Hiérophanies cosmiques naturelles

Pour l’homme religieux, la Nature, en tant qu’œuvre divine, est toujours chargée de valeur religieuse. Les dieux ont manifesté les différentes modalités du sacré dans la structure même du Monde et des phénomènes cosmiques. Les révélations de la sacralité cosmique et naturelle sont primordiales : elles ont eu lieu dans le plus lointain passé religieux de l’humanité, et les innovations apportées ultérieurement par l’histoire n’ont pas réussi à les abolir. L’histoire ne fait qu’y ajouter, superposer des significations nouvelles. Si le Tout existe à l’intérieur de chaque fragment significatif, ce n’est pas parce que la loi de la « participation » est vraie, mais plutôt parce que tout fragment significatif répète le Tout. Pour la mentalité archaïque, la Nature n’est jamais exclusivement « naturelle ». Tous ses aspects remarquables sont vus comme des hiérophanies ou des krakophanies d’une forme divine.

On observe une quasi universalité des croyances en un Etre divin céleste, Créateur de l’Univers, et plus tard garant de la fécondité de la terre. Cet Etre est doué d’une prescience et d’une sagesse infinies ; il a introduit les lois morales et les rituels pendant son bref séjour sur la terre ; il veille à l’observance des lois et ses éclairs foudroient celui qui les enfreint. Après l’apparition de l’agriculture, les Dieux Célestes suprêmes perdent de leur primauté religieuse. On distingue alors deux lignes de développement, très souvent entremêlées dans la pratique : Le Dieu du ciel, maître du monde, souverain absolu (despote), gardien des lois Le Dieu du ciel, créateur, le Mâle par excellence, époux de la Grande Déesse tellurique, distributeur de la pluie Parfois, l’ubiquité, la sagesse et la passivité du dieu céleste sont revalorisées dans un sens métaphysique, et le Dieu devient l’épiphanie de la norme cosmique et de la loi morale ; la personne divine s’efface devant l’idée ; l’expérience religieuse fait place à la compréhension théorique, à la philosophie. L’exemple de la personnalité de Yahvé est très complexe. Ses hiérophanies célestes et atmosphériques ont constitué de bonne heure le centre des expériences religieuses qui ont rendu possible les révélations ultérieures. Yahvé manifeste sa puissance, et non un caractère fécondateur, dans l’orage, le tonnerre est sa voix et l’éclair est appelé « le feu » de Yahvé.

Le Ciel lui-même se révèle, de par sa hauteur sans limite, infini et transcendant. Là est la demeure des dieux. Le « très haut » est une dimension inaccessible à l’homme ; elle appartient de droit aux forces et aux êtres surnaturels. Le simple fait d’être « élevé », de se trouver « en haut », symbolise la puissance, la proximité au divin. La transcendance divine se révèle directement dans l’inaccessibilité, l’infinité, l’éternité et la force créatrice du Ciel (la pluie). Un grand nombre des dieux suprêmes des populations primitives, ou même plus civilisées, sont appelés par des noms désignant la hauteur, la voûte céleste ou encore les phénomènes météorologiques. Mais le Dieu Céleste n’est pas identifié avec le Ciel, car c’est le dieu lui-même qui, créateur du Cosmos tout entier, a aussi créé le Ciel. Les Etres Suprêmes sont plus qu’une hiérophanie ouranienne. Ils ont une « forme » qui présuppose un mode d’être propre et exclusif, c'est-à-dire irréductible à la vie ouranienne ou à l’expérience humaine. Ces Etres Suprêmes sont « créateurs », « bons », « éternels, ils sont fondateurs d’institutions et gardiens des normes. La prérogative des divinités ouraniennes est d’être clairvoyantes, « sages » par excellence, ce qui explique leur transformation, dans certaines religions, en figures divines abstraites, en concepts philosophiques personnifiés qui servent à expliquer l’Univers ou en expriment la réalité absolue. Ils deviennent alors le fondement de l’Univers, le principe ou la substance métaphysique de l’Univers, ou encore la Loi. Mais parfois, les divinités ouraniennes conservent plus nettement leurs caractères naturistes.

Le caractère sacré du ciel est diffus dans d’innombrables ensembles rituels ou mythiques qui, apparemment, ne sont pas en rapport direct avec une divinité ouranienne. Le Ciel en lui-même, en tant que voûte sidérale est région atmosphérique, est riche en valeurs mythico-religieuses. Le « haut », l’« élevé », l’« ascension », le « centre », l’espace infini sont des hiérophanies du « transcendant », du sacré par excellence, même lorsque la divinité ouranienne elle-même est passée au second plan. La « vie » atmosphériques et météorique se révèle comme un mythe sans fin. La montagne est souvent considérée comme le point de rencontre du ciel et de la terre. Elle est donc un « centre », le point le plus élevé par lequel passe l’Axe du monde. De même, les régions consacrées (temple, ziqqurat, palais, villes saintes, …) sont assimilées à des « montagnes » et deviennent elles-mêmes des centres. Les mythes et rites d’ascensions sont fréquents : par un arbre, une échelle, un escalier, un fil d’araignée, … Ce moyen d’ascension porte souvent une symbolique de la structure céleste (par exemple une marque pour chacun des cieux). Le royaume des âmes des morts est souvent au ciel. Toutes les visions et toutes les extases mystiques comprennent une montée au Ciel. Ces ascensions, sous quelques formes qu’elles soient, signifient la transcendance de la condition humaine et la pénétration dans des niveaux cosmiques supérieurs.

La pauvreté cultuelle est une caractéristique de la majorité des dieux célestes. Après avoir tenu une place centrale dans les cultes les plus archaïques, les Etres Suprêmes créateurs, de structure céleste, tendent à disparaître du culte, ils s’éloignent des hommes. Après avoir créé le Cosmos, la vie et l’homme, ils semblent frappés d’une sorte de « fatigue ». Les Dieux Célestes ne conserveront leur place prépondérante que chez les peuples pasteurs, et ils acquièreront une situation unique dans les religions monothéistes (Yahvé, Allah) ou à tendance monothéiste (Ahura-Mazda). La morphologie de la substitution est assez variée, mais le sens reste à peu près le même : le passage de la transcendance et de la passivité des Etres célestes à des formes religieuses dynamiques, efficientes, fertiles, aisément accessibles (dieux, ancêtres, totémisme, …). C’est une chute progressive dans un sacré plus « concret », les nouvelles formes divines sont les représentants ou les distributeurs de la Vie. Cet éloignement divin témoigne des découvertes techniques de l’homme, et des changements religieux qui s’en sont suivis. Ainsi, avec l’agriculture, la sexualité et la fécondité, les mythologies de la féminité et de la Terre, l’homme primitif s’éloigne du Dieu céleste et transcendant, pour lui préférer les Grandes Déesses et les dieux forts, plus en rapport avec la Vie. Les divinités jeunes s’étaient spécialisées dans des pouvoirs concrets, reproduisant la Vie ou l’augmentant. Mais ce ne sont pas des dieux créateurs. Ces nouveaux dieux sont plus dynamiques et plus accessibles, en apparence ils sont forts et puissants. Et pourtant, leurs adorateurs les sentaient incapables de les sauver dans les moments réellement critiques, et en dernier recours s’en retournaient s’adresser au Dieu Cosmique. Dans beaucoup de cas, au Dieu Céleste se substitue un dieu solaire. C’est le Soleil qui devient le distributeur de la fécondité sur la terre et le protecteur de la vie. La pauvreté du culte signifie plutôt l’absence d’un calendrier religieux qu’un véritable abandon ou oubli. Ainsi, même lorsque le Dieu Céleste n’est plus d’actualité, le Ciel conserve une place prépondérante. Le symbolisme céleste imprègne et soutient nombre de rites et de mythes. L’axis mundi est le lieu où s’effectue la communication avec le Ciel. Les Etres Célestes sont donc honorés occasionnellement par des prières, des sacrifies, etc.

Parfois, le dieu céleste regagna l’actualité en tant que dieu de l’atmosphère, de l’orage et de la fécondité. Cette spécialisation est sans doute due à l’apparition de l’agriculture et des religions agraires. Le Dieu du ciel, mâle par excellence, incarnation de la force génésique, est l’époux de la Grande Déesse tellurique, le distributeur de la pluie fécondatrice. On retrouve dans son culte les constantes suivantes : hiérogamie avec la Déesse Mère ; le tonnerre, l’orage et la pluie ; les relations rituelles et mythiques avec le taureau. La pluie constitue les « germes » de fécondité du Ciel mâle. Ce nouveau dieu est dynamique, fort, il est le taureau, le fécondateur, mais n’est plus le Créateur de l’univers ou de l’homme, il n’est plus omniscient. Cette spécialisation des divinités célestes impliquent un abandon de la transcendance, un rapprochement des hommes, ce qui permet des assimilations de nouvelles fonctions ou attributs qui leurs étaient complètement étrangers initialement. Ainsi la spécialisation génésique contraint les divinités célestes à résorber dans leur personnalité toutes les hiérophanies ayant un rapport direct avec la fécondité universelle. C’est contre ce dieu de l’orage, Grand Mâle, orgiastique, riche en épiphanies dramatiques, auquel s’adresse un culte opulent et sanglant (sacrifices, orgies, etc.), qu’ont eu lieu les révolutions religieuses du monde sémite de structure monothéiste, prophétiques et messianiques. Elles ont vu une réactualisation des valeurs « célestes » opposées aux valeurs « terrestres ». Dans toutes les cultures paléo-orientales, la « puissance » était surtout symbolisée par le taureau. Son beuglement a été assimilé à l’ouragan et au tonnerre. L’ensemble (Ciel pluvieux, Taureau) - Grande Déesse constituait un des éléments d’unité de toutes les religions protohistoriques de l’aire euro-afro-asiatique, et les dieux célestes des régions indo-méditerranéennes sont identifiés d’une façon ou d’une autre à l’animal.

Les seuls dieux du ciel pluvieux et fécondateur qui ont réussi à conserver, voir renforcer, leur autonomie et leur actualité religieuse en dépit des hiérogamies avec les innombrables Grandes Déesses sont ceux qui ont évolué sur la ligne de la Souveraineté. Ils deviennent alors les maîtres, les Souverains Universels. Ces dieux sont ceux qui ont le mieux réussi à maintenir leur suprématie dans le panthéon (Zeus, …) et ceux au profit desquels ont eu lieu les révolutions monothéistes (Yahvé, Ahura-Mazda).

Le caractère complexe du « culte solaire », dans les régions septentrionales par exemple, trahit le caractère extrêmement archaïque de ce culte. Mais à la différence des autres hiérophanies cosmiques, ce qui est transparent dans les hiérophanies solaires n’est souvent que le résidu d’un long processus d’érosion rationaliste. Une erreur de l’histoire des religions a été de croire que le culte du Soleil a été connu de toute l’humanité. Les hiérophanies archaïques du Soleil révèlent une certaine intelligence globale du réel, ainsi qu’une structure cohérente et intelligible du sacré. L’expérience religieuse n’est pas incompatible a priori avec l’intelligibilité. Ce qui est tardif et artificiel, par contre, c’est la primauté exclusive de la raison. Si le régime diurne de l’esprit est dominé par le symbolisme solaire, au contraire la Lune s’adresse plutôt à une couche de la conscience humaine que le rationalisme le plus corrosif est incapable d’attaquer. Le Soleil est parfois le remplaçant de l’ancien Dieu Suprême céleste, associant éléments solaires et prestiges de fécondités. Cette substitution est particulièrement importante dans le monde indo-méditerranéen, où Marduk en est un exemple. Mais la solarisation de l’Etre Suprême ne parvient parfois pas à lui conserver une puissante actualité dans la vie religieuse, en Afrique par exemple. Bien que par exemple en Indonésie le culte solaire soit très important, c’est la religion égyptienne qui, plus qu’aucune autre, a été dominée par le culte solaire. Très tôt, de nombreuses divinités y ont été fondues avec le soleil. Mais cette suprématie solaire a été précédée par celles d’autres figures divines, plus anciennes et plus populaires. Deux facteurs ont contribué à asseoir cette suprématie du Soleil : la théologie hiéropolitaine et la mystique de la souveraineté. Jusqu’à nos jours, de nombreuses hiérophanies archaïques du soleil ont réussi à se conserver dans les traditions populaires, plus ou moins intégrées dans les systèmes religieux.

Les théologies solaires sont liés aux élites : souverains, initiés, héros ou philosophes. Dans les rituels initiatiques funéraires pratiqués sous le signe du soleil, il y a une idée de choix, de sélection. Souvent les chefs passent pour descendre directement du soleil. Bouddha, en sa qualité de Souverain universel, a été identifié avec le Soleil.

Bien qu’immortel, le Soleil descend chaque nuit au royaume des morts. Il peut y emmener des hommes après les avoir mis à mort en se couchant ; mais il peut, d’autre part, guider les âmes à travers les régions infernales et les ramener le lendemain, avec le jour, à la lumière. Le Soleil a donc une double fonction ambivalente du psychopompe « meurtrier » et du hiérophante initiateur. Les monuments mégalithiques sont toujours en relation avec le culte solaire (seulement en Indonésie ou partout ?) et celui des morts (plus particulièrement les ancêtres). Le Soleil est donc valorisé par des énergies « obscures », chtoniennes et lunaires. La polarité lumière-obscurité, solaire-chtonienne, peut être saisie comme les deux phases alternantes d’une seule et même réalité. Le Rig Veda illustre ce double aspect clair-obscur. Dans le cadre du bouddhisme ou des autres mystiques indiennes, le Soleil est identifié à une zone physiologique, et le but n’est pas sa suprématie mais l’unification avec l’autre centre cosmico-physiologique de la Lune. C’est la réintégration des deux principes polaires qui est visée. Les « héros solaires » sont familiers aux pasteurs nomades, c'est-à-dire les peuples parmi lesquels se recruteront, au long de l’histoire, les nations appelées à « faire l’histoire » : tribus de pasteurs africaines, turco-mongols, juifs, et surtout indo-européens. Ces héros solaires, fidèles à la bipolarité de l’astre, présentent toujours une face sombre dans leur histoire ou leur caractère.

La Lune concentre des symboles et des réalités très variées. Cependant, il n’existe aucun symbole, rituel ou mythe lunaire qui n’implique la totalité des valeurs séléniques déjà révélées à l’époque considérées : dans n’importe quel fragment l’ensemble est présent. Tous les symboles sont reliés par des correspondances, des analogies, des participations, tout comme un « réseau » cosmique, un immense tissu dans lequel tout se tient et rien n’est isolé.

Contrairement au Soleil qui reste toujours identique, sans aucune espèce d’évolution, la Lune est un astre qui croît, décroît et disparaît, un astre dont la vie est soumise à la loi universelle du devenir, de la naissance et de la mort. Cet éternel retour à ses formes initiales, cette périodicité sans fin, font de la Lune l’astre des rythmes de la vie. La Lune révèle la vie qui se répète rythmiquement, le devenir est sa norme. Une idée dominante des hiérophanies lunaires est celle du rythme réalisé par la succession des contraires, du devenir par la succession des modalités polaires, succession qui n’a pas lieu sans drame, sans passage par une phase sublunaire obscure, sombre, décadente. La Lune contrôle tous les plans cosmiques régis par la loi du devenir cyclique. Les synthèses mentales rendues possibles par la révélation du rythme lunaire mettent en correspondance et unifient des réalités hétérogènes. Leurs symétries de structure ou leurs analogies de fonctionnement n’auraient pu être découvertes si l’homme « primitif » n’avait très tôt perçu intuitivement la loi de variation périodique de l’astre. Ainsi, autour et au sein des mythes s’articule un ensemble uni Lune – Pluie – Fertilité – Femme – Serpent – Mort – Régénération, ou plus communément des sous-ensembles partiels de cet ensemble. On retrouve ces correspondances sur plusieurs niveaux jusque dans les religions les plus archaïques.

Les relations entre la Lune, la pluie et la végétation avaient déjà été observées avant la découverte de l’agriculture. Toutes les divinités lunaires possèdent plus ou moins ostensiblement des attributs ou des fonctions aquatiques, et le lien organique entre la Lune et la végétation est si fort qu’un très grand nombre de dieux de la fertilité sont en même temps des divinités lunaires. On peut déceler l’ensemble Lune-Eau-Végétation dans le caractère sacré de certains breuvages d’origine divine, comme le soma indien, l’haoma iranien ou encore l’ambroisie. Les relations précises entre la fécondité et la Lune deviennent parfois compliquées, du fait de l’apparition de nouvelles « formes religieuses » comme la Terre-Mère, les divinités agraires, etc. La concordance extraordinaire entre le rythme lunaire et le cycle menstruel des femmes accentue la relation Lune-Femme-Fertilité. Mais il faut tout de même remarquer que dans quelques rares cas, la Lune est un principe masculin, le Soleil étant alors féminin.

Le destin métaphysique de la Lune est de vivre en restant en même temps immortelle, de connaître la mort comme un repos et une régénération, jamais comme une fin. C’est avec ce destin que l’homme cherche à se solidariser grâce aux rites, symboles et mythes. Ainsi la Lune est liée à la mort. Certains la désignent comme le pays des morts, ou faisant partie du chemin vers le pays d’après la mort. La Lune, par sa connexion à l’Eau, résorbe les formes et les recrée. C’est uniquement ce qu’il y a au-delà de l’astre lunaire qui transcende le devenir. Ainsi, pour Plutarque, les âmes des justes se purifient dans la Lune pendant que le corps est restitué à la Terre et la raison au Soleil. Les phases de la Lune constituent un bon exemple de la croyance en une résurrection. Le rôle de la Lune dans les cérémonies d’initiation consiste ainsi à expérimenter une mort rituelle suivie d’une « renaissance », par laquelle l’initié réintègre sa véritable personnalité d’« homme nouveau ».

Il ne peut y avoir de devenir sans notion de temps. Le temps concret fut sans doute partout d’abord mesuré au moyen des phases de la Lune. La Lune, par le simple fait qu’elle est maîtresse de toutes choses vivantes et guide certains des morts, « tisse » tous les destins. Le destin, fil de la vie, est une période, plus ou moins longue, de temps. Les Grandes Déesses deviennent alors maîtresses du Temps et des destins qu’elles forgent ou tissent d’après leur volonté. Les différentes phases de la Lune ont donné naissance à des spéculations et des analogies sans fin, témoignant de tentatives d’intégration et d’harmonisation de l’homme avec le Cosmos.

De par sa mue, le serpent est un animal lunaire par excellence, dont le symbolisme est d’une polyvalence exceptionnelle. Il est lié à la régénération et la fertilité, mais il est aussi un animal funéraire. Les relations entre la femme et le serpent sont multiformes, et ne peuvent en aucun cas se réduire à un symbolisme érotique simpliste. La Lune, en tant que tisseuse des destins, est liée à l’araignée. La corne de bovidé est devenu un symbole lunaire, car elle rappelle un croissant de lune. Avoir un seul pied ou une seule main est un signe lunaire.

Principe de l’indifférencié et du virtuel, fondement de toute manifestation cosmique, réceptacle de tous les germes, les Eaux symbolisent la substance primordiale dont naissent toutes les formes et dans lesquelles elles reviennent, par régression ou par cataclysme. Elles précèdent toute forme et supportent toute création. L’immersion dans l’Eau symbolise la régression dans le préformel, la régénération totale, la nouvelle naissance, car toute immersion équivaut à une dissolution des formes (les eaux étant elles-mêmes incapables d’en adopter une), à une réinterprétation dans le mode indifférencié de la préexistence ; A l’opposé, la sortie des Eaux répète le geste cosmogonique de la manifestation formelle. Le symbolisme des Eaux implique donc aussi bien la mort que la renaissance. Ainsi on retrouve cette double thèmatique dans les cosmogonies (avec les Eaux Primordiales chaotiques), dans les apocalypses (déluges), mais encore dans le rite du baptême.

Les cosmogonies babylonienne et indienne connaissent un chaos aquatique primordial, mais ce thème se rencontre aussi dans un nombre considérable de cosmogonies archaïques et primitives. Certains mythes font naître de l’Eau le genre humain ou d’autres races particulières. Les traditions des déluges se relient presque toutes à l’idée d’une résorption de l’humanité dans l’Eau et de l’institution d’une nouvelle époque, avec une nouvelle humanité. Les péchés des hommes finissent par défigurer l’humanité, user le monde, le vider de ses forces créatrices. L’humanité s’étiole, devient stérile. Ces mythes trahissent une conception cyclique du cosmos et de l’histoire : une époque est abolie par la catastrophe et une nouvelle ère commence, dominée par des « hommes nouveaux ». La Lune se trouve en étroite liaison avec les inondations et le déluge.

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Date de dernière mise à jour : 10/02/2016