sacrifice et fantasme collectif

[u]Le sacrifice dans la religion[/u] [u]un fantasme archétypal[/u]

[justify]Nous perdre dans les descriptions des rituels pour autant que nous en ayons  les compétences eut été prononcer une énoncée décorative relevant plus du guide touristique que d’une véritable tentative de compréhension des archétypes qui les génèrent et finalement leur donnent injustement une mauvaise réputation.

 Dès le premier abord nous comprenons qu’il ne nous faudra pas ici confondre nos appréciations relatives à la nature du sacrifice, avec celles concernant l’évolution de nos sentiments face à cet évènement. Ainsi si nous décidons aujourd’hui que les sacrifices sanglants sont des archaïsmes d’un autre temps nous n’aurons fait qu’émettre une impression fondée sur la mentalité de notre époque, sans pour autant comprendre ce qui a un jour poussé des peuples à pratiquer et surtout semble-t-il à justifier ces barbaries. La question de fond est donc de savoir si à l’origine l’homme a été en possession de connaissances révélées ou intuitives qui auraient totalement justifié des pratiques sacrificielles que nous rejetons aujourd’hui par ignorance de ces motifs, ou au contraire, ces coutumes n’ont-elles jamais été que des artifices de l’adaptation, et devaient en conséquence, en suivant inexorablement ses lois, suivre l’évolution des mœurs . Nous sommes mal placés pour répondre à la première hypothèse. Nous n’avons pas cette perception chamanique, transcendantale, qui nous fait voyager dans les mondes extra-sensoriels pour y découvrir des étranges sarabandes et nous ne sommes pas friands des délires ésotériques dans lesquels la plupart des auteurs ne font qu’ânonner leurs invérifiables rêves éveillés. Par dessus tout nous ne sommes porteurs d’aucun message et ne roulons pour aucune autre église que celle de notre curiosité. Aussi devrons nous le plus simplement du monde faire appel à la logique, et tenter de percevoir dans les signes qu’elle voudra bien nous abandonner des chemins ouverts à l’intuition en sachant, comme toujours, que le voyage vaut largement le but.

Dès que sont apparues sorties des brumes d’un cerveau archaïque les premières lueurs de conscience, l’homme a compris que la vie était une alternative entre manger ou être mangé, et donc chasser ou être pourchassé. A ce jeu là notre ancien était loin d’être le plus fort, mais il avait un tour de passe-passe qui lui permettait de s’affranchir de ses faiblesses. Là où tout le monde du vivant devait compter sur le lent travail de l’évolution pour adapter ses moyens de survie au milieu, l’homme avait inventé avec l’outil et l’arme les moyens de réagir sans délai. S’il n’avait pas les dents les plus affutées pour déchirer la viande, il aiguiserait le silex, et pour courir plus vite que ses proies il enverrait sa lance pour les rattraper. De ce fait en dégainant plus vite que ses adversaires il établissait peu à peu sa domination, et réglait deux problèmes d’un coup en faisant de ses prédateurs potentiels les proies dont il se nourrissait. Cependant certaines menaces ne pouvaient être maîtrisées. Contre la lave du volcan, la terre qui s’ouvre sous vos pieds, l’eau qui vous avale, les tornades qui vous aspirent, rien à faire. Pire encore, face aux attaques d’ennemis invisibles qui s’en prennent à votre peau pour la transformer en cicatrice purulente, ou encore à celles de ces inconnus qui vous brulent le corps jusqu’à vous faire rendre l’âme, ni le couteau, ni la lance ni l’arc ni la flèche n’ont d’utilité. Alors il faut réfléchir, et réfléchir dans la forme de pensée magique c’est chercher dans les mimétismes les similitudes. On regarde autour de soi et on comprend que le monde n’a qu’une seule et unique réalité, tout chose vit au dépend d’une autre, tout le monde bouffe tout le monde. Ainsi la lave, l’eau, la terre, les ennemis invisibles qui décomposent votre corps après la mort ne font que vous bouffer. En accordant ainsi à l’inconnu des besoins humains on commence à construire un pont vers une possible compréhension, ce qui ne sera sans doute pas sans conséquence sur la suite donnée à l’évolution des croyances. Si à n’en pas douter la lave comme la terre se nourrissent de la vie qu’elles engloutissent tout comme ces invisibles qui se repaissent des cadavres, alors plutôt que de leur servir de nourriture, choisissons nous-mêmes de leur apporter des mets de notre choix, nous leur épargnerons d’avoir à nous courser et chacun y trouvera son compte. Après tout n’est-ce pas ce que font parfois nos animaux de compagnie en nous rapportant le gibier, et n’est-ce pas aussi pourquoi nous les épargnons. Alors comme les chiens remuant la queue allons apporter au volcan la bête et donnons à manger aux ennemis invisibles en confiant au vent et à la terre le sang pour qu’ils s’en nourrissent. Avec de telles idées les volcans ont continué à lâcher leur lave meurtrière, la terre à s’ouvrir, le vers à ronger la chair. Pendant ce temps se sont succédées les générations oubliant ces stratagèmes pour les réinventer, allant d’échec en oubli jusqu’au jour où par miracle le volcan se calme, la terre se fait moins gourmande. L’homme ne savait bien entendu rien du phénomène de la pression dans la chaudière magmatique et de ses conséquences aussi bien sur les éruptions que sur l’activité sismique. Tout ce qu’il vit était que le fait de se remuer devant le volcan et lui offrir un animal pour le nourrir, tout comme un chien qui rapporte tout heureux le gibier dans sa gueule semblait bien efficace, et en répétant chaque jour ce rituel le volcan continuait à garder son calme. C’est ainsi que les grands experts de la chose apprendrons que se dandiner en offrant un animal est la façon de maîtriser cet animal inconnu qui se cache dans la lave, et que ceci doit être pratiqué régulièrement, car tout comme tout à chacun le sait la bête n’est rassasiée que pour un temps.

Voilà l’homme venait d’inventer l’offrande et le cérémoniel qui allait avec, la danse, cette reproduction mimétique des attitudes constatées chez le chien et qui étaient chez lui le signe de soumission aux désirs de son maître. Bien sûr il s’agit là d’une histoire, d’une invention, ou peut être pas, mais en tous cas du genre de chemin pratiqué par l’évolution, une démarche tâtonnante, hasardeuse, besogneuse, qui un jour en faisant son effet semble s’accorder avec une cause. C’est l’ exemple d’un processus possible et même probable uniquement fondé sur une méthode empirique qui laisse de côté tout intervention mystique, sans pour autant exclure ou prétendre nier que de telles interventions ne se soient insinuées. Il est fort probable que des individus plus intuitifs ou plus malins aient été en contact avec le « monde des rêves » et qu’ils y aient appris de leurs mystérieux contacts des recettes magiques, mais la voie de l’analogie peut en grande partie se suffire à elle-même. C’est d’ailleurs cette voie prise entre autre par l’homéopathie moderne que les chamans inspirés par leur voyages initiatiques ou la simple loi des similitudes avaient choisie.   Dans ce monde existait donc une catégorie d’ennemis visibles et palpables et une autre catégorie totalement invisible ou agissant pas procuration. La lave, le vers qui ronge, le pu qui infecte ne sont que les apparences, les bras par lesquels agissent les intelligences qui cherchent elles aussi à nourrir les corps dont elles ont la charge. Nous entrons avec ce raisonnement dans le monde de la pensée magique de l’animisme dont nos sociétés scientifiques et éveillées se glosent sans vergogne, elles qui se satisfont du « comment » et abandonnent aux religions les domaines de leur « pourquoi » et « par qui ». Dans sa vie matérielle l’homme savait déjà que dans son combat pour la survie il avait trois solution, ne pas bouger, attaquer, ou fuir. Voilà qu’une nouvelle donne apparaissait, la négociation. Ceci impliquait que l’on prenne contact avec l’adversaire pour connaître ses intentions et lui faire des propositions, ce que nous appelons aussi des compromis. Ni fuite ni attaque, mais échange. Je te donne à manger, tu m’oublies. Pour cela faut-il encore comprendre le langage de l’autre. Avec la bête féroce tout est clair, je te bouffe ou tu me bouffes, je t’échappe ou tu t’échappes, mais avec ces intentions cachées et invisibles il faut y aller par tâtonnement jusqu’à ce que l’on reçoive un signe, en l’occurrence l’accalmie d’une éruption, la fin d’une tempête, ou même le retour du soleil, qui nous indique que le rituel agrée aux esprits de la chose, qu’elles acceptent de s'en nourrir.

Dès lors il va falloir être attentif aux signes et indices de satisfaction, savoir les reconnaître les interpréter et les traduire, et ce sera l’affaire de spécialistes. A eux de codifier les règles, de transmettre les requêtes et de les interpréter en lois, rituels, et même en tabous. Un véritable mode d’emploi qui doit être suivi à la lettre faute d’indisposer les divinités. Pour faire bonne mesure toutes les attitudes ou actions qui entourent le sacrifice pour en assurer l’efficacité, feront parti d’un ensemble de pratiques dont la mise en action aura un effet magique et seront réunies dans ce que l’on appelle le rituel. Le prêtre est devenu le détenteur et l’exécuteur du rituel magique qui doit être suivi pour satisfaire la divinité. Désormais la demande faite à la divinité n’atteint pas son but, ce ne sera plus en raison d’une mauvaise compréhension entre l’homme et son dieu, mais à cause d’une mauvaise observance des commandements divins transmis par les prophètes, messies, prêtres. A cette occasion la caste des prêtres entame une démarche qui l'exonère d’une responsabilité pour la rejeter sur les croyants, et par ce subterfuge elle s’octroie un avenir déculpabilisé par la domination du dogme et l’exigence d’une foi qui peut s’émanciper de toute justification.

Quelles que soient les opportunités sociales dont vont profiter la caste des prêtres, il reste que de ce besoin constant de deviner l’intention des dieux va naître la divination dans une des ses formes qui consiste non à prévoir l’avenir, mais à interpréter les signes pour y découvrir les réponses aux questions posées. Et c’est en observant les entrailles des oiseaux, leur vol, interpréter les coquillages, ou encore en épier dans les manifestations de la nature les signes d’anomalies que vont être trouvées et même codifiées les réponses. Ce besoin de séduire la divinité par une allégeance sans limite va établir avec elle des rapports qui deviendront humains et totalement maîtrisé par les formes de langages disponibles. Ainsi les esprits d’origine qui n’étaient que les estomacs d’une grand bouffe, vont devenir des dieux qui étant faits à l’image des hommes, vont employer avec ces derniers un langage commun..

Mais il est temps de revenir à notre sujet, le sacrifice. Si nous laissons toujours de côté la piste du mysticisme ou d’extra-terrestres ayant échoué sur notre planète, nous retournons à l’idée que le sacrifice est bien né de la rencontre hasardeuse d’une cause et d’un effet. La bête égorgée qui finit par apaiser le volcan. Par la suite pourquoi ne pas appliquer le principe de précaution et faire des sacrifices pour s’attacher les faveurs d’esprits inconnus qu’on finira peu à peu par nommer. On sacrifiera pour favoriser la chasse, protéger un nouveau né, obtenir la satisfaction d’un souhait et même porter préjudice à autrui. Le sacrifice n’est pas tout, il faut s’assurer qu’il satisfasse la requête non dite de son destinataire, car si ce n’est pas le cas on peut s’attendre à des représailles, et on ne se sent plus protégé. La soumission à un dieu est une chose qui n’a de valeur que si ce dieu comprend qu’on lui est soumis, et la seule façon de savoir s’il à compris est qu’il s’satisfasse à la demande qui lui est adressée. La récolte sera bonne, la pluie viendra au bon moment, alors le sacrifice aura été accepté, le dieu satisfait, le peuple rassuré. S’il n’en est pas ainsi alors c’est que l’on n’a pas saisi, on a fait une erreur, et c’est là que nait la notion de faute.  Mais cette fois comme nous l’avons déjà vu, il ne sera plus besoin d’attendre que la démarche soit validée par une bonne récolte parce que si celle-ci est mauvaise ce ne sera plus en raison d’un rituel ou une méthode non-conforme, mais en raison d’une mauvaise observance de ces prescriptions. Par extension lorsque la récolte sera mauvaise, ce sera toujours parce que l'homme n’aura pas suivi les commandements, il aura fauté. Devenu le grand fautif d’office l’homme va endosser le rôle du bouc émissaire, le responsable de tous les péchés du monde. Plutôt qu’admettre un monde de la grande bouffe sans pitié, il choisira plutôt la position masochiste de sa très grande faute qui aura l’avantage de le rassurer en prétendant en fin de compte que la création est l’affaire d’un Dieu Bon et juste.

Le pécher originel, la faute, n’est jamais qu’un marché, un accord tacite dans lequel l’homme prend sur lui la responsabilité de tout le mal de la création en contrepartie de la protection de ses dieux, et l’idée d’un démiurge incompétent tel que le conçoivent les gnostiques, reste insupportable car il ouvre la porte à un monde aux lois à nouveau inconnues. D’ailleurs l’image d’un dieu mauvais est tellement insupportable que l’on finira par lui adjoindre un ennemi irréductible, le diable, responsable à son tour de tous les maux, maître absolu des boucs émissaires et grand justificateur de l'injustifiable. L’angoisse archaïque de cette partie non maitrisable du rapport à l’inconnu s’est organisée en système structuré où le péché et la faute deviennent un acte de reconnaissance en responsabilité, le rituel un acte d’allégeance concrétisé et même sanctifié par le sacrifice qui en est la preuve concrète et ultime de cette allégeance.(Abraham qui accepte de sacrifier son fils à Dieu) L’importance de ce sacrifice est tel le que même la messe catholique conserve cette notion. Avec la communion où le corps et le sang du christ sont donnés aux croyants nous sommes bel et bien vers un symbole d’anthropophagie dont on sait qu’un des but était de s’accaparer la force de ses ennemis. La conservation d’un tel rituel que l’on peut considérer comme magique dans une religion qui à voulu exterminer toute forme de paganisme et à fortiori de magie nous laisse dubitatifs. Certes il y avait dans cette démarche une volonté politique d’éliminer des concurrents mais le fait d’allier le terme de sacrifice à celui de messe ne peut être anodin et révèle l’importance accordé à cet acte.

Pour notre part nous restons sur l’idée que toutes les religions n’ont fait qu’habiller au gout des circonstances et des nécessités les mêmes archétypes et qu’en dehors des apparences liées à l’évolution des politiques et des mœurs, ce sont ces archaïsmes qui sont immuables et significatifs. En d’autres termes la persistance du sacrifice dans les religions animistes ou assimilées, et la continuité de sa symbolique dans des religions plus « contemporaines » sont significatives de la valeur intrinsèque d’un acte qu’aucun modernisme ne saurait éliminer au simple motif qu’il serait barbare. En l’occurrence nous devons remarquer que des méthodes qui n’entrainent qu’indifférence lorsqu’elles sont pratiquées dans un abattoir, son jugées tout à coup barbares parce qu’elles sont pratiquées dans le domaine du sacré que nous voulons assimiler au bien et au bon. Dans ce sens , totalement déconnecté de toute appréciation éthique ou dogmatique le sacrifice pourrait tout aussi bien être un acte mimétique qui représente l’évènement primordial de la création qui se reproduit dans tous les grands modes de diffusion de la vie. Depuis l’explosion du big-bang l’univers s’est construit de déflagration en destruction au cours desquelles se sont produits les échanges qui ont aboutis à tous ces compromis dont sont issues la beauté et la vie. Le sacrifice, acte magique par excellence est là pour nous rappeler cette constante d’une vie qui se nourrit d’une mort qui n’est pas la disparition mais le changement d’état.

Au sommet des cette représentation mimétique de l’échange des vies, et intimement liée aux motifs qui ont initié l’idée de sacrifice, du moins dans notre hypothèse, se trouve cet action magique qu’à défaut nous appelons chimique, la digestion. C’est par elle que la bête nous transmet sa force et c’est par son sacrifice que nos survivons. De ce point du vue le sacrifice marque une spécificité de la matière dont nous sommes dépendant puisque nous devons nous soumettre à sa loi et cette fois sa loi nous contraint sans possibilité de d’en échapper. En effet c’est par la douleur qui s’impose en maitresse intransigeante que la nature dicte ses ordres. La douleur d’une chair qui se déchire, de celle d’un estomac qui a faim, d’une chaleur trop forte d’un froid insupportable, et même la peur de la douleur sont autant de moyens qui forcent la soumission jusqu’à ce que la mort cet ultime sacrifice nous libère de toutes ces attaches.

Bien entendu nous ne prétendons donner aucune réponse et comme nous l’avons dit nous nous sommes contenté d’un voyage. A notre arrivée nous trouvons nos cultes africains et leur omniprésence des sacrifices sanglants. Le vaudou qui est le rituel le plus connu pour nous marque déjà son identité. En effet le terme viendrait du mot Fon « Vo » qui veut dire sacrifice et « Du » qui signifie « essence ». Le vaudou est l’essence du sacrifice. Dans le vaudou comme dans les cultes voisins des Orishas les sacrifices sont au centre des cultes et servent en même temps à distinguer la divinité concernée. Pour Legba il faudra offrir des coqs bigarrés, pour Dambala des poules, pour Ogu Ferray un coq rouge ou un taureau, pour Gédé un coq noir. Avec les autres caractéristiques propres à la divinité celle-ci ne pourra confondre et saura ainsi que le rituel lui est bien destiné. En résumé relégués au rang de symboles ou encore manifesté dans les cultes premiers, le sacrifice est un acte profondément mystique, sans doute magique, et en tous cas et au risque de se répéter, ne peut être ignoré au risque de passer à côté de toute le sens et l’utilité des religions.[/justify]

[color=red]le sacrifice a une autre fonction, de nature initiatique bien plus effective que le fantasme collectif décrit çi-dessus

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Date de dernière mise à jour : 10/02/2016