1 Préhistoire : conceptions et méthodes

1 DEFINITIONS

L'histoire humaine considérée ici concerne les immenses périodes traditionnellement définies comme " antérieures à l'écriture ". Cela s'applique bien entendu surtout à l'Europe ou "l'histoire" [écrite] est en route relativement tôt et où la discipline historique s'est progressivement instituée avant l'utilisation de sources archéologiques pour reconstituer les périodes très anciennes. On sait aussi que la plupart des peuples traditionnels rejettent l'écriture et ne sont donc pas en deça de son utilisation mais plutôt à côté. Ce fut le cas par exemple, des Celtes longtemps en contact avec les Grecs et les Romains, mais dont la méfiance envers les textes écrits en interdisait l'usage pour la loi, la religion et les rituels. Ces raisonnements s'appliquent a fortiori bien d'avantage dès que l'on quitte le continent européen, comme la recherche archéologique fut très tôt ammenée à le faire.

Depuis 2 à 3 millions d'années, dès l'apparition des premiers outils façonnés prolongeant les membres naturels, se manifestent des traces d'activités symboliques. Cette longue " histoire " du développement des symboles inscrits dans une activité sociale en perpétuelle mutation constitue la matière du préhistorien transmise sous forme d'objets,de traces,de gestes fossilisés et codifiés,comme des sépultures, ou des oeuvres d'art. En fin d'"évolution", les premiers textes nous parviennent progressivement d'un peuple à l'autre, à travers le bassin méditerranéen et /ou l'Extrême Orient. En Afrique, cette "préhistoire" s'est tranquillement maintenue jusqu'aux conquêtes portugaises à partir du XIV ème siècle, tandis que nombre de peuples sub-actuels sont encore de type préhistorique  dont ils prolongent  l'heureux " âge d'or" en plein XXIème siècle: les Bochimans du Kalahari ont un mode de vie "mésolithique ", Les Tasmaniens étaient paléolithiques jusqu'au VXIII ème siècle ( lorsqu'ils furent exterminés ! ). Les Mélanésiens menaient une vie analogue à celle du néolithique.

Ceci montre à la fois la réalité fonctionnelle des étapes reconnues par l'archéologie ailleurs, mais aussi l'extrême variabilité de ces modes de vie considéré à travers l'espace. Une économie de prédateurs, de pêcheurs ou d'agriculteurs, par exemple, implique certes des structurations (sociales, symboliques, techniques )analogues d'un point à l'autre du globe, mais ces analogues tolèrent symétriquement une richesse extraordinaire d'expressions propres à chaque ethnie , comme une efflorescence infinie de l'esprit humain s'adaptant à ces cadres larges et universels. Par l'émergence et la variété des expressions plastiques , perpétuellement renouvelées, s'offre alors le champ immense des " histoires de l'art " combinée à l'histoire des traces. 

La définition fondée sur le critère de l'écriture peut donc paraître très théorique et simplement d'emploi commode , restreinte au continent européen. Toutefois, par la distinction préalable d'un champ d'étude limité aux sociétés rejetant l'écriture, on applique ainsi fatalement l'approche à des types de processus sociaux très spécifiques et on prolonge en fait la distinction plus fondamentale , celle existant entre "nos" sociétés historiques, tardives et limitées spatialement jusqu'à la Renaissance et toutes les autres antérieures et extérieures. La méthode d'approche archéologique indispensable pour l'étude des sociétés préhistoriques implique donc un choix orienté vers des sociétés non centralisées, vers une administration telle qu'elle requiert l'emploi de l'écriture.  A celà s'ajoute la dimension fondamentale à toute approche historique qui est celle de la diachronie,soit de l'organisation dans le temps des distinctions opérées dans l'information archéologique . Ainsi, la préhistoire , retraçant des processus évolutifs se situe-t-elle à l'aire de contactentre la paléontologie , touchan,t à tout être vivant et l'histoire des civilisations concernant notre passé immédiat.

Encore une fois, de telles généralisations souffrent d'exceptions nombreuses dont, par exemple ,l'application, à rebours, des méthodes conçues par les préhistoriens , en l'absence de textes, à des périodes où les textes disponibles ( voire ceux qui les lisent ) n'éclairent qu'un pan limité des pratiques sociales alors en fonctionnement.

Ainsi, progressivement, la définition de la préhistoire a-t-elle glissé d'une période ( antérieur à ) vers un champs social ( extérieur à ) , puis vers une méthode, requise pour explorer l'une et l'autre. Une fois constituée en discipline d'approche spécifique, elle constitue son corps de connaissances, sa méthodologie et son apport philosophique propres et se trouve d'une manière autonome incluse dans l'ensemble des sciences humaines. En effet, les " traces " matérielles citées plus haut, seuls repères aux comportements en dehors des sources écrites, forment le champs d'action de la démarche archéologique.Celle ci en tant que méthode , a cherché à affermir ses bases , tant conceptuelles que méthodologiques , afin de rester d'application en toutes situations, particulièrement non légitimées par l'apport de contextes historiques . La source archéologique prend donc , en contexte préhistorique, valeur supplémentaire , précieuse parce qu'exclusive. Le préhistorien est donc d'abord archéologue mais pas uniquement, car il touche aussi aux sciences naturelles, et pas simplement,car il touche à l'hominisation.

La manière volontairement large dont nous avons défini la préhistoire nous permettrait de commence celle-ci par une étude des Australopithèques apparus il y a +/- 4 millions d'années et éteints vers  1,6 millions d'années, cependant cela ferait partiellement double emploi avec l'étude que nous en avons menée dans les pages relatives à la paléoanthropologie. Nous commencerons donc avec le Paléolithique inférieur commençant conventionnellement vers 2 millions d'années.  

              

     

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Date de dernière mise à jour : 25/06/2015