Spiritualité primitive 3

L’élément féminin

Les figurations féminines de la dernière période glaciaire a posé des problèmes toujours actuels.

L’extension de ces découvertes est grande : du sud ouest de la france jusqu’au lac Baïkal en Sibérie, et de l’Italie du nord jusqu’au Rhin.

Les statuettes de 5 à 25 cm de haut sont sculptées dans la pierre, l’os ou l’ivoire. On leur a donné le nom de Vénus : parmi les plus célèbres on trouve la Vénus de Lespuge, de Willendorf  (Autriche) et de Laussel  (Dordogne).

Vénus de Lespuge

Vénus de Willendorf

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vénus de Laussel.

Cependant, grâce surtout à la précision des fouilles, plus instructives sont les pièces découvertes à Gagarino et Mezine en Ukraine. Elles proviennent de niveaux d’habitation, par conséquent semblent en rapport avec la religion domestique. A Gagarino on a trouvé, auprès des parois de l’habitation, six figurines sculptées en os de mammouth. Elles sont sommairement taillées avec un abdomen de proportions exagérées et une tête dépourvue de traits. Les pièces découvertes à Mezinesont fortement stylisées ; certaines peuvent être interprétées comme des des formes féminines réduites à des éléments géométriques  ( ce type est attesté ailleurs en Europe centrale) ; d’autres représentent, très probablement, des oiseaux. Les figurines sont décorées de différents dessins géométriques,entres autres, le Svastika. Pour expliquer leur éventuelle fonction religieuse, Hancar a expliqué que certaines tribus de chasseurs de l’Asie septentrionnale fabriquent de petites sculptures anthropomorphes en bois appelées dzuli. . Dans les tribus où les dzuli sont féminines, ces idoles représentent l’ailleule de laquelle sont présumés descendre tous les membres : elles protègent les familles et les habitations, et au retour des grandes chasses on leur présente des offrandes de gruau et de graisse.

D’autres découvertes encore plus significatives pourrait encore être évoquées.

En tout état de chose, il est impossible de préciser la fonction religieuse de beaucoup de ces découvertes, et c’est par l’établissement de lignes parralèles ethnologiques que l’on peut se risquer à des conjectures plus spéculatives à ce sujet.

Remarque : Concernant les conclusions de Leroi gourhan, l’on a, de prime abord, l’impression d’un scepticisme accentué, mais il faut bien tenir compte du fait que généralement cet auteur, très important en la matière, se limite à l’exploitation des faits bruts et ne pratique pas la comparaison ethnologique. A contrario, lorsque André Leroy Gourhan émet des avis positifs concernant la religion des origines, ceux-ci sont tirés de manière analytique du matériel à disposition comme il l’a fait pour établir un code figuratif concernant les représentation pariétales et conclure à l’intentionnalité religieuse de celles-ci. On peut, par ce biais, affirmer raisonnablement que les paléanthropiens du paléolithique supérieur possédaient une spiritualité à caractère religieux

Lire : " Les religions de la préhistoire" de André Leroy Gourhan chez quadridge PUF/ 1964.   

De toute manière, on peut présumer que ces statuettes représentent en quelque sorte la sacralité féminine et par conséquent, la puissance magico-religieuse des déesses.

Leroi Gourhan a pu mettre en évidence:

- Que la polarité masculin-féminin est centrale dans ces domaines tant pour les peintures rupestres que pour les statuettes et les tablettes de pierre.

- Que ce langage symbolique était unitaire depuis la région franco-cantabrique jusqu’en Sibérie.

- Que les figures, formes, visages et signes étaient interchangeables : ex, caractère féminin des bisons, blessures, ou autres signes géométriques.

- Qu’il y avait couplage entre les valeurs mâles et femelles.

La caverne se révèle être un monde organisé et chargé de signification, il s’agit d’un sanctuaire, les figurines et les plaquettes étant des "sanctuaires portatifs".

Pour élargir l’horizon culturel de ce chapitre particulier, l’on peut se référer à des ouvrages classiques, datés mais sérieux comme :

- La pensée sauvage de Claude Lévi-Strauss

- Le cru et le cuit de Claude Lévi-Strauss

- Histoire des croyances et des pensées religieuses ( 3 tomes ) Mircea Eliade.     

- Histoire des religions, trois tomes, six volumes dirigé par Henri Charles Puech de l’encyclopédie de la Pléiade - 1976        

- Le sacré et le profane de Mircea Eliade.

- Le mythe de l’éternel retour de Mircea Eliade.

Et par exemple comme ouvrages récents :   

- Le symbolique et le sacré : théories de la religion de Camille Tarot ( éditions de la découverte M.A.U.S.S ) - 2008

- Ethnologie-Anthropologie de Philippe Laburthe-Tora et Jean-Pierre Warnier chez Puf / 1993 ( pp 163-233).

Rites,pensées et imagination chez les chasseurs paléolithiques - Hypothèses de Mircea Eliade

Les découvertes paléoanthropologiques ont en commun de refouler toujours plus loin dans le temps les origines de l’homme et de la culture.   

L’homme s’avère plus ancien et son activité psycho-mentale plus dense qu’on le croyait il y a encore quelques décennies. Alexander Marschak a pu démontrer l’existence, dans le paléolithique supérieur, d’un système symbolique de notation du temps basé sur l’observation des phases lunaires. Ces notations accumulées sur une longue période permettent de supposer que certaines cérémonies saisonnières étaient fixées longtemps à l’avance comme il arrive de nos jours chez les sibériens et les indiens d’Amérique du nord . Ce système de notation s’est maintenu pendant plus de 25000 ans, de l’Aurignacien précoce au Magdalénien tardif. Selon cet auteur, l’écriture, l’arithmétique et le calendrier proprement dit, qui font leur apparition dans les premières civilations , se réfèrent probablement au symbolisme qui imprègne le système de notation utilisé pendant le paléolithique. ( cf Alexander Marshak  The roots of civilization). Il faut également noter que les paléolithiques pouvaient observer et désigner les phases de la vie végétale ( Le bâton de commandement de Montgaudier Charentes )

Quoique l’on puisse penser de tout ceci, le cycle lunaire était analysé, mémorisé pour des buts pratiques environ 15000 ans avant la découverte de l’agriculture. On peut alors mieux comprendre le rôle considérable de la lune dans les mythologie archaïques et le fait que le symbolisme lunaire a intégré dans un seul et même système des réalités aussi diverses que la femme, les eaux, la végétation, le serpent, la fertilité, la mort, la renaissance...

En analysant les méandres gravés sur des objets ou peints sur les parois des cavernes , Marschak en conclut que ces dessins contituent un système car il présentent une succession et expriment une intentionnalité.Cette structure est déjà attestée sur les dessins gravés sur un os exhumé à Pech de l’Azé (Dordogne), et appartenant au niveau Acheuléen ( ~135000 ) , c’est à dire au moins 100000 ans avant les méandres du paléolithique supérieur. Qui plus est, les méandres sont tracés autour de dessins d’animaux et sur eux en indiquant un certain rituel. Il est difficile de préciser leur signification , mais à partir d’un certain moment ( par exemple le dessin de Petersfeld) les méandres sont représentés en "running angles"  et sont accompagnés de poissons ( acte individuel de participation.) . Dans ce cas, le symbolisme aquatique est évident. Mais d’après l’auteur, il ne s’agit pas simplement d’une image de l’eau ; les innombrables traces de doigts et par des outils divers , dénotent un "acte  individuel de participation " dans lequel le symbolisme ou la mythologie aquatique jouaient un rôle.

De telles analyses confirment la fonction rituelle des signes et des figures paléolithiques. Il semble maintenant évident  que ces images et ces symboles se réfèrent à certaines "histoires",c’est à dire des éléments en rapport avec les saisons, les habitudes du gibier, la mort, la sexualité , le pouvoir mystérieux de certains êtres surnaturels ( spécialistes du sacré, préfiguration d’entités divines ...)

Les représentations paléolithiques seraient un code signifiant à la fois "valeurs symboliques " ( donc Magico religieuse ) des images et leur "fonction" dans les cérémonies se rapportant à diverses "histoires".

 

Lien vers spiritualité primitive 4

 

 

 

 

 

 

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Commentaires (1)

1. Laure Machu 25/01/2016

Bonjour et merci pour ces articles passionnants que vous nous offrez... Clarissa Pinkola Estès le développe également il me semble dans son livre "Cours avec les loups".

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Date de dernière mise à jour : 31/10/2014