thèse, ayant ainsi d'un point de vue philosophique la haute main, en dépit du fait que beaucoup considèrent aujourd'hui que la première thèse est par excellence la seule option moderne et rationnelle. Cependant une raison qui prendrait sa source dans l'irrationnel, et ceci est tout compte fait irrationnel en soi, ne constitue pas la solution de nos problèmes. La raison créative seule, qui se manifeste dans le Dieu crucifié comme amour, peut nous montrer le chemin dans la réalité.

Nous, chrétiens, devons être extrêmement attentifs, dans le dialogue si nécessaire entre les "gens du monde" et les catholiques, à demeurer fidèles à cette ligne fondamentale : vivre une foi qui vient du Logos, de la raison créative, et ceci parce qu'elle est ouverte à ceux qui sont rationnels en vérité."

De ces quelques phrases d'un Pape, et pour autant qu'on lui apporte le crédit d'un théologien, l'on remarque bien sûr que formellement le Logos est un savoir obtenu par la pensée, mais qu'il est inutile sans création de la nouveauté de son anthropos au jour le jour, ce qui est le témoin de la connaissance : connaissance = application concrête à l'échelle humaine des lois du Logos.

Chez toutes les nations et tous les peuples, la Déité manifestée : l'expression extérieure ou l'effet de la Cause qui reste à jamais cachée. C'est ainsi que le langage est le logos de la pensée ; aussi, au sens métaphysique, les termes « Verbe » et « Parole » en rendent-ils une traduction convenable.

Un autre vocable moins usité, est le terme Anthropos, qui évoque les lois au niveau de l'être humain, au niveau du microcosme, comme telles, elles sont également une déclinaison des lois générales du Logos. Certains auteurs tels 'Edward Estlin Cummings" y voient une notion de construction individuelle humaine, d'abord devenir un "homme conforme aux lois du microposme" et construire ou alimenter son Anthropos, c'est le stade religieux de l'homme micrososmique. Mais plus loin, la découverte des lois du macrocosme est sensée amener à l'homme complet conforme à son soi microcosmique et macrocosmique ( C.G jUNG). C'est le but de l'initiation religieuse, devenir un homme cosmique conforme à son soi cosmique (M.ELIADE).

IV.De quelques constantes spirituellement licites

IV.1 La remontée aux origines, la mémoire collective ou participation mystique ( Lévy Bruhl )

Pour les peuples "mythologisés", le mythe est considéré comme une histoire sacrée, une histoire vraie, parce qu'il se réfère toujours à des "réalités", des choses réelles... . Le mythe cosmogonique est vrai parce que le monde est là pour le prouver; le mythe de l'origine de la mort est également "vrai" parce que la mortalité de l'homme le prouve et ainsi de suite.

Il faut s'arrêter un peu, içi, pour réfléchir sur cette affirmation de Mircea Eliade :

La vérité du mythe n'est pas démontrée içi par déduction, comme c'est souvent le cas dans un raisonnement purement analytique, il s'agit d'une cogitation en sens inverse que l'on appelle l'induction. La déduction est en quelque sorte "divinatoire ", elle permet de prévoir des phénomènes et comment ils vont se dérouler. Dans le cas présent, l'induction est plutôt une faculté de mémoire ( au sens large, pas nécessairement temporelle, mais tenant compte d'une certaine succession conventionnelle pour les besoins de la pensée et du raisonnement). En quelque sorte, l'induction permet de partir des faits observés et d'en inférer une origine licite, une source fondamentale, un postulat en quelque sorte et, en manière telle, que tout en haut de la chaîne de causalité l'on se retrouve avec une hypothèse pouvant constituer un être virtuel puisque non encore démontré, le Un, en l'occurence, dans les mythologies. Il s'agit alors pour l'ancien de vérifier par voie raisonnée qu'il en est bien ainsi, par l'existence du monde et de ses diverses émanations. Il est assez symptomatique de remarquer que la méthode scientifique procède de la même façon en érigeant des postulats à partir d'une inférence sur les observations factuelles, ces postulats étant vérifiés par analyse déductive, principalement par voie mathématique et acquièrent ainsi le statut de lois. La voie scientifique est une hypostase microcosmique ( il s'agit de raisonnement humain ) de la voie mythologique ou spirituelle. Pour ne pas trop choquer les âmes sensibles, je dirai que, dans cette optique, les lois scientifiques n'ont pas plus de crédit que les lois spirituelles.   

La manière dont j'ai traité le terme mémoire dans ce qui précède, peut paraître sybillin, mais il en est strictement ainsi dans la mythologie nordique par exemple : La mémoire dans son acception courante est tributaire du concept " temps" qui est indirect et n'existe pas dans la nature, on parlera plutôt de durée parce que la durée est un ressenti en rapport avec l'homme, le vieillissement d'un organisme  se ressent sans pour autant avoir besoin de mesurer quoique ce soit de temporel. Le concept de temps, lui-même a été construit sur base du mouvement de la matière ( la longueur du jour représentait pour les primitifs le parcourt complet de l'astre soleil).

Ainsi en mythologie nordique, du moins dans le Gylfaginning, la course des Astres n'est déterminée qu'à partir de l'apparition de Odin et ses deux hypostases Vili et Vé,fils de Borr.

Ref. chap 6. Gylfaginning

Alors Glangeri parla : "Où habitait Ymir et de quoi vivait-il ?"

Hàrr répondit : "juste après cela, les gouttes qui fondaient du givre, se transformèrent en une vache, elle est appelée Audhumla, cependant, quatre rivières de lait coulaient de son pis et elle nourrissait Ymir .

Puis Glangeri demanda :" avec quoi se nourrit la vache ?"

Hárr répondit : "Elle léchait les pierres de givre, qui étaient salées, et le premier jour, alors qu'elle léchait les pierres, le soir, il en sortit les cheveux d'un homme, le jour suivant une tête d'homme, le troisième jour l'homme tout entier était là . Il est nommé Búri "le géniteur". Il était d'apparence agréable, grand et fort . Il eut un fils de cette manière, qui s'appelait Borr , il prit une femme qui s'appelait Bestla, fille du géant Bolthorn, et ils eurent trois fils . Le premier s'appelait Odin, le second Vili et le troisième Vé, et j'ai foi en ce que Odin et ses frères seront les monarques du ciel et de la terre . Nous estimons qu'il doit être appelé comme cela

Ainsi s'appelle cet homme, que nous respectons et glorifions le plus, et il serait judicieux que tu acceptes de l'appeler pareillement . "

Celà est normal puisque cet évènement concorde avec l'apparition du spirituel, de la conscience de la volonté et du sacré chez l'homme. 

Réf. Extrait. chap 8 Gylfaginning :

Puis Þriði dit :" Ils prirent aussi son crâne et en firent le ciel et l'élevèrent au dessus de la terre par les quatre coins et sous chaque pointe ils placèrent un nain . Ils s'appellent ainsi : Austri "Est", Vestri "Ouest", Nordri "Nord", Sudri " Sud" . Puis, à ce moment, ils prirent les gouttes en fusion et les étincelles qui voyageaient librement et avaient été projettées de Muspelheim et les positionnèrent dans le ciel au milieu du Ginnungagap , par au dessus et par en dessous de la voûte pour illuminer à la fois le ciel et la terre . Ils attribuèrent une place à toutes les lumières, certaines dans le ciel, d'autres se déplaçant librement en dessous de la voûte, ils leur fixèrent pourtant une position et organisèrent leurs routes . Comme il est dit dans les vieux enseignements , à partir de là le jour et la nuit furent séparés et les années comptées . Ainsi qu'il est dit dans la völuspa :

Sól ne savait pas

quelle hall elle possédait

Màni ne savait pas

quelle puissance il avait

Les étoiles ne savaient pas

Quelles places elles possédaient

Ce fût ainsi avant que ce ne soit structuré.

Cela signifie donc que "mythologiquement" parlant, le temps n'existe pas avant l'apparition de Odin en nordisme, ce qui revient à dire que toute la cosmogonie, jusque l'apparition des dieux microcosmiques est instantannée. Ce qui justifie d'utiliser le terme succession atemporelle.....

Remarquons que la faculté contrôlée d'obtenir la mémoire des Origines est obtenue par Odin de Freya ( déesse vane ), par un procédé sacré proche du chamanisme et appelé le Seidr. Odin acquiert cette possibilité par d'autres voies paraissant différentes ( Volupsa, Nécromancie dans Baldradraumar), mais qui en réalité font partie d'un même évènement initiatique, correspondant aux sacrifice d'Odin pendu durant 9 jours à l'arbre cosmique Yggrdasil ( 9 jours, 9 mondes dans Yggrdasil, neufs levers-couchers de soleil). Tout ce qui se déroule avant Odin, dans la mythologie, est instantanné ou infini, puisqu'il n'y a pas de temps. Sans que ce principe de simultanéité ne soit compris, l'interprétation de la cosmogonie devient absconse. Ainsi, par exemple, comment expliquer que Sturtr ( un géant des origines ) soit déjà présent alors que apparemment les premiers géants ( Thurses-géants de gyvre et Ymir) n'apparaissent qu'après, ou alors il faudrait admettre que les géants sont présents avant la création de l'Androïde primordial Ymir, pourquoi pas, mais alors ces géants n'avaient pas forme humaine et ne pouvaient être des géants de cette même espèce, mais d'une autre, en tout cas pas des déités ouraniennes. Diverses hypothèses pourraient être posées, ainsi Ymir ayant forme humaine semble être la première déité dont l'homme puisse avoir conscience par accès à sa mémoire collective, mais les déterminants antérieurs ( toujours atemporellement) ne seraient accessibles que par l'initiation avec un grand I . Je le répète, cette notion d'atemporalité est argumentée, les chamanes voyagent très loin au origines, mais leurs transes ne prennent pas plus d'une heure.    

La Volupsa est un poême classique du corpus textuel religieux nordique, son titre signifie " révélations de la voyante", ce sont des visions de type chamanique, la Volva est la voyante. Plusieurs partitions du poème ont été proposées. Notamment, les révélations de la voyante concernent tout d'abord les temps de la création, puis les grands événements mythologiques, qu'elle décrit à la première personne. La fin du monde et ce qui lui succède sont ensuite racontés à la troisième personne.

Voiçi les trois premières strophes, "mémorielle" décrites à la première personne. 

1. Silence je réclame de tous les êtres sacrés, humbles et grands,

Enfants de Heimdall.

Selon ta volonté, Valfadr, je proclamerai

Les antiques traditions des hommes,

Les plus anciennes dont je me souvienne.

2. Je me rappelle les géants de ces temps primordiaux

Qui me donnèrent naissance autrefois :

Je me rappelle les neufs mondes, neuf étendues immenses,

Et le Glorieux Arbre du Monde

Profondément planté en terre.

3. Au commencement des siècles, quand Ymir s'établit,

Il n'y avait rien, ni sable, ni mer, ni froides ondes ;

De terre point n'y avait, ni de ciel au-dessus,

Seul le vide béant et d'herbe nulle part.

Traduction issue du site "http://songerune.eklablog.com/la-voluspa-a2714528"

L'on remarque qu'ainsi, avec Odin, apparaît le monde structuré, la pensée individuelle, le sacré pour l'homme et même la volonté et les instincts ( Vili et Vé ), bref la conscience humaine élargie.

IV.A L'origine de l'homme et des déités 

Sans entrer dans des considérations trop ésotériques  ( donc en étant pas complet ), l'on voit apparaître dans la cosmogonie nordique, en premier lieu ,deux polarités pouvant représenter diverses choses, à divers niveaux de compréhension, ces polarités sont Muspel et Nilfheim. En réalité, Muspel est le premier être sacré émané accompagné de son portier Sturtr ( la présence de Sturtr est justifiable ésotériquement), remarquons simplement que dans les langues scandinaves le soleil est un nom féminin , Muspel en a certains attributs comme la chaleur, le feu, la clarté, et que Sturtr est masculin car pourvu de son attribut phallique : une épée. Sturtr dit le noir, à la face noire, brûlée comme si il avait été soumis à une "cuisson" par Muspel. Il est très raisonnable de considérer que Muspel est issu directement de la divinité ( Deus Otius ou absconditus ) Alfodur, le Un primordial occulté, non manifesté. Alfodur serait l'esprit unitaire non manifesté, se faisant entendre dans le monde émané non organisé par muspel qui en serait le traducteur, le verbe de Muspel correspondant à la pensée d'Alfodur. Cet esprit Alfodur contient en fait toute les lois ésotériques sous forme unifiées, et pour les rendre conscientes à l'homme, il faut les séparer et les traduire, ce que ferait Muspel comme esprit manifesté ( et non occulté ) en livrant le verbe correspondant à la pensée occultée d'Alfodur. En ésotérisme, toute les qualités d'un être possèdent également leurs inverses dans le même être et dont Nilfheim,  froid, aqueux et sombre  est le représentant. Notons encore la profonde ressemblance avec les bases cosmogoniques alchimiques: Il existe un chaos et ce chaos émane le soufre ( chaud,sec, énergique, dynamique,mâle et clair) ainsi que le mercure ( froid , statique, humide féminin et sombre) que l'on peut identifier à Muspell et Nilfheim, c'est aussi le Ropi et la Reine alchimiques. Muspel serait solaire, donc féminin en Nordique mais c'est sans compter sur la présence de Sturtr qui est masculin et qui est son attribut phallique et de nature spirituelle, ce qui l'identifie bien au principe masculin.

  D'après le chapitre qui suit, du Gylfaginning, nous voyons l'exisence de ces deux polarités au sein d'un gouffre insondable et chaotique appelé Ginnungagap :

Ref : Gylfaginning, chapitre 4, A propos de Nilfheim et de Muspel, trad. Forn sidr lore

Glangeri demanda: "Quelle en était l'origine ou, comment cela a-t-il commencé, ou qu'y avait-il avant ?" Hàrr répondit " Ainsi qu'il est dit dans la Völuspa,

il fut jadis une époque

où rien n'existait

ni le sable, ni la mer

ni les froides vagues ;

la terre n'était pas perçue

ni l'éther du ciel

béant était le "chaos sacré"

rien n'y poussait encore

Puis Jafnhàrr dit : "C'est bien longtemps avant que la terre soit façonnée que Niflheim a été construit et en son milieu réside Hvergelmir, et en cette place coulent des rivières qui s'appellent ainsi :"Svöl, Gunnþrá , Fjörm , Fimbulþul , Slíðr et Hríð, Sylgr et Ylgr, Víð , Leiftr., Gjöll est la plus près des grilles de Hel .

Puis Þriði parla : " Toutefois existait en premier cette région dans le sud qui s'appelle Muspell, elle est brillante et chaude . Cette partie est enflammée et brûlante Elle est aride pour ceux qui n'en sont pas natifs et n'y possèdent pas de patrimoines. C'est un dénommé Surtr qui réside sur ces terres pour les défendre. Il a une épée enflammée et il viendra à la fin du monde et détruira et écrasera tous les dieux et brûlera tous les royaumes . Ainsi qu'il est dit dans la Völuspa :

Surtr vient du sud

avec la destruction des branches( le feu)

le soleil du dieu des occis

brille dans l'épée ;

les pierres des falaises s'entrechoquent

quand les monstres s'effondrent

la gloire de Hel écrase tout

quand le ciel se rompt

Il faut remarquer, que Muspel est aride pour ceux qui n'y possèdent pas de patrimoine, celui-çi étant en quelque sorte une hypostase de Alfodur, le grand tout, considérons simplement qu'il s'agit des êtres n'ayant pas de spiritualité ou plus prosaïquement pas d'esprit, ou encore pas suffisamment, pour accéder au statut d'homme religieux. Il est fait mention également du soleil du dieu des occis, dans le sens d'êtres tombés au combats, nous verrons plus tard que le père des Occis est un dieu que l'on peut appeler Valfodr mais aussi par d'autres noms comme toujours en mythologie nordique et c'est une procédure initiatique de les retrouver ainsi que les diverses hypostases divines. Le sens n'est pas içi à prendre au premier degré qui est bien évidemment métaphorique, mais dans le sens ésotérique mort du vieil homme et accession à la renaissance du jeune homme, un être nouveau, par la compréhension des lois spirituelles, l'enfant divin.

La gloire de Hell correspond au passage aux " enfer " qui en fait est l'oeuvre au noir de l'alchimie, la rencontre avec le coté obscur du mental, c'est un travail de calcination de ces impuretés donc les traces sont sur la " geule noire " de Sturtr.En effet, la rivière Gjoll issue de Hvergelmir passe en Hel et fait retour chargée de ce que les textes appellent des scories ( oeuvre de calcination au noir ) c'est par l'effet de la chaleur de Nilfheim que ces scories prennent naissance. Le texte indique que Helheim est une partie de Nilfheim.

Arrivé au niveau de la compréhension de cette polarité, deux inverses consubstanciels qui s'unifient, on obtient la figure initiatique de l'androgyne de connaissance, la conjonction de ces deux polarités produit un être nouveau, dans ce cas de figure, c'est Alfodur qui pour l'homme vivant n'est accessible que par cette voie, Alfodur reste conceptuel et virtuel,c'est le deux des contraires qui par mariage sacré donne le un divin, le tout formant le nombre 3, triangle sacré des ésotérismes et polythéismes, La tripartite mythologique ou la trinité chrétienne. Et oui, le fils corporel, et l'esprit, la conjonction de l'esprit (lumineux) et de la matière  ( sombre, lascive ) donne le père, le dieu universel Yahvé. pensez au sommet des charpentes des édifices sacrés qui étaient des triangles ( géométrie sacrée ).

Nous allons voir maintenant, que cette polarité Muspel/Nilfheim va en quelque sorte s'unir pour former un enfant divin mais dans le monde émané cette fois-çi, plus dans l'occulté comme Alfodur. Ce sera le géant de gyvre appelé Ymir qui sera un hermaphrodite provenant de l'Androgyne Muspel/Nilfheim.   

Ref : Gylfaginning chap 5: les origines de Ymir et des géants du gyvre, trad R. Boyer

Gangleri dit : "qu'y a-t-il eu comme changements, avant que ne viennent des familles ou que la population ne s'accroisse ?"

Alors Hàrr dit : " les rivières de cet endroit, appelées les vagues de glace, qui coulaient hors de la source, étaient arrivées ainsi loin du jaillissement , se propageant en un courant empoisonné, elles s'accumulaient dans une petite baie, durcissaient là telles des scories, et gelaient sur place . Comme le courant continuait, il se formait une nouvelle couche de glace, et ainsi de suite ; les vapeurs soufflaient de la bruine empoisonnée , qui gelait à son tour et augmentait encore la couche de givre , qui s'épanchait entièrement dans le gouffre de Ginnunga

Jafnhárr parla :"Ginnungagap est connu pour s'être rempli, dans sa partie intérieure nord, comme une prise de possession, d'un lourd volume de glace et de givre venant de la bruine et du souffle, mais dans la partie intérieure sud du Ginnungagap des étincelles et des gouttes en fusion venant de Mulspelheim s'allumaient et volaient à la rencontre de la glace".

Puis Þriði dit :"Ainsi le gel et son lot de cruautés demeuraient à Niflheim, de telle sorte que même le bout ne pouvait atteindre Muspell ,qui chauffait et s'enflammait, mais Ginnungagap était tiède et l'air plein de douceur . Et puis, le givre fut rejoint par un souffle d'air chaud et il commença à fondre et à goutter de telle sorte que des gouttes s'animèrent avec la volonté de se réchauffer et se transformèrent en une forme d'apparence humaine et cela fut dénommé Ymir, mais les géants du givre l'appellent Aurgelmir , et de cela sont lentement venus les familles de géants du givre, comme il dit dans l'exhortation de la Völva :

toutes les völva sont

venues de Vidolfi

tous les sorciers sont

venus de Vilmeidi

mais les mages

viennent de Svarthöfda

tous les géants viennent de Ymir

 

Ainsi que le rapporte ici le géant Vafþrúðnir

 

Venant des vagues de glace

des gouttes empoisonnées rebondissaient

et croissaient jusqu'à devenir un géant

de là vient l'ensemble

de toutes les familles furieuses

et c'est pour cela que chacun de nous est sauvage à jamais

Je suis volontairement laconique dans ces descriptions, mais au niveau métaphorique, l'on peut consédérer Muspel comme la gorge d'un volcan islandais irradiant sa chaleur vers un glacier, la rencontre du froid et du chaud provoque des fontes de glace, des vapeurs, du gyvres et toutes ces cruautés que l'on peut rencontrer lorsque l'hiver livre son combat avec le printemps. l'hiver seul ne permet pas la vie et l'été seul non plus, il faut une alternance repos-mort-sommeil/action vie naissance. C'est une importante loi spirituelle tant macrocosmique ( le cycle des saisons) que microcosmique ( la vie/la mort , l'éveil/le sommeil) et initiatique ( le parcours initiatique est une succession de morts et de renaissances spirituelles, mais aussi la mort au vieil homme donnant le jeune homme ou le Christ réscussité si l'on veut). A nouveau, l'on voit que la vie, est issue de deux éléments polaires consubstanciels.

Commence à poindre le nez également la loi spirituelle de la cyclicité des éléments et dynamismes naturels.

Les familles de géants seront toujours furieuses, parce que de un  ce sont des puissances naturelles ,qu'elles soient microcosmiques ( instincts....) ou macrocosmiques ( vents, éruptions volcaniques, cruautés de l'hiver ) et qu'elles ne sont pas soumises à l'organisation/structuration menée par Odin, ces puissances sont donc chaotiques ou sauvages ( voir précédemment apparition du temps, parcours des Astres).

De cette remarque émane une autre loi fondamentale : chaque élément qualifiant d'une personne ou de la nature possède son opposé (le blanc/le noir, Le lumineux/le sombre, le méchant/le gentil, la pluie/le soleil........) et si l'on prend le cas du couple polaire lumineux/sombre on a intérête à méditer la maxime alchimique suivante :

" La lumière a jaillit dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas comprise", ce qui pourrait signifier à prime abord que les ténèbres n'ont pas vaincu la lumière, il y a de ça mais ce n'est pas complet, c'est insuffisant : Il s'agit içi de comprendre que la lumière ne peut jaillir que dans les ténèbres et que les ténèbres ne peuvent se manifester que s'il y a lumière, ce sont deux faces d'une même réalité, et il n'y a pas à les disjoindre puisqu'elle ne peuvent exister isolément.

C'est ce que l'on appelle la loi de l'équilibre des contraires qui n'existent pas l'un sans l'autre, en portant le résonnement plus aux nues, l'on peut se dire que le Un occulté Alfodur a forcément une face émanée qui serait Muspel et ce serait la toute la création car l'émané n'existe pas sans l'occulté et vice versa. La lame de l'épée de Sturtr réfléchit le soleil des occis ( le terme réflechir dans le sens optique et dans le sens intellectuel ) Alfodur se réfléchit dans l'épée et donne Muspell, Alfodur est le soleil des Occis. 

Ce n'est pas très adapté dans l'étude d'une mythologie nordique, mais je vais quand même faire une comparaison éclairante dans le domaine de la spiritualité des égyptiens de l'antiquité :

Dans l'ennéade égyptienne qui est une version fondamentale de la cosmogonie ( celle d'Héliopolis ) le dieu occulté est Ra, et il apparaît à l'émané sous la forme de Ra-Atoum, soit sur une fleur de lotus ( Atoum ) émanant des profondeurs de l'océan primordial ( le Noun ) mais aussi dans d'autres traductions ou textes sur une pierre réfléchissante appelée Benben, il s'agit de Ra qui se réfléchit, se pense, sur le benben pour émaner sa composante non occultée Ra-Atoum, de manière strictement pareille à ce qui se passe dans la cosmogonie nordique ( Ra/Alfodur - Epée de Sturtr/Benben - Ra-Atoum/Muspel). L'océan primordial (Noun) étant figuré par Ginnunga en Nordique.

L'apparition de Ymir ne se fait pas seule, sa nourrice, une vache sans cornes Audhulma apparaît également, et l'on se rend compte que par une autre voie dans les textes, une hypostase antérieure verticale de Loki apparaît aussi. Loki à ce stade, est un géant, et ils est métaphore du chaos.

Cette conclusion est parfaitement conforme aux lois que nous venons d'énoncer, le chaos ne peut exister sans son inverse la structure, d'ailleurs symbolisée par l'organisation de l'arbre cosmique Yggrdasil.Un stade de la cosmogonie est donc passé, nous nous trouvons en face d'une tripartite respectant la loi du triangle sacré avec sa conjonction de deux contraires donnant le terme équilibré ou enfant divin.Audhulma/Alfadr/Loki, Alfadr étant la première divinité exhibant la conscience, la conscience cosmique.

Il est à noter que Loki se trouve parfois dénommé Loptr,ce qui évoque l'air, Loptr est fils de Farbauti  le briseur de bateaux, le briseur de bateau étant le vent, Hraesveld est en quelque sorte père de Loki et ce père réside à la partie supérieure de Hvergelmir qui est un chaudron bruyant, il a la forme d'un oiseau qui bat des ailes. Cela justifie sa présence au début de la cosmogonie avec Audhulma dont il est l'inverse.

Ref Gylfaginning : extrait chap 6- A propos de Audhumla et de l'origine d' Odin

Alors Glangeri parla : "Où habitait Ymir et de quoi vivait-il ?"

Hàrr répondit : "juste après cela, les gouttes qui fondaient du givre, se transformèrent en une vache, elle est appelée Audhumla, cependant, quatre rivières de lait coulaient de son pis et elle nourrissait Ymir .

Puis Glangeri demanda :" avec quoi se nourrit la vache ?"

Hárr répondit : "Elle léchait les pierres de givre, qui étaient salées, et le premier jour, alors qu'elle léchait les pierres, le soir, il en sortit les cheveux d'un homme, le jour suivant une tête d'homme, le troisième jour l'homme tout entier était là . Il est nommé Búri "le géniteur". Il était d'apparence agréable, grand et fort . Il eut un fils de cette manière, qui s'appelait Borr , il prit une femme qui s'appelait Bestla, fille du géant Bolthorn, et ils eurent trois fils . Le premier s'appelait Odin, le second Vili et le troisième Vé, et j'ai foi en ce que Odin et ses frères seront les monarques du ciel et de la terre . Nous estimons qu'il doit être appelé comme cela

Ainsi s'appelle cet homme, que nous respectons et glorifions le plus, et il serait judicieux que tu acceptes de l'appeler pareillement . "

Audhulma n'est en fait pas issue directement des gouttes, ces gouttes se réunissent dans Hvergelmir le chaudron sous forme d'eau liquide ( Hvergelmir est en Nilfheim ) et par l'action de Muspel qui chauffe et est esprit, ces gouttes s'évaporent pour donner la vapeur ou l'air humide, Audhulma représente cette vapeur qui est une métaphore de l'esprit en action, l'énergie vitale. C'est cette énergie vitale qui nourrit Ymir par l'intermédiaire des quatres courants de lait émanant de son pis.

Chose importante en premier lieu, aprés l'unité,nous avons vu apparaître le double androgyne constitutif émané de Alfodur et ensuite le trois par génèse de l'enfant divin, ce qui mêne au triangle sacré.Pour le Divin, c'est une figure de stabilité parfaite. Nous voyons maintenant apparaître le quatre par les quatre rivières de lait, le quatre est représenté par un carré en ésotérisme et il est le symbole de la parfaite stabilité de l'homme cosmique, c'est d'ailleurs une figure centrée inscriptible à un cercle et nous verrons que le cercle centré est hypostase du carré centré en tant que symbole de la parfaite conjonction de l'ensemble des couples de contraires androgyniques, cette figure représente le soi psychologique qui est substance de la divinité unitaire, par ex le christ au niveau microcosmique et Yavhé le père au niveau macrocosmique, c'est aussi un mandala......!!! . Pour qui n'est pas agronome, ce n'est pas évident, mais un pis de vache est constitué de quatre quartiers soudés étant solidaires chacun d'un trayon ( mamelle) , on a là déjà une parfaite figure de symétrie et chaque quartier donne sa portion de lait. En spiritualité ésotérique, les quatres quartiers représentent notamment les espaces entre les 4 points cardinaux, ce qui montre bien que chaque portion d'espace est riche et nourricière, le blanc comme le noir, le nord comme le sud , l'est comme l'ouest, mais qu'il faut pour ça une dynamique.

En effet, c'est le mouvement entre deux pôles d'un androgyne qui produit l'énergie, on ne peut pas couper le contact entre ces deux polarités sinon c'est la mort par absence d'énergie ( tant au niveau macrocosmique : physique, naturel ) qu'au point de vue psychique ou spirituel,le mouvement entre les deux pôles de potentiel énergétique différents génère l'arc électrique spirituel en quelques sortes, l'enfant divin sommet du triangle sacré.Ceci constitue une loi spirituelle.

Un mouvement circulaire se fait donc dans un cercle repéré par des points cardinaux ( voir la représentation symbolique de la théorie des quatres éléments d'Aristote ). prenons le sens anti-horlogique, si l'on part du nord et que l'on s'achemine vers l'ouest , l'on détermine un parcours qui figure le quartier, le quartier du pis de vache, et celà génère de l'énergie parce qu'il s'agit de deux polarités, il en est de même si l'on va jusqu'au sud et ensuite l'est, à chaque quartier, du lait ( de l'aliment spirituel, de l'énergie vitale ) sera produite et finalement l'on reviendra au Nord, celà montre aussi la cyclicité du monde comme loi que nous avons déjà introduite et  le rôle de dispenseur d'énergie vitale d'Audhulma.

Ces quelques très modestes considérations que je suis en train de coucher sur écran ne sont nullement des secrets, quelques réflexions un peu appuyées peuvent y mener, mais là où je ne serais pas d'accord, c'est que l'on me dise que ce n'est pas valable parce que ce ne sont que des interprétations personnelles, bien au contraire, chaque ésotériste à sa voie pour comprendre les textes mythologiques mais le message des lois est toujours pareil et c'est là où nous nous retrouvons tous en tant que tels, avec les mêmes conclusions générales.C'est parce que je suis rompu à ce genre d'exégèse depuis 25 ans que je me permets pour la première fois de soulever un tout petit bout du voile et de manière sémantique, cela veut strictement dire "initier" une procédure de recherche, je l'espère chez d'aucuns.

Je suis particulièrement fatigué de voir fleurir sur la toile des sites et forums qui se disent à vocation ésotérique sans entendre le sens du terme vocation, car c'est de cela qu'il s'agit, le terme de dilletante n'a pas son mot à dire en la matière, ce genre d'étude demande un investissement journalier et spirituel pendant des années avant de pouvoir en entrevoir les fruits susceptibles d'être récoltés, franchement ils n'ont rien de commun avec la maladie du rêve malsain que l'on rencontre dans la plupart des sites et forum dits ésotériques.La magie existe, mais c'est une boisson amère, de nature spirituelle et n'ayant rien de "paranormal", c'est bien plus sérieux que ça et elle n'est donnée qu'en proportion des efforts intellectuels et spirituels que vous avez consentis pour l'obtenir.

En revenant à nos moutons, remarquons qu'Audhulma provient de l'action "structurante " de l'esprit Muspel sur Nilfheim,car Nilfheim produit à l'intérieur de lui même une souche spirituelle qu'est le chaudron Hvergelmir que l'on pourrait identifier à un cerveau. Ce cerveau-chaudron bouillonne par l'action de l'esprit-feu -chaleur et génère la vapeur à partir de l'eau, il s'agit d'une magie. Evidemment l'on retrouve à ce niveau l'antique opposition cosmogonique et ésotérique Feu/eau ( théorie des quatres eléments aussi ), présente sous les noms Ré-Atoum/shou dans l'ennéade égyptienne d'Héliopolis. Il y a deux exutoires à Hvergelmir : l'échappement de la vapeur Audhulma et l'écoulement des rivières de glace à partir de l'eau liquide reposant dans le chaudron Hvergelmir. L'eau glacée représente le corporel, le physique, et la vapeur représente l'énergie vitale ou moteur spirituel.    

Ref : extraits Gylfaginning : chap 4 et 5    

4.A propos de Nilfheim et de Muspel

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Puis Jafnhàrr dit : "C'est bien longtemps avant que la terre soit façonnée que Niflheim a été construit et en son milieu réside Hvergelmir, et en cette place coulent des rivières qui s'appellent ainsi :"Svöl, Gunnþrá , Fjörm , Fimbulþul , Slíðr et Hríð, Sylgr et Ylgr, Víð , Leiftr., Gjöll est la plus près des grilles de Hel .

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5- les origines de Ymir et des géants du givre

Gangleri dit : "qu'y a-t-il eu comme changements, avant que ne viennent des familles ou que la population ne s'accroisse ?"

Alors Hàrr dit : " les rivières de cet endroit, appelées les vagues de glace, qui coulaient hors de la source, étaient arrivées ainsi loin du jaillissement , se propageant en un courant empoisonné, elles s'accumulaient dans une petite baie, durcissaient là telles des scories, et gelaient sur place

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L'on comprendra qu'içi, d'importantes clefs ésotériques sont données pour comprendre le Gylfaginning, d'une part nous avons l'air humide ou vapeur spirituelle et structurante représentée par Audhulma et d'autre part, à l'inverse, nous avons l'air sec fils du vent ( Loptr de Farbauti ) et sans structure, donc chaotique préfigurant Loki. ce sont les deux composantes spirituelles lumineuses et sombres. cet air sec est représenté chez les égyptien antique par la transformation ou la genèse de l'hypostase de Tefnout ( Le vent ) qui donnera l'air sec et portera le même nom. Rappelons que le vent en Nordisme est Hraesveld l'oiseau qui bat des ailes mais qu'il porte un autre nom voire d'autres noms à découvrir dans les textes. Ce vent trône à la partie supérieure de Hvergelmir et permet à la vapeur d'Audhulma de se déplacer ( déplacement de l'air humide).En égyptien, Shou, l'eau se transforme en vapeur et l'on retrouve cette vapeur sous le même nom.

Alfodr est la réunion  de trois composantes Ymir/ Loki / Audhulma, qui est un triangle sacré, mais issu d' une conjonction équilibrée au sens de l'individuation en psychologie analytique ( Marie Louise Von Franz)  entre Audhulma et Loki qui donne Ymir ( le 2 en conjonction androgyne qui donne le trois sommet du triangle ) pour ce qui est de son équilibre microcosmique. Au niveau macrocosmique, ces conjonctions sont bien sûr présentes, il n'y a qu'à prendre les théories du potentiel newtonien ou électrique, le mouvement libre ne se fait sans dépense d'énergie que du bas vers le haut et même génère de l'énergie ( Les chutes d'eaux et les centrales hydro-électriques ). Il en est de même pour le passage d'un arc électrique qui nécessite une différence de potentiel entre deux pôles, ainsi l'éclair de Thorr pourrait très bien passer entre le haut d'hyggdrasil céleste et le bas chtonien en reliant les neuf mondes par un courant énergétique.

Nous pouvons comprendre de la naissance d'Ymir, que celui-çi ne dispose d'aucune spiritualité et que celle-çi n'est l'apanage que d'Audhulma et en quelque sorte Loki son inverse. Ymir provient des vagues de glaces non réchauffées par l'esprit et provient donc ainsi des 11 rivières Elivagar écoulant l'eau de Hvergelmir, il s'agit d'une matière brute sans forme qui les prends toutes (comme l'eau), de la matière qui constitue l'univers ou le monde non spiritualisé, non organisé mais soumis à l'instinct. Nous verrons plus tard qu'il y a 11 composantes originelles dans l'émané ( les onze rivière du chaudron Hvergelmir) à Ymir et que l'unification de ces 11 composantes constituent le douzième qui est Alfodur, l'aspect émané de cette 12 ème composante est Muspel. il en est ainsi d'Alfadr et ses collègues dans l'ancien Asgard et de Odin et ses 11 composantes divines dans le nouvel Asgard., l'on a le nombre 12 à chacun des trois niveaux mythologiques.Les origines avec Ymir 12/ l'ancien Asgard-âge d'or avec Alfodr 12/ et le nouvel Asgard avec Odin 12/,l'on a aussi une tripartite à chaque niveau: Alfodur-Muspel-Nilfheim/Audhulma-Ymir-Loki/Odin-Vili-Vé. Ceci donnant le sens du fameux signe Valknut :

Ymir avec ses deux hypostases polaires Audhulma et Loki provient directement de Muspel, par exhibition de son inverse l'eau, et on a le triangle Muspel Nilfheim Ginnungagap, ce qui compose la triangulation Alfodurienne dans l'émané, comme l'on a la triangulation Ymir Audhulma Loki à un niveau inférieur et qui se nomme Alfadr. Tout naturellement, l'on retrouve la troisième triangulation au niveau de Odin Vili Vé qui est Alfodr, à ne pas confondre avec Alfadr comme dirait monsieur Bardwulf.

 

Ne croyez cependant pas que le savoir est donné avec ces basses considérations arithmétiques, le triangle de la tripartite fondamentale baigne sa pointe Alfodur dans l'occulté et sa base Muspel-Nilfheim dans le manifesté, là est tout le mystère, il faut devenir oiseau pour accéder à cette pointe......   

 

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Date de dernière mise à jour : 14/06/2013