Détails sur la préhistoire égyptienne

La Vallée du Nil/Préhistoire

La première culture est celle de l’Oldowayen caractérisée par des galets aménagés.

- Le Old Stone Age

Dans la vallée du Nil, les témoignages de cette civilisation se manifestent sans interruption apparente du Soudan à l’Egypte.
L’Acheuléen inférieur, dont témoignent des bifaces tranchants sinueux, parfois grossiers, s’accompagne de galets aménagés, à Atbara, à Wawa et à Nuri. L’Acheuléen  moyen et supérieur, étudié surtout au nord, se distingue par le perfectionnement de la finition et l’apparition d’industries de technique pré-Levallois. On trouve de rares hachereaux, bifaces à biseau distal, au Soudan.
En Nubie égyptienne, l’Acheuléen fut retrouvé sur les anciennes terrasses du fleuve. En Egypte, les gisements stratifiés de l’Abbassieh (près du Caire), ceux qui ont été récemment étudiés à Thèbes et les anciennes terrasses du Nil révèlent dans des étages successifs, des industries acheuléennes. Partout en Egypte et en Nubie, on suit le progrès technologique, et sans doute culturel, menant de la taille bifaciale au débitage Levallois.

- Le Middle Stone Age 

Des conditions de vie nouvelles motivent à ce moment la généralisation de l’usage d’outils sur éclats; ceux-ci se substituent aux bifaces qui se raréfient rapidement, puis disparaissent. Elaborés souvent à partir de la technique pré-Levallois, ils ont un talon à facettes et proviennent de nucléus préparés produisant des éclats à forme prédéterminés.
En Afrique, ce procédé se maintient dans certaines régions jusqu’au néolithique. Peu étudiée au sud du Soudan, l’industrie moustérienne à débitage Levallois existerait à Tangasi et, sous une forme plus évoluée, à Abou Tabari et à Nuri. En revanche, des recherches récentes éffectuées au nord établissent trois ensembles distincts : le Moustérien nubien, parfois associé à des outils du Paléolithique supérieur (-45 000 à -33 000); le Moustérien denticulé et le Sangoen-lupembien.
En Nubie soudanaise, le Khormusien se distingue de ce Moustérien septentrional par des éclats Levallois retouchés, des denticulés et plus rarement des burins. Il est daté de -25 000 à -16 000.
L’Atérien, industrie typique du Maghreb et du Sahara méridional, se signale par des éclats se terminant à la base par un pédoncule prononcé et par l’usage de la taille foliacée. Débutant sans doute avec le Moustérien, il durera dans certaines contrées, occasionellement jusqu’au néolithique. En Nubie égyptienne, il est associé à une faune très riche : rhinocéros, grands bovidés, antilopes, gazelles ....
A propos de l’homme responsable de ces industries, il faut noter la découverte à Silsileh, en 1962, de deux fragments de calottes crâniennes : aucune identification n’a encore été éffectuée.

- Le Late Stone Age

Au Soudan, le Late Stone Age a été étudié dans les régions septentrionales; il rassemble deux industries : le Gemaien, près de Halfa (-15 000 et -13 000) et le Sébilien (-13 000 et -9600).
En Nubie égyptienne, deux industries ont été identifiées : l’Amadien et le Sébilien.
En Egypte, on distingue trois faciès appartenenant au Late Stone Age : le Ghizéen, identifié près du Caire; le Hawarien, s’étendant d’Esna à la pointe du delta et le Kharguien, dans l’oasis de Kharga.
La technique de Levallois prédomine dans l’ensemble de ces faciès. Ils se différencient par les proportions variables de grattoirs, burins, lames et outils denticulés. Seul le Hawarien est de tendance microlithique, annonçant la période suivante : l’Epipaléolithique.

- L’Epipaléolithique

Dans la vallée du Nil, cette période se différencie en général de la précédente par le remplacement des techniques de débitage d’éclats, par celles de lames et lamelles microlithiques à talon facetté. On constate cependant des persistances, des résurgences ou des chevauchements entre faciès différents.
Les recherches effectuées au nord du Soudan et au sud de la Nubie égyptienne ont exhumé un complexe de 13 industries, qui représentent sans doute le faciès d’une même culture. Citons quelques-unes de ces industries :
Le Halfien, où est utilisé un nouveau type de retouches très fines (vers -18 000 à -15 000); le Qadien, où des sépultures intérieures aux habitants ont révélé des fragments de crânes proches de l’espèce cro-magnoïdes (vers -12 000 à -5000); le Silsilien, comportant des restes humains cro-magnoïdes (vers -13 000); le Sébilien, conservant la technique Levallois (vers -11 000); le Natoufien, industrie originaire de Palestine, aurait opéré des intrusions succesives en territoire égyptien.

- Néolithique et Prédynastique: période couvrant deux millénaires, de -5000 à -3000

De nomade ou semi-nomade, l’homme de la vallée du Nil annonce les principaux éléments de notre civilisation moderne : l’habitat fixe, l’usage de la poterie, la domestication et l’élevage, l’agriculture et la multiplicité d’un outillage qui sert à satisfaire des besoins grandissants.

a. Au Soudan, quatre complexes culturels s’individualisent :

- le Khartoumien : c’est peut-être la plus ancienne culture de cette période au Soudan. Il est repéré dans plus d’une douzaine de localités. Les renseignements fournis par les fouilles de Khartoum offrent la preuve d’un habitat fixe par l’usage de huttes en clayonnage, l’utilisation massive de poterie à décor incisé de lignes ondulées ou imprimé de points, et l’emploi de meules. L’outillage lithique abonde : en quartz, microlithique et géométrique. Les harpons en os suggèrent la pratique de la pêche. Les objets de parure comprennent des perles discoïdes en oeuf d’autruche; l’ocre rouge ou jaune est utilisé pour la peinture corporelle. Les morts sont enterrés dans les maisons, couchés sur le coté; ils sont de type négroïde. Ils ont subi de leur vivant une mutilation dentaire rituelle, que les Capsiens, les Ibéromaurusiens du Maghreb et les Néolithiques du Kenya pratiquaient également. La faune qui leur est associé comprend le buffle, le crocodile, l’antilope, le chat sauvage, l’hipoppotame, et une quantité énorme de poissons (vers - 4000).

- le Shaheinabien apparait dans des sites dispersés au sud de la 6ème cataracte (cataracte: ensemble de rapides coupant le cours du Nil; il en existe six entre Assouan et Khartoum). Il dérive sans doute du Khartoumien mais s’en différencie par l’usage d’une poterie engobée rouge, de gouges planes et de haches polies en os. L’équipement lithique s’enrichit de microlithes et de têtes de massues planes ou convexes. Les harpons en os persistent, cependant qu’apparaissent le hameçon en acre et les perles en amazonite. Buffles, antilopes, girafes étaient chassés, et la chèvre naine domestiquée. Le Shaheinabien témoigne de points communs avec le nord de l’Egypte, le Fayoumien par exemple. Le site de Kadero, autre exemple de cette culture, a fourni des sépultures relativement récentes (vers -3500, -3000).

Signalons l’existence du Négadien II près d’Abou Simbel. A partir de la Ière dynastie, les contacts entre la Nubie et l’Egypte se ralentissent. Les faciès nubien évoluent sur place, jusqu’au Nouvel Empire et seront appelés successivement groupe A, groupe B et groupe C nubiens.

b. Le groupe culturel du Sud (Haute-Egypte)

Le groupe culturel du Sud se manifeste dès le début comme une civilisation avancée.

- Le Tasien : existe en Moyenne-Egypte, à Taza, Badari et Matmar. La poterie tasienne est de couleur brune, plus rarement rouge et à bords noirs. Les formes des vases rappellent le calice. L’équipement lithique comprend des haches polis, des grattoirs et des couteaux. On trouve des anneaux, des bracelets en ivoire et des coquilles marines. Les usages funéraires révèlent des tombes ovales ou rectangulaires pourvues à l’occasion d’une niche latérale abritant le corps couché sur le coté, membres repliés, tête au sud et le visage tourné vers l’ouest.

- Le Badarien : localisé surtout en Moyenne-Egypte, se retrouve à Badari, Matmar et Hemamiéh. La poterie badarienne, de très belle facture, est de couleurs variées : rouge, brune, grise et rouge à bord noir. Une vaisselle de pierre polie complète ce mobilier. De haute valeur artistique sont les cuillerons, les peignes, les anneaux de bras, les hameçons et les figurines en os et en ivoire (ces dernières ont peut-être une fonction rituelle). La parure comporte des perles de quartz dans du cuivre fondu, des coquillages et des palettes à fards en schiste. Le blé, l’orge et le lin sont cultivés, le boeuf et le mouton sont domestiqués, la chasse à la gazelle, à l’autruche et à la tortue pratiquée. Les demeures, sans doute de simples huttes légères, ont disparu. Les traditions funéraires sont les mêmes qu’au Tasien; les fosses ovales et circulaires sont cependant plus fréquentes. Des sites badariens se rencontrent également le long de la vallée du Nil, dans le désert oriental et en Nubie.

- Le Nagadien I ou Prédynastique ancien Amratien (vers - 4000 à -3500) : repéré en Moyenne-Egypte, en Nubie et au désert oriental, est plus récent que le Badarien. La poterie nagadienne n’est plus à décor incisé, mais peint en blanc sur fond rouge et composé de sujets linéaires et naturalistes. Les vases de pierre, tubulaires, souvent en basalte, à anses perforés, se terminent fréquemment par un pied cônique. L’outillage en pierre, de taille bifaciale, comprend des flèches, des couteaux de divers types, des haches polies et des têtes de massues discoïdes ou côniques.  Les palettes à fards en schiste, les objets d’os ou d’ivoire représentent des sujets humains et animaux (on leur suppose une fonction rituelle et magique). Seul le site de Mahasna a fourni des maisons, abris légers en pallissades.
L’usage accru du cuivre caractérise cette première période nagadienne.

- Le Nagadien II ou Prédynastique moyen Gerzéen (vers -3500 à -3100) :
 il est repérable depuis l’entrée du Fayoum à Gerzeh, jusqu’en Nubie égyptienne méridionale, ainsi qu’à Hemamieh et Mostagedda. La poterie à décor blanc est remplacée par une poterie rose à décor brun, aux sujets codifiés et emblématiques : spirales, barques, végétaux, personnages aux bras levés ... Typiques sont les aussi les vases à anses ondulées, qui deviendront tubulaires ensuite, et perdront leurs anses à l’époque protohistorique. L’outillage lithique comprend, entre autres, des couteaux en forme de V ou à tranchants concavo-convexes. Les manches se recouvrent à l’occasion de feuilles d’or ou d’ivoire. L’industrie du cuivre plus développée produit des pointes, des épingles, des haches. Les figurines d’os ou d’ivoire se schématisent, elles aussi, à outrance. Les habitations sont rondes, en argile et légérement enterrés; un abri les recouvre. Les pratiques funéraires se perfectionnent : le mort est entourré d’un coffre de bois, de limon ou de briques, et accompagné d’offrandes placées dans des fosses latérales.

c. Le groupe culturel du Nord (Basse-Egypte)

Le groupe culturel du Nord se différencie sensiblement de celui du Sud par l’extension des agglomérations, la poterie monochrome et l’usage, à certaines époques, d’inhumations intérieures aux maisons.

a. Le Fayoumien B appartiendrait au Paléolithique final, ou à un Néolithique précéramique. Il comprend à la fois des lamelles simples et microlithes et un ensemble de pointes de  flèches et de gouges suggérant des contacts avec le Sahara (vers -6500 à -5190).
b. Le Fayoumien A possède une céramique de  facture grossière, de formes variées dont on peut retenir les vases à pied ou garnis de mamelons rappelant le Badarien. L’industrie est de tradition néolithique. On retrouve une industrie osseuse diversifiée et des palettes à fards. Aucun habitat construit n’a été retrouvé, mais des silos se sont conservés, faits de corbeilles enfoncées en terre. Les habitants consommaient du porc, de la chèvre, du boeuf, de l’hippopotame et de la tortue. Aucune sépulture n’a été mise à jour.
c. Le Mérimdien (-4180 à -3580) provient d’une seule agglomération de plus de deux hectares à l’ouest du delta. La poterie est décorée de motifs incisés, en relief, figurant souvent des feuilles de palmier. L’outillage de pierre et d’os se rapprochent de celui du Fayoum. La parure est aussi diversifiée qu’aux époques précédentes : bijoux, palettes à fards en schiste ou en granit, matériuax importés du Sud de l’Egypte. Les formes de l’habitat varient, de huttes légères et ovales à des constructions plus résistantes. Les morts étaient inhumés dans des fosses ovales, sans mobilier, parmi les habitations. Le chien, la chèvre, le mouton étaient domestiqués. On chassait toujours l’hippopotame tout en pratiquant la pêche.
d. L’Omarien A a été mis à jour près d’Hélouan. Il s’agit d’une agglomération située sur une falaise abrupte, exemple unique en Egypte. La céramique, d’une belle qualité, est monochrome et de formes très diversifiées. L’industrie du silex est de taille bifaciale. L’outillage lamellaire apporte des caractères nouveaux : les couteaux à dos arqué, rabattu vers la pointe en sont les meilleurs exemples. L’industrie de l’os est de belle qualité. Les objets de parure, plus nombreux, comportent des coquilles et des gastéropodes de la Mer Rouge, des perles taillées dans les coquilles d’oeuf d’autruche, l’os, la pierre et les vertèbres de poisson. La faune comporte des bovidés et des chèvres domestiqués, et un certain nombre d’autres animaux chassés ou pêchés. On y cultivait le blé, l’orge, le lin auxquels vient s’ajouter des plantes sauvages. Les habitations sont de deux types : les unes ovoïdes, au toit soutenu par des piquets; les autres rondes, partiellement creusés dans le sol. Les morts, inhumés dans le village même, sont disposés selon une orientation constante, dans un vase, la tête au sud, le visage tourné vers l’ouest.
e. L’Omarien B serait contemporain du début du Nagadien I méridional. Il fut identifié à l’est du site précédent et en diffère par les pratiques funéraires et l’industrie de pierre, de dimensions plus réduites. Ainsi, le cimetière, nettement distinct de l’agglomération, comprenait des sépultures recouvertes d’un tertre de pierre.
f. Le Méadien a été révélé par des fouilles encore incomplètes dans une seule agglomération proche de deux nécropoles à Méadi, près du Caire, et dans une troisième nécropole découverte à Héliopolis (banlieue sud du Caire). La céramique méadienne est monochrome et moins fine que celle d’Omari. Les modèles les plus fréquents sont des vases ovoïdes et allongés à rebord prononcé, les plus typiques sont des vases dont la base est formée d’un bourrelet circulaire, rappelant les vases de basalte. On trouve des vases à décor brun et des vases tubulaires qui suggèrent des importations en provenance du Sud (plus précisèment de la période du Nagadien I). On note la pauvreté des objets de parure.
La culture méadienne nous fournit, pour la première fois dans les civilisations prédynastiques du nord de l’Egypte, l’utilisation massive du cuivre. On peut attribuer ce fait nouveau des Méadiens aux gisements miniers du Sinaï. Les ressources animales et végétales rassemblent des espèces domestiquées identiques aux époques précédentes.
Dans l’agglomération de Méadi, on a trouvé un grand nombre de piquets enfoncés dans le sol, qui ont permis de définir deux types d’habitations légères : ovale et rectangulaire, ce dernier étant construit en briques sèches. Un troisième type, souterrain, avait pour accès des marches. Les cimetières, séparés des villages, contenaient des tombes rondes ou ovales, préservant des corps repliés sur le coté, tête au sud et façe vers l’ouest. On enterrait, également dans ces cimetières, des animaux, sans doute sacrés, tels les gazelles ou les chiens.
Cette culture semble être une période de transition annonçant le Prédynastique et le début de l’époque historique. L’avénement de l’époque historique, avec l’introduction de l’écriture, l’unification de l’Egypte sous un seul roi et le développement de l’usage du métal, n’a pas pour autant modifié certains aspects du mode de vie des anciens habitants de la vallée. Cela concerne, notamment, la persistance de l’usage du silex taillé.

4 votes. Moyenne 2.75 sur 5.

Commentaires (1)

1. anonyme 23/10/2014

simple et efficace. Bravo

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau

Date de dernière mise à jour : 27/12/2011