Mythologie grecque 2

Fils de Zeus et de Maia, Hermès naît en Arcadie, où il était connu avant l'arrivée des Grecs. Son nom vient probablement du grec herma («tas de pierres»), qui indique une origine minoenne. Faisant preuve d'une grande précocité, il débute comme dieu des Voleurs, le jour de sa naissance, en dérobant à son frère Apollon les troupeaux dont celui-ci avait la garde. Zeus lui ordonne de les rendre, mais Apollon les abandonne à Hermès en échange de la lyre qu'il vient de fabriquer avec la carapace d'une tortue et les intestins d'un bœuf en guise de cordes. Messager des dieux, Hermès porte des sandales ailées qui lui permettent de se déplacer dans les airs. Compagnon et guide des voyageurs en ce bas monde, il reçoit aussi de Zeus la mission d'accompagner aux Enfers les âmes des morts; il veille aussi sur les marchands et (sous son aspect immoral) sur les menteurs.

Apollon

Apollon - vénéré notamment dans les centres panhelléniques de Delphes et de Délos - est le plus hellénique des dieux, même si son nom n'est pas grec et que les mythes qui l'entourent renvoient à l'Asie Mineure et, avant cela, au nord de l'Asie. Fils de Zeus et de Léto, il naît sur l'île de Délos. Des cygnes sacrés l'emmènent dans le pays des Hyperboréens, où le soleil ne se couche jamais et où le bonheur règne. Puis il se rend à Delphes, où il vient à bout du protecteur d'un vieil oracle, le serpent Python, qui ravage la région. Apollon s'empare de l'oracle et installe dans son antre la Pythie, qui transmet les réponses du dieu aux hommes. Apollon a des pouvoirs divinatoires, et les hommes d'État grecs consultent son oracle à Delphes avant de prendre des décisions importantes. Le caractère extatique des prophéties rendues par la Pythie, le révèle sous un aspect non rationnel, non grec. Son arrivée tardive parmi les Grecs est illustrée en outre par le fait qu'il est le quatrième oracle à prendre possession de Delphes. En dehors de ses fonctions de devin, Apollon purifie les homicides, comme le montre le mythe d'Oreste, traité notamment par Eschyle dans les Euménides. Enfin, la légende de Hyacinthe, à Amyclées, montre clairement qu'Apollon a supplanté un dieu plus ancien : Hyacinthe, en effet (la terminaison en -nthos est pré-grecque), était un dieu local de la fertilité qui est devenu l'amant (et la victime accidentelle) du nouveau dieu.

Illustrant aussi l'idéal grec de la modération - le temple de Delphes portait la devise médên agan («rien de trop») - Apollon veille sur ces activités civilisées que sont la musique et la la poésie, et dirige le chœur des Muses. En tant que Phoibos («celui qui brille»), il est associé au soleil. Dieu de la Lumière, il est aussi celui de la Vérité. C'est enfin une divinité guérisseuse, puisqu'il a été le premier à apprendre aux hommes l'art de la médecine.

L'art le représente sous la forme d'un jeune homme dans sa prime jeunesse, incarnant l'idéal masculin, soit sous ses aspects virils et forts, comme à Olympie (470 av. J.-C.), soit sous un aspect plus sentimentalisé, comme dans la sculpture du IVe siècle.

Arès

Dieu de la Guerre, Arès est d'origine thrace. Il est le fils de Zeus et d'Héra, qui tous deux, d'après Homère, le détestaient. Le poète le dépeint sous un jour peu sympathique : meurtrier, assoiffé du sang des mortels, mais lâche cependant, et trompé parfois par d'autres dieux ou des héros. Il fait l'objet de peu de mythes, et son culte est beaucoup moins répandu que celui de son équivalent romain, le dieu Mars.

Aphrodite

Aphrodite est à l'origine une déesse-mère asiatique. Le culte qui lui est voué à Paphos (Chypre) n'est pas grec au départ et, dans son mythe, l'épisode d'Adonis est une version de la légende syrienne de Tammouz. D'après Hésiode, elle est née de la semence immortelle d'Ouranos, dont les organes sexuels tranchés par Cronos sont tombés dans la mer (le terme grec aphros signifie «écume»); chez Homère, elle est la fille de Zeus et de Dioné. Portée par Zéphyr à Cythère puis à Chypre, elle est parée et couronnée d'or par les Heures, qui la transportent ensuite sur l'Olympe. Déesse de la beauté aux amours multiples (elle trompe son mari Héphaïstos, notamment avec Arès), elle personnifie la beauté radieuse et la séduction irrésistible. Elle joua aussi un rôle majeur dans la guerre de Troie, puisqu'elle promit à Pâris, qui la désigna comme la plus belle des trois déesses présentes, l'amour d'Hélène. Les légendes qui l'associent à l'amour romantique et, en particulier, à Éros (ici l'équivalent de Cupidon) sont tardives et obscurcissent sa nature primitive.

Héphaïstos

Héphaïstos, dieu du feu auquel il commande sous ses aspects créatifs, est un dieu qui vient d'Asie Mineure. Le centre de son culte était l'île volcanique de Lemnos. Dieu très populaire, maître des arts de la forge et du travail des métaux, les volcans sont ses ateliers. C'est l'artisan divin par excellence, toujours prêt à réaliser quelque commande extraordinaire, bouclier, arme, chaîne…. Dans la mythologie, il est le mari boiteux d'Aphrodite. Il doit son infirmité à une dispute entre Zeus et Héra, au cours de laquelle il avait pris le parti de sa mère; pour le punir, son père l'avait précipité du haut de l'Olympe.

Déméter

Déesse de la Terre cultivée, elle est étroitement associée à sa fille Perséphone, conçue avec Zeus et enlevée par Hadès, qui l'a entraînée aux Enfers. Déméter, à la recherche de sa fille, empêche les arbres de pousser, rendant peu à peu la terre stérile. Zeus décide d'envoyer Hermès aux Enfers chercher Perséphone, mais celle-ci a goûté la nourriture des morts: elle est donc liée définitivement au monde infernal. Un compromis est finalement trouvé: Perséphone partagera son temps entre Déméter et les Enfers, d'où elle remontera à l'arrivée du printemps. Des mystères étaient consacrés à Déméter, notamment à Éleusis.

Dionysos

Fils de Zeus et de Sémélé, Dionysos est le dernier des dieux à être entré dans l'Olympe. Sa mère, une princesse thébaine (mais, à l'origine, une déesse phrygienne de la terre), traitreusement inspirée par Héra, dévorée de jalousie, a demandé à Zeus de se révéler à elle dans toute sa splendeur. Zeus sait qu'aucun mortel ne peut supporter l'éclat de sa divinité, mais il est prisonnier du serment qu'il a fait à Sémélé. Celle-ci meurt foudroyée. Mais Zeus a le temps de lui arracher son enfant près de naître. Il le porte dans sa cuisse jusqu'à sa naissance. Dans sa petite enfance, Dionysos sera, comme Zeus, recueilli par des nourrices. Euripide, dont les Bacchantes constitue notre principale source de renseignement sur le mythe et les rituels dionysiaques, situe l'enfance du dieu en Crète, et fait danser autour de lui les jeunes gens. L'élément «Dio- » de son nom correspond au nom phrygien de Zeus ; il n'est donc pas étonnant que Dionysos ait été identifié au Zeus des Crétois.

À l'âge adulte, découvrant la vigne et le vin, Dionysos est frappé de folie par Héra et se met à errer de part le monde, de la Perse à l'Asie, en passant par la Phrygie. Délivré de sa folie par Cybèle, il aborde en Thrace, d'où son culte mystique, souvent accompagné d'orgies, se propage rapidement à travers toute la Grèce.

Dionysos est surtout associé aux cultes extatiques et orgiastiques, et aux manifestations de la folie. Venu du nord, il est pourtant le dieu de la vigne et du vin, et son culte entraîne les fidèles à perdre leurs esprits dans la nature même du dieu. La «démence» qui le caractérise souvent ressort clairement chaque fois que l'on cherche à s'opposer à lui, comme dans le mythe de Penthée et d'Agavé, où la possession divine conduit une mère à tuer son fils. Cependant, les Grecs vont rationaliser et apprivoiser Dionysos, au point de l'associer à Apollon à Delphes, tandis qu'à Athènes, de grands festivals de théâtre se tiennent en son honneur dans le cadre des Grandes Dionysies. Les Dionysies rurales, plus primitives, l'honorent sous la forme d'un dieu de la fertilité.

Les mythes de Dionysos montrent la nature débridée de son culte, avec ses cortèges de fidèles (notamment des femmes, appelées Bacchantes ou Ménades), qui dansent jusqu'à atteindre l'extase mystique. Les attributs du dieu sont le thyrse (bâton entouré de lierre et de pampre) et la nébride (peau de faon), et les satyres qui l'accompagnent, mi-hommes mi-animaux, rappellent les danseurs minoens vêtus de peaux. L'extase et l'union avec le dieu offraient certainement un espoir d'immortalité, mais ce caractère n'apparaît pas chez Homère ni chez Euripide, car, à cette époque encore, la ligne de démarcation entre les dieux et les mortels était nettement établie. Cependant, le culte dionysiaque est bien d'ordre mystique, car il conduit à «l'enthousiasme», c'est-à-dire à la possession par le dieu. Dionysos sera associé plus tard aux doctrines de l'orphisme.

Les divinités mineures

Le panthéon des grands dieux de la Grèce classique comprend quatorze divinités. Les douze divinités de l'Olympe constituent la famille des dieux homériques ; Hadès n'y figure pas, et Dionysos y remplace souvent Hestia. Mais il existe un grand nombre de dieux mineurs et d'autres divinités auxquels des cultes sont rendus, parmi lesquels Pan, le dieu pastoral mi-animal de l'Arcadie, et des divinités étrangères comme Cybèle, la Grande Mère asiatique.

Les héros locaux ont leurs légendes et leurs cultes ; parmi eux les plus célèbres sont peut-être Héraclès et Asclépios. Le premier est le seul être de la mythologie grecque à passer de l'état de mortel à celui d'immortel. Homère, qui y voit un paradoxe, place le fantôme d'Héraclès dans le monde souterrain, tandis qu'Héraclès lui-même festoie au milieu des dieux immortels ; Pindare l'appelle le dieu-héros. Asclépios, dieu de la médecine et fils d'Apollon, était vénéré à Épidaure, mais son association avec le serpent (son emblème), l'épisode de sa mort et la localisation de son culte révèlent sa véritable nature chthonienne.

Certaines divinités de groupe correspondent essentiellement à des concepts abstraits : c'est le cas des trois Moires (les Parques des Romains), des trois Érinyes (les Furies) et des neuf Muses. D'autres sont plus concrètes, telles les nymphes : belles jeunes femmes divines mais pas toujours immortelles, elles sont dotées de pouvoirs surhumains et, dans les légendes, elles sont les épouses d'innombrables dieux et héros. Souvent associées à des éléments naturels, elles sont omniprésentes, comme la nature elle-même. Elles interviennent souvent dans la religion des humbles paysans.

2.7 Des hommes aux fleurs

Narcisse

On est bien excusable de tomber amoureux de Narcisse. Il est beau, beau, beau comme un dieu qu'il n'est pas pourtant. Puisqu'il est fils de Liriopé, la nymphe bleue que le dieu fleuve Céphise a un jour emportée dans ses bouillonnants bras,.. Mais dieu qu'il est beau, ce Narcisse là! Depuis qu'il est enfant, sa route est semée de coeurs brisés. Car Narcisse n'aime personne.

Parmi ses amoureuses se trouve la pauvre nymphe Écho. Écho est muette ,ou presque... Autrefois il faut bien le dire, Echo était une incorrigible bavarde. Une bavarde de génie puisque par ses histoires sans fin elle parvenait à retenir l'attention d'Héra pendant que Zeus s'ébattait gaiement avec les autres nymphes amies d'Echo... Héra s'est cruellement vengée, comme à son habitude:

elle a condamné Echo à ne plus pouvoir se servir de sa voix que pour répéter servilement les derniers mots qu'elle entend... Un jour donc, Echo, follement amoureuse de Narcisse, le suit dans la profondeur de la forêt, dévorée du désir de lui adresser la parole, incapable de lui parler la première... Et Narcisse se perd. Il se met à crier: Holà! y a-t-il quelqu'un ici ?

-Ici! reprend Écho. Ce qui surprend Narcisse car il ne voit personne.

-Viens! crie Narcisse.

-Viens !

-Rejoignons-nous !,

-Rejoignons-nous ! répète Echo qui sort de sa cachette, toute heureuse, et se précipite pour embrasser Narcisse. Mais il la repousse brutalement. Et il s'enfuit.

-Je mourrai plutôt que d'être à toi !

-Être à toi !. implore Echo. Mais Echo dans les vallons abandonnés, se languissant d'amour et se laissant dépérir, au point que seule sa voix subsiste, et si on l'appelle, on l'entend encore tant sa peine est profonde. Narcisse, lui, poursuit sa carrière cruelle. Mais un jour, une de celles qu'il a blessées adresse aux dieux une prière : " Que celui-là qui n'aime aucun autre s'éprenne de lui même ! " La grande Némésis, déesse de la juste colère, se charge de mener ce voeu à bien. Un jour, à Thespies, Narcisse voit une source. Elle est claire, argentée et n'a jamais été touchée par des oiseaux, ou des bêtes sauvages, ni même par des branches tombées des arbres. Un vrai miroir... Comme Narcisse, épuisé de fatigue, se laisse tomber au bord de cette eau, il y aperçoit son image reflétée. Il commence par essayer de saisir et d'embrasser le beau jeune homme qui lui fait face, mais il se reconnaît lui-même et, transporté d'amour, il reste là, couché, pendant des heures, à regarder l'eau. Comment supporter à la fois de posséder et de ne pas posséder ? Miné par le chagrin et tout à la fois fasciné par sa propre image, il ne peut s'en détacher. Il languit et dépérit, et sait que seule la mort pourra le libérer. Alors il se plonge un poignard dans la poitrine. Et quand la mort arrive, et qu'il se dit " Adieu! ", on entend une, voix non loin de lui : " Adieu I Adieu! " C'est Echo, comme une dernière plainte... Son sang s'écoule dans la terre, mêlé aux larmes d'Echo et il naît un narcisse blanc à corolle rouge.

Hyacinthe

Hyacinthe vient de mourir. Quel malheur ! Quelle tristesse! Apollon l'aimait. Mais le vent d'Ouest aimait aussi Hyacinthe et il était jaloux d' Apollon. Alors, un jour qu' Apollon et Hyacinthe s'amusaient ensemble à lancer le disque, le vent d'Ouest adonné un grand coup, comme il sait le faire. Il a saisi au vol le lourd disque de bronze et l'a violemment abattu sur la tête de Hyacinthe. Et le beau Hyacinthe gît là, tout ensanglanté. Mort. Apollon est au désespoir. Il se lamente ; il dit: " Mon bel ami, que ne puis-je mourir aussi! " Et pendant qu'il parle et pleure et se tord les mains, voici que l 'herbe tachée de sang se met à reverdir. Voici qu'une fleur merveilleuse apparaît. Grande, noble, rouge sang. Fière et droite sur sa tige. C'est la jacinthe, celle qui pousse dans les montagnes caillouteuses de la Grèce.

Adonis

" Beau comme Adonis " ! Mais personne, jamais, jamais, n'a été ni jamais ne sera aussi beau qu'Adonis ! Il est si beau que la déesse de l'Amour elle-même l'aime. Aphrodite, oui, elle! Elle l'a vu naître et l'a aimé dès l'heure de sa naissance. Comme elle n'est pas très maternelle, elle l'a porté à Perséphone pour qu'elle l'élève, mais la reine des Enfers s'est mise elle aussi à l'aimer. Aphrodite et Perséphone se sont disputé Adonis, chacune le voulant pour elle toute seule, car les immortelles déesses sont mortellement jalouses. Heureusement, le grand Zeus a tranché: Adonis appartiendra à Perséphone l'automne et l'hiver, à Aphrodite le printemps et l'été. Adonis, lui, n'a pas vraiment eu son mot à dire. donis aime chasser. Aphrodite, pour lui faire plaisir, s'habille en chasseur et l'accompagne dans ses longues courses en forêt. Mais un jour... le destin attend Adonis au plus profond de la forêt. Il l'attend sous la forme d'un terrible sanglier aux défenses acérées. La bête, blessée par les flèches d'Adonis, folle furieuse, le charge, le transperce de part en part. Lentement, Adonis couché sur l'herbe verte se vide de son sang. Une source rouge, mêlée des pleurs d'Aphrodite, mouille la terre où Adonis se meurt. Et à l'instant même de ce soupir de mort surgit de la terre une fleur rouge carmin, au pistil noir comme du velours. C'est l'anémone. Pendant des siècles désormais, chaque année, les jeunes filles de la Grèce pleureront sa perte à la fin du printemps, et chanteront sa naissance, sa tige naissante et son bouton fragile dans les champs verdissants de la toute fin d'hiver.

2.8 La féminité déclinée en trois , multiple ou autre

Qu'elles soient trois, neuf ou cinquante, elles doivent leur nombre à la lune. L'Europe ancienne n'avait pas de dieux. C'était bien avant les Grecs. Il y avait une Mère, immortelle, immuable et toute-puissante, que les hommes révéraient. Cette mère s'appelait a" Triple Déesse Lune ". Elle était triple parce que la lune a trois phases: nouvelle, pleine et vieille. Exactement comme la femme a trois âges: la jeune fille, la femme mariée, la vieille femme. Exactement comme les plantes ont trois saisons qui donnent les bourgeons, puis les fleurs et enfin les fruits, les beaux fruits mûrs! Voilà d' où vient le caractère sacré du nombre trois. Et plus on le multipliait par lui même, plus on le rendait divin. Dans cette très ancienne religion grecque, la lune est terriblement importante, beaucoup plus importante que le soleil. Car le soleil perd de son intensité au fur et à mesure que l'année décroît. La lune, non. On lui attribue d'immenses pouvoirs, comme de fournir de l'eau aux cultures ou au contraire de provoquer la sécheresse. Elle est femme et multiple. Tous ces féminins pluriels viennent d'elle.

Les Trois Charités

Voici Aglaé (la brillante), Thalie (la verdoyante) et Euphrosyne (la joie intérieure). Elles sont filles de Zeus et d'Eurynomé, elle-même fille du Titan Océanos. Elles sont toujours ensemble, à danser devant les dieux aux doux sons de la lyre d'Apollon. Mais elles ravissent aussi les hommes qui quelquefois ont la chance de les apercevoir, comme une gracieuse nuée qui fait fleurir la vie. On les appelle les " charités " parce que Charis veut dire " grâce ". Elles sont toutes les trois en une, tellement que certains Grecs les appelaient d'un seul nom qui était une phrase en trois mots : " pasithea-cale " : la déesse que tous les hommes trouvent belle.

Les Trois Érinyes

Elles s'appellent Alecto, Tisiphoné et Mégère. Elles sont monstrueuses, vengeresses et affreuses à voir. Ce sont les déesses de l'épouvante et les filles du sang! Nées des gouttes de sang versé par Ouranos sur la Terre-Mère, elles pourchassent les méchants de la terre, les meurtriers, les parricides, ceux qui ne peuvent offenser que leur Mère. Elles les traînent jusqu'aux Enfers pour qu'ils y subissent leur punition. Elles sont capables d'enflammer la haine dans les coeurs humains,de déchaîner des guerres. L'une d'entre elles est devenue si célèbre qu'elle en est devenuecommune : Mégère... Un simple adjectif.

Les Trois Moires

Clotho, Lachésis et Atropos. Elles distribuent aux hommes, dès leur naissance, tout le malheur ou le bonheur que la vie leur réserve. Clotho est la fileuse et sa quenouille déroule le fil de la vie. Lachésis dispense le sort avec sa baguette et assigne à chacun sa destinée. Et Atropos, l'inflexible, tranche inexorablement, le jour venu, le fil de la vie de ses grands ciseaux. Elles sont sans pitié et ne changent jamais d'avis.Dans leur palais, la destinée est gravée sur le fer et l'airain, de sorte que rien ne peut l'effacer.

Les Trois Hespérides

L'histoire d'Hespéria, Aeglé et Érythie est jolie. Filles d' Atlas, le Titan qui porte le ciel, et d'Hespéros, l' étoile du soir, elles habitent en Extrême Occident, là où est le lit du soleil. (Pour lesGrecs, Hespérie, où commence le soir, était en Italie.) Elles vivent dans un jardin, le jardin merveilleux qu'Héra a donné à Gé, la déesse Mère. Et dans ce jardin des " Hespérides ", il y a des arbres couverts de " pommes d'or ". Certains prétendent que ce sont en réalité des oranges... Maisc'étaient peut-être de vraies pommes d' or. Ce qui est sûr c' est que lorsque le soleil disparaît et qu'Hespéros, l'étoile du soir, apparaît sur l'horizon, le ciel est alors vert, jaune et rouge, comme un pommier chargé de pommes. Et le soleil, coupé par l'horizon, ressemble à une demi-pomme rouge.Et quand on regarde une pomme coupée en deux, et que l'on regarde l'étoile à cinq branches, est ce qu'on ne reconnaît pas l'étoile du soir ?

Les Trois Gorgones

Sthéno (là forte), Euryalé (celle qui erre par le monde) et Méduse (la rusée) ont des yeux étincelants et exorbités, la langue pendante, des dents pointues et écartées. Derrière un masque terrifiant luisent des regards de braise. Elles gardent le secret sur les Mystères divins, en écartant,par leur redoutable apparence, les curieux qui voudraient percer ces Mystères. D'ailleurs, un seul de leur terrible regard change les hommes en pierre... Les Gorgones sont tellement terrifiantes que les boulangers grecs les peignaient sur les portes de leurs fours pour décourager les gens de regarder à l'intérieur du four et d'abîmer le pain !

Les Trois Grées

Voici les soeurs aînées des Gorgones, trois vieilles femmes laides à faire peur,' aux cheveux gris, à la peau grise, couvertes d'une loque grise. Tout est gris chez elles. Les Grées habitent une sombre région où même le ciel est gris. Un pays toujours entouré de crépuscule. Jamais un rayon de soleil ne l'éclaire et la lune elle-même s'y montre rarement la nuit. Elles vivent là dans la grisaille, fanées par le grand âge. Ce sont d'étranges créatures : un seul oeil pour trois. Elles s'en servent chacune à leur tour! Et elles font la même chose avec leur unique dent ! Elles ont quand même chacune un nom: Enyo, Péphrédo et Dino.

Les Neuf Muses

Filles de Zeus et de Mnémosyne, les neuf Muses vivent sur le mont Hélicon. Zeus, la toute puissance,Mnémosyne, la Mémoire: les fruits en pouvaient-ils être autres que les Muses, celles qui font sonner en l'homme la corde divine ? Les Muses sont cette mémoire-là : elles chantent et dansent, rappelant pour l'éternité aux hommes qu'ils portent au plus profond d'eux-mêmes, au plus secret, comme un trésor, la poésie, la musique et tous les arts. Et surtout, les moyens de les chanter tous...

Terpsichore! Muse de la Danse! Sans toi les hommes ne sauraient pas qu'ils sont aussi des fleurs dansantes, de sublimes étoiles de mer, une symphonie de nuages en mouvement : des danseurs nés portes par toi.

Et toi, divine Calliope, immense Calliope, Muse de la grande poésie, celle qui emporte, comme sur les océans, la poésie épique!

Erato secrète, qui se cache dans les plis de la timidité et dans ceux du désir, Erato, Muse de la Poésie amoureuse, qui lance ton chant comme un cri ou le susurre comme un murmure… Et toi, Euterpe, reine de la poésie lyrique et de la musique, divine Muse, sans toi nos oreilles seraient comme des pierres !

Clio, tu es la mémoire des hommes, Muse de 1 'Histoire, qui garde précieusement pour nous le fil du Temps...

Uranie, brillante Muse, tu es l'Astronomie, par toi nous saurons peut-être le secret des étoiles et de l'azur qui devient noir quand disparaît le soleil... Melpomène, tu fais pleurer les grandes foules, ô Muse de la Tragédie; et toi, Thalie, tu inspires aux hommes la Comédie et tu les fais rire !

Enfin, toi, Polymnie! Muse des chants religieux et du beau-parler, de la Rhétorique! Tu connais des choses terribles et tu sais tirer de l'ombre opaque des Mystères et du noir des sanctuaires la voix même des dieux !

Les Cinquante Danaïdes

Pauvres filles de Danaos! Condamnées à verser sans trêve de l'eau dans un immense tonneau percé! Elles ont beau être cinquante, elles n'arrivent pas à le remplir... Cinquante à faire le même geste pour l'éternité. Et qui devinerait à les voir si douces et belles, qu'elles se trouvent aux Enfers pour avoir commis le plus terrible des crimes ?

Danaos était roi de Lydie et il avait cinquante filles, les Danaïdes. Son frère, Aegyptos, était roi d'Egypte et il avait cinquante garçons. Jusqu'ici tout va bien.Oui, mais les cousins voulaient épouser leurs cousines et les cousines n'en voulaient absolument pas. Danaos, qui aimait ses filles, leur a alors construit un bateau, avec l'aide d'Athéna, pour s'enfuir. Les voilà parties: elles cinglent vers la Grèce, Danaos est avec elles. Ils abordent à Argos, dans le Péloponnèse et Danaos devient roi d'Argos.

Mais les fils d'Aegyptos les ont pris en chasse. Quelque temps plus tard, ils débarquent à leur tour, réclament leurs cousines, mettent le siège devant la ville. Comprenant que bientôt, ils n'auront plus rien à manger, Danaos fait mine de capituler. Il dit oui. Oui enfin au mariage détesté! Il donne une de ses filles à chacun des garçons... mais aussi à chacune des filles, une longue épingle acérée. On festoie, on boit, on chante. Et pendant la nuit, chacune des Danaïdes transperce le coeur de son nouveau mari... Toutes sauf une, Hypermnestre, prise d'une violente pitié, qui s'enfuit avec son mari Lyncée. Peut-être l'aimait-elle ?

Les Ménades

Les folles Ménades! Rendues folles par le vin ! Elles sont ivres, c'est vrai, ivres à vie, ivres de vin, ivres pour le meilleur et pour le pire, ivres pour leur seigneur et maître, le grand Dionysos! Le dieu des orgies et de l'ivresse, et du vin qui fait vivre et aimer la vie. Ivres pour le meilleur et pour le pire etsouvent pour le pire. Echevelées, hagardes, elles se précipitent le long des pentes, à travers les bois, sans voir ce qu'elles piétinent de leurs pieds nus. Les Ménades vont à travers les collines, délirantes, elles crient et dévalent les montagnes en agitant leurs thyrses, des verges emboutées de pommes de pin. Elles chantent :

" Oh, combien sont doux les chants et les danses sur la montagne, et la course folle, Oh, combien il est doux de tomber, épuisée sur a terre, après que la chèvre sauvage a été pourchassée et rejointe. " Quand elles sont prises de boisson, les Ménades deviennent frénétiques, surexcitées. Elles déchiquettent les veaux vivants, arrachent les membres du malheureux voyageur qui passe par là et se repaissent de chair toute palpitante. Leur mois de prédilection, c'est octobre, le temps du raisin, le temps des vendanges, le temps du lierre aussi qu'elles arrachent et dont une substance contribue à les mettre dans un état de folie totale. Leurs visages sont pleins de tatouages pour mieux les camoufler quand elles passent derrière les branchages des forêts.

Les Amazones

Voici une nation entière de femmes. Les Amazones sont les filles d' Arès et d'Harmonie. Curieuse union: la guerre et la paix! Mais vraiment, les Amazones tiennent plus de leur père que de leur mère... Femmes guerrières, tout le temps à cheval, elles sont vêtues de peaux de bêtes sauvages, elles portent casque et carquois. Elles ont le sein droit coupé pour pouvoir mieux tirer à l'arc. Elles sont plus femelles que des femmes et plus mâles que des hommes. Guerrières et séductrices,dominatrices, sanguinaires, les Amazones échevelées martèlent les rivages de la Scythie, leur pays, du galop effréné de leurs petits chevaux de bataille qu'elles montent à califourchon. Elles ne veulent pas d'hommes ou alors uniquement pour leur faire des enfants: Des filles ! Elles tuent tous les bébés garçons à la naissance.

3. Les mortels et les dieux

Les yeux d'Argos

Une fois de plus, Zeus est amoureux. L'élue de son coeur porte le doux nom de I0. Pour échapper à la surveillance jalouse d'Héra, Zeus vient de transformer I0 en une paisible vache blanche. Il va ainsi pouvoir jouer les candides bergers... Mais Héra est maligne. La jalousie lui donne une seconde vue! Elle a tout compris. Elle prend la vache I0 sous sa houlette et la met dans son propre troupeau, et sous bonne garde: le berger n'est autre qu'Argos, l'homme aux cent yeux qui voit dans cent endroits à la fois. Zeus est furieux. Il charge son ami et messager Hermès d'aller voler sa belle vache blanche. Car Hermès, patron des facteurs, est aussi celui des voleurs. Mais tromper Argos, et cent yeux, c'est une autre histoire. Après avoir réfléchi à la solution la plus avantageuse pour tout le monde, et la moins douloureuse pour Argos car au fond Hermès est gentil il finit quand même par l'assommer et lui trancher la tête. Puis il délivre I0. Mission accomplie pour son maître Zeus. En représailles, Héra lance à la poursuite de I0 un taon monstrueux, qui oblige la pauvre vache à cavaler sans répit à travers le monde. Puis, signe d'hommage, elle arrache les yeux de la tête de son fidèle berger Argos et les place sur la queue de son paon favori, où l'on peut encore les voir si on a la patience de compter ...

Syrinx en concert

Pauvre Syrinx! Qui pourrait deviner que ce roseau gémit et se lamente ? Qu'il est en réalité une femme, une nymphe... Pour échapper au sauvage, grossier et, il faut bien le dire, un peu fou dieu Pan en tout cas fou amoureux d'elle tous les moyens sont bons. Syrinx s'est transformée en roseau. Et parmi tous les roseaux, Pan ne sait plus lequel est sa bienaimée. Alors, le cruel, il s'apprête à les couper tous. Et dans un instant, faute de pouvoir faire de Syrinx sa femme, il va en faire... une flûte, la fameuse " flûte de Pan ".

L 'hallali d' Actéon

Il ressemble à un cerf, mais c'est un bien malheureux mortel. Il adorait la chasse et passait son temps à courir les champs et les bois. Un jour, assoiffé et hors d'haleine après la longue poursuite d'un animal sauvage, il est entré dans cette grotte pour se rafraîchir. Mal lui en a pris! Artémis y était avant lui, et Artémis n'aime pas les hommes. Elle s'y baignait et elle était nue. De rage d'avoir été vue par un homme, un mortel de surcroît, elle l'a aspergé de quelques gouttes de sa main mouillée. Cela a suffi pour le transformer en un cerf splendide que les chiens ont aussitôt poursuivi comme un animal sauvage. Dans un instant, Actéon va mourir, horriblement déchiqueté par les dents de ses chiens.

Ganymède, le beau du ciel

Ganymède, vous êtes trop beau! Trop beau pour être vrai, trop beau pour être un homme. Trop beau en tout cas, pour rester avec les mortels. Zeus l'a-t-il vouvoyé, quand il a ainsi pensé à Ganymède ? On ne le sait pas. En bref, Ganymède, fils du roi de Tros qui donna son nom à la ville de Troie, trop beau pour les hommes, est assez beau pour les dieux. Et Zeus, le plus grand de tous les dieux, l'a voulu pour lui tout seul. Il veut en faire son échanson. Comme il n'est pas du tout sûr que Ganymède sera d'accord, il s' est transformé en un grand aigle, et de ses puissantes serres, le voilà qui enlève le beau Ganymède pour l'emmener avec lui sur l'Olympe. Zeus l'a tellement aimé que lorsque Ganymède est mort, il a placé son image dans les étoiles : la constellation du Verseau, le bel adolescent qui verse de l'eau.

Le choix fou de Clytie

Pour une fois, l'histoire est à l'envers: Clytie est une jeune fille mortelle amoureuse d'un dieu, et non le contraire! Pauvre Clytie, elle n'a pas choisi n'importe qui: elle aime,elle adore, tout simplement... le Soleil, Hélios! Assise sur le pas de sa porte, voilà des jours, et des semaines, et des mois, qu'elle lève à toutes les aubes son visage, et regarde le Soleil dans sa course au long du ciel, et se morfond à longueur de jour. A la fin, de se sentir ainsi si constamment suivi du regard, Hélios qui pourtant n'a pas beaucoup de pudeur et ne rougit qu'aux dernières extrémités, s'est agacé. Il a changé Clytie en fleur. C'est le tournesol... ou héliotrope.

Daphné: fleurs et couronnes

Daphné la belle nymphe vient de courir des heures entières, peut-être même des jours, poursuivie par Apollon. Elle est hors d'haleine, elle n'en peut plus.Apollon est amoureux d'elle, et comme tous les dieux, quand il veut quelque chose, il l'obtient. Il aura de Daphné par la force puisqu'elle ne veut pas de lui. I1s ont couru, couru...

I1s sont maintenant au bord du fleuve Pénée, et Pénée, le dieu fleuve, est le père de Daphné. Daphné sent le souffle du dieu sur sa nuque. Elle crie: " Père, sauve-moi ! " Est-elle perdue ? Est-elle sauvée ? Tout à coup une torpeur la prend, elle sent que ses pieds s'enracinent dans le sol. Une écorce l'enveloppe, le bout de ses doigts s'allonge en branches, en feuilles... Elle s'est transformée en laurier. Elle a pris racine! Apollon est atterré, c'est le cas de le dire... Pour se consoler, il décide de faire de Daphné son arbre, du laurier sa gloire et son bonheur. Et voilà pourquoi, Apollon porte toujours sur la tête une couronne de laurier. Et aussi les gagnants des concours, les diplômés, les premiers aux distributions de prix, les... lauréats ! Les lauriers de la gloire ne sont que des feuilles de Daphné l'effarouchée !

Tithon et Aurore

Qui pourrait croire que cette cigale a d'abord été un homme jeune, beau et bien fait ? Il fut le grand Tithon, mari d'Aurore, la Reine du Jour, la déesse au front étoilé. Il eut tout pour lui... sauf une chose: la divinité. Simple mortel, Aurore l'aima tant qu'elle supplia Zeus de lui donner l'immortalité, afin de rester avec lui pour toujours... Pauvres Tithon et Aurore! Aurore aurait mieux fait de ne rien demander. Car elle a oublié de préciser: avec une éternelle jeunesse. Et Tithon devient vieux, vieux, de plus en plus vieux, affreusement vieux, sans toutefois parvenir à mourir ! Il n'a même plus la force de lever un pied ou une main. Sa fin n'en finit pas, n'en finira jamais ! Tithon appelle la mort à grands cris mais en vain. Enfin Aurore qui n'a jamais arrêté de l'aimer malgré sa pauvre apparence soulage sa misère: elle le transforme en cigale. Et comme la cigale recommence chaque jour à chanter avec la chaleur du jour, Tithon redevient pour toujours le compagnon de la Reine du Jour.

L'enterrement des Héliades

Phaéton est mort ! Hélas! La plaine tout entière retentit d'un long gémissement. La terre elle même en est si douloureuse qu'elle n'étanche plus les eaux de la tristesse, qu'elle en devient marécage, sables et pleurs confondus... Et la rivière Eridan, dans laquelle est tombé le jeune homme mort, a subitement grossi d'un sanglot qui l'a fait sortir de son lit. Mais la douleur la plus profonde est sans doute celle des soeurs de Phaéton, les Héliades, filles du Soleil. En se penchant pour se couvrir le visage de terre, l' aînée sent ses pieds comme rivés au sol. En s'arrachant les cheveux de désespoir, la seconde trouve des feuilles au bout de ses doigts... En se tordant les bras de douleur, la troisième les transforme en une branche noueuse... Leurs corps desséchés de tristesse se couvrent d'une écorce, leurs mains sont maintenant de tendres rameaux. Il reste encore la bouche, les lèvres, pour appeler Phaéton, le lumineux frère mort, si tendrement aimé: " Phaét... ! " C'est fini, l'écorce vient d'étouffer leurs dernières paroles. Les Héliades ne laisseront plus jamais couler de larmes salées... mais des pleurs couleur de miel ! Un suc d'or maintenant, que le soleil, goutte à goutte, rend solide comme de la perle: regardez l'ambre pur couler des saules pleureurs! Un être, un seul, assiste à ce prodige: Cygnos, frère des Héliades, cruellement atteint, lui aussi, par la mort de son demi-frère Phaéton. Cygnos était roi de Ligurie quand la terrible nouvelle lui est parvenue. Il gémit très fort. Et soudain, sa voix s'affaiblit, des plumes blanches cachent ses cheveux, son cou s'allonge, ses doigts rougissent et de fines membranes les relient. Il regarde ses flancs, couverts d'un plumage blanc, sa bouche est maintenant un bec sans pointe. Cygnos est devenu oiseau. Un oiseau nouveau, inconnu jusqu'alors -le cygne. Un oiseau qui ne se fie ni au ciel qui a vu mourir son frère, ni à Zeus qui l'a injustement frappé de son feu. il gagne les étangs, les vastes lacs, les rivières, et plein de l'horreur du feu, il choisit pour séjour les fleuves, ennemis de la flamme... il est pour l'éternité l'oiseau rare, l'oiseau blanc de la dernière heure, le sauvage à la tendre plainte... L'oiseau du chant du cygne.

Aréthuse préfère l'eau à l'amour

Les dieux parfois s'engagent dans des aventures si compliquées que les récits de leurs exploits le deviennent également. L'eau a ses nymphes, les naïades. Les fleuves ont leurs dieux. Voici donc qu'Alphée, dieu du fleuve qui porte son nom, se sent terriblement attiré par Aréthuse, compagne d'Artémis, qui se baigne dans ses eaux, fatiguée d'une longue partie de chasse. Aréthuse a peur de l'amour. Elle s'enfuit, effrayée par ce dieu qui la poursuit comme un torrent de désir. Epuisée, la naïade supplie Artémis de la sortir de là et... de l'eau. Un nuage l'enveloppe alors. Alphée croit la saisir, mais la nymphe nue est devenue nuée. Le récit ne s'arrête heureusement pas sur cette triste image. Certains racontent que la naïade devint source et qu'Alphée mélangea ses eaux aux siennes. D'autres affirment que la terre s'entrouvrit, qu'Aréthuse coula dans les entrailles de la terre et qu'elle parvint jusqu'à Syracuse, en Sicile, et de là, se mêlant à la mer, atteignit 1'ile d'Ortygie

Midas, des oreilles d'âne

Midas, roi de Phrygie, roi très riche, serait peut être aussi un roi puissant s'il n'était pas si bête, il faut bien dire le mot. Sa bêtise, il en a déjà fait la preuve éclatante en souhaitant un jour que tout ce qu'il touche se changeât en or! Souhait accordé par Dionysos qui ne rate jamais une occasion de montrer aux hommes à quel point ils sont petits, mortels et incapables de voir plus loin que le bout de leur nez... Bien sûr que Midas a failli mourir ! Lui ayant bien mis le nez dans son... or, Dionysos a eu la gentillesse de le relever de son voeu irréfléchi. Mais au moment où commence cette nouvelle histoire, Midas ne réfléchit pas vraiment plus. Il vient d'être choisi pour arbitrer un concours de musique entre Apollon et le satyre Marysas. Chacun sait que personne au monde ou ailleurs ne peut rivaliser avec Apollon quand ses doigts légers effleurent la lyre. Chacun sait d'autre part que jamais au grand jamais on ne prend le parti opposé d'un dieu... Midas, non. Il ne sait pas, ou il a oublié. Il déclare tout haut, très sûr de lui, qu'il préfère la musique de Marysas ! Aussitôt, deux oreilles lui poussent, poussent, jusqu'à devenir des oreilles d'âne... Apollon qui ne manque pas d'esprit a simplement dit qu'il ne faisait que donner la bonne forme à des oreilles si bêtes... Pauvre stupide petit roi! On a sa fierté quand même, nom d'un roi! Il va réussir assez longtemps à dissimuler ces ridicules oreilles à son peuple en s'affublant d'un bonnet. Mais une personne, au moins, connaît le secret: son coiffeur. Un coiffeur qui n'a pas assez de tête pour garder en lui tout seul ce lourd secret. Alors, pour se soulager, il creuse un trou dans la terre, dans la plaine juste en dehors de la ville, il penche son visage dans la terre, et il dit à la terre: " Le roi Midas a des oreilles d'âne. ". Et la terre le dit aux roseaux, et les roseaux le disent au vent, et le vent le dit à l'herbe, qui le dit aux sabots des chevaux dont les cavaliers reviennent au grand galop vers la ville... Maintenant, la terre entière connaît le secret du pauvre brave mais un peu bête roi Midas, roi de Phrygie. roi très riche.

Pour Arachnè, un fil pour se pendre

Attention, danger! Ne jamais se prétendre l'égal des dieux. Ils sont toujours les meilleurs, qu'on se le dise! Arachnè, la petite fileuse, la petite mortelle toute simple, l'a compris trop tard. Elle savait bien, elle, qu'elle était la meilleure fileuse du monde, et même de l'univers tout entier, Olympe compris. Puisqu'elle le savait, elle le disait: " ... meilleure qu'Athéna, mais oui! " Et d'oreille en oreille, ce bruit est arrivé jusqu'à celles d'Athéna... Ulcérée, la déesse qui sait tout faire de ses mains, Athéna, l'ingénieuse en chef, est venue trouver Arachnè, la petite paysanne, et l'a mise au défi. Elles se sont installées toutes deux devant un métier et elles ont commencé à tisser. Dieux, que c'est beau, ce qui jaillit de leurs doigts! Tant de fils d'or et d'argent, tant de rouge... Elles terminent au même instant. Mais personne au monde ne pourrait contester la vérité: la toile d'Arachnè est encore plus merveilleuse, plus magique, plus divine que celle d'Athéna. Folle de colère, Athéna déchire la toile d'Arachnè ! Et ce n'est pas tout : elle assomme Arachnè d'un violent coup de navette ! Et elle remonte dans l'Olympe cuver son dépit... Quand Arachnè revient à elle, Athéna n'est plus là. Mais Arachnè est si humiliée que de douleur elle se pend à son propre fil. Alors, alors seulement, Athéna qui au fond n'est pas une mauvaise fille, a de violents remords: elle transforme Arachnè en araignée, pour qu'elle garde à jamais son habileté " arachnéenne " à tisser ...L'histoire ne dit pas si Arachnè trouva cette fin à son goût.

Pour Niobé, des massacres en série

Malheureuse Niobé! Ces corps transpercés sont ceux de ses enfants. Sept garçons et sept filles, tous beaux, toutes belles. Trop beaux, peut-être, trop belles! La reine Niobé en a eu la tête tournée. Mais il est vrai que pour l'orgueil, Niobé a de qui tenir! Elle est fille de Tantale, l'insensé qui a voulu se jouer des dieux et qui, pour tant de morgue, souffre un éternel et terrible supplice aux Enfers. Niobé avait tout pour elle. Elle était riche, elle était reine de Thèbes, puissante et de grande naissance. Elle avait les plus beaux enfants du monde. Elle s'est crue assez forte pour défier les dieux, elle aussi. Folle Niobé! Elle a ordonné aux Thébains de lui rendre un culte. A elle, Niobé, une mortelle. " Offrez-moi des sacrifices dans le temple de Léto! " a-t-elle dit. Les mots insolents proféré par des mortels sont toujours entendus dans le ciel et toujours punis. Et voilà Apollon et Artémis qui glissent comme les nuages .de l'Olympe jusqu'a Thèbes. Léto est leur mère à tous deux, c'est à eux de punir l'offense. Ils arrivent en vue du palais, ils bandent leurs arcs. Apollon tire sept fois et tue sept fois : tous les garçons. Artémis, aussi précise que lui, transperce les sept filles. Niobé les voit tous mourir. Elle hurle sa douleur pendant neuf jours et neuf nuits. Elle ne trouve personne dans toute la ville pour les enterrer parce que Zeus parfait la vengeance des dieux en transformant tous les Thébains en pierres. Maintenant, elle va connaître le repos. Zeus vient de la changer en pierre à son tour. Et son coeur n'est plus qu'une pierre, lui aussi. Seules ses larmes se répandent, sans pouvoir s'arrêter. Jour et nuit, à jamais, dans la ville de Thèbes, les larmes de ce rocher continuent à couler. Elles coulent encore.

Mythologie grecque 3

Langue source
undefined

8 votes. Moyenne 2.63 sur 5.

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau

Date de dernière mise à jour : 20/12/2011