Le propre de l'Homme 2

Venez et voyez !

Les grands singes entrent tardivement dans l'histoire de l'Occident. Lorsqu'ils arrivent, c'est au sein d'une vision immuable et transcendante de la nature qu'on leur fait une place. Il s'agit de l'échelle des espèces, dont les échelons s'écartent pour faire entrer les nouveaux venus mais sans en altérer le dessein. il n'empêche que les grands singes exercent une fascination comme s'ils offraient une image à peine déformée de l'homme. Jacqueline et Albert Ducros directeurs de recherche au CNRS, retracent l'histoire fascinante des réflexions suscitées par les grands singes venus empiéter sur le terrain du propre de l'homme . De fait le propre de l'homme serait de se poser la question de l'homme . Ces réflexions naissent avec l'arrivée de quelques spécimens en europe et sans que l'on sache quoique ce soit de leurs comportements en milieu naturel. Les grands singes n'apportent rien avec eux si ce n'est leur corps, leur silence et leur frayeur. Voilà donc comment quelques chimpanzés, quelques orangs outans enlevés aux leurs après le massacre de leurs groupes sociaux, traumatisés par les actes violents des hommes, perturbent la raison humaine. L'âge classique et le siècle des lumières ont connu des interrogations fulgurantes dont la fausse naïveté ne peuvent que nous émerveiller. Aujourd'hui, rares sont les éthologues qui osent avancer de telles hypothèses. Il faut bien l'avouer au vu de cette grande aventure de la connaissance : nous n'avons pas beaucoup progressé depuis deux siècles . sans nul doute, l'icône la plus inaltérable du lien entre l'homme et les autres animaux est la procession de l'échelle des espèces. On voit se succéder des formes vivantes engagées dans un défilé d'espèces de plus en plus grandes qui se redressent progressivement. Les grands singes campent l'avant dernière étape , celle qui précède l'homme parfaitement bipède. Depuis Diogène jusqu'à nos manuels scolaires , on imprime dans les esprits l'ascension de notre crâne porté par un corps dont l'évolution est dédiée à cet état de nature unique . La bipédie est donc le propre de l'homme . Buffon, Blumenbach et d'autres ont stigmatisé ce caractère lié à l'anatomie. Pourtant la bipédie et non les bipédies, sont fréquentes dans les natures d'hier et d'aujourd'hui. Christine Berge, chargée de recherche au CNRS et Jean Pierre Gasc , professeur au Museum national d'histoire naturelle , décrivent les bipédies dans leurs caractéristiques fonctionnelles et biomécaniques . Ils les reclassent dans le cadre des répertoires locomoteurs des grands singes et nous emmènent sur d'autres pistes à la recherche des origines de ce mode de déplacement particulier, mais pas si étrange. Les observations des grands singes actuels dans leurs environnements naturels , en particulier les Bonobos , révèlent l'occurence de ce mode de déplacement dans le monde des forêts . Un tour d'horizon de nos ancêtres hominidés (Les hominidés (dont le nom de taxon en latin est Hominidae) sont une famille de primates regroupant les espèces animales telles que les bonobos, chimpanzés, gorilles (de l'est et de l'ouest), humains et orang-outans). S'y trouve également un certain nombre d'espèces éteintes, ancêtres ou non de la lignée humaine ) dévoile une mosaïque d'espèces aux bipédies plus ou moins affirmées. La bipédie n'est certainement pas le propre de l'homme , mais il existe une bipédie humaine sortie de la forêt des bipédies des hominidés, et que nous partageons avec d'autres hommes disparus  il n'y a pas si longtemps que cela.

Dans la hiérarchie des caractères anatomiques servant à définir le propre de l'homme, la taille de notre cerveau occupe le rang le plus élevé . Le cerveau est le siège de notre pensée , notamment de la vision que nous avons de nous même . Pourtant l'homme moderne ne possède pas le plus gros cerveau de la création. Pascal picq, maître de conférence au Collège de France , resistue l'importance relative de la taille de notre cerveau. L'homme fait incoàntestablement partie du peloton de têtedes espèces les plus encéphalisées. Mais si l'on s'intéresse à la taille relative du cerveau, ce que l'on appelle le coëfficient d'encéphalisation, alors nous sommes rejoints et dépassés par les singes écureuils et quelques chauves-souris. Il demeure, que posséder un gros cerveau n'est pas une mince affaire . Claude - Marcel Hladik, professeur au museum naturel D'histoire naturelle , rappelle les conditions conditions écologiques permettant l'acquisition d'un organe dont le développement réclame un coût métabolique exhorbitant, tout comme son entretien et son fonctionnement. chez les singes dont nous faisons partie, la quête de nourritures de meilleure qualité nutritive entraîne les espèces les plus encéphalisées sur les pistes du bon goût. Le goût et la perception sélective de certains composés chimiques induisent des stratégies écologiques très différentes selon les espèces. L'homme appartient sans conteste au club des singes gourmets, ceux qui vivent dans des groupes sociaux plus nombreux, manifestent des comportements plus complexes, exploitent des territoires plus vastes et possèdent un cerveau relativement plus gros.

En fait, la survie des hominidés s'est jouée sur ces stratégies écologiques de bon goüt. Les hommes ont considérablement développé ces tendances . Puis la culture et le feu se sont associés pour inventer la cuisine . Le propre de l'homme est peut-être là. Mais attachés au fond de la casserole, on trouve encore les reste d'une écologie comportementale intelligente partagée avec quelques grands singes          

http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/actu-la-culture-cumulative-n-est-pas-le-propre-de-l-homme-33498.php

http://www.universcience.tv/video-le-propre-de-l-homme-2567.html

L'un des grands paradigmes de l'évolution de l'homme est l'hominisation qui débute dans le savane . La bipédie, mais aussi la chasse , le partage de la nourriture , l'outil et la culture arrivent au seuil des savanes , il en va de même pour "l'homme, le singe tueur " . Selon un scénario désormais classique , les hommes se retrouvent dépourvus de moyens de défense et de fuite dans des espaces où menacent de multiples périls . Ils se fabriquent des armes d'abord pour se défendre , puis pour chasser . Seulement ce changement de comportement très récent à l'échelle de l'histoire des espèces n'a pas permis de développer d'autres comportements susceptibles de maîtriser l'agressivité née des circonstances, l'homme devient alors un animal de guerre capable de tuer ses semblables, surtout s'ils appartiennent à des groupes voisins .

homme-prehistorique-tautave.jpgChristophe Boesch, professeur au Max Planck Institut de Leipzig en Allemagne décrit une autre hominisation, au coeur des forêts cette fois. Les Chimpanzés viennent s'installer sur le terrain du propre de l'homme. Au cours des 50 dernières années , les observations menées sur les différentes populations de chimpanzés ont honoré tout les critères du propre de l'homme. Les chimpanzés chassent, partagent les nourritures les plus prisées , utilisent des outils et se font la guerre. Cependant, tous ces comportements sont accomplis de diverses façons d'une population de chimpanzés à l'autre . A quoi cela est-il dû ? Toutes ces populations appartiennent à la même espèce  : Pan troglodytes  . Il ne s'agit donc pas d'une caractéristique propre à l'espèce . Cela ne dépend pas non plus des variables environnementales. La seule explication est qu'il existe chez les chimpanzés des " cultures " . Avec leurs outils et leurs traditions, les chimpanzés ont ouvert une brêche définitive entre l'animal en prise avec la nature et l'homme réfugié dans sa culture.

Est-ce l'environnement qui fait le propre de l'homme  ? Certains éléments du propre de l'homme auraient-ils été acquis en raison de pression de sélection imposées par les changements d'environnement  ? Il ne peut s'agir évidemment que d'un évènement unique ayant entrainé l'acquisition de nouvelles aptitudes notamment la vie en société. . Mais est-ce aussi simple ? En fait la plupart des espèces vivent en société . Les caractéristiques des systèmes sociaux rencontrent des limites imposées par l'environnement . Jan Van Hoof , professeur à l'Université d'Utrecht aux Pays-Bas nous emmènent sur le terrain méconnu et fascinant de la socio-écologie. Cette discipline éthologique s'intéresse aux relations entre , d'une part la structure et l'organisation des sociétés de singes et, d'autre part, les caractéristiques de l'environnement telles que la distribution des nourritures et des pressions de prédation. Il serait évidemment erroné de penser que l'environnement impose un type de système social. C'est pourtant ce que l'on fit il y a quatre décennies . Les premières observations sur les babouins de savane ont servit d'analogie à la reconstitution de la vie des premiers hommes il y a plus d'un million d'années. En fait, les primatologues se sont totalement fourvoyés car ils regardaient les babouins au travers le filtre déformé du propre de l'homme. Depuis, on a étudié les sociétés de primates pour ce qu'elles sont , en incluant les sociétés humaines. On constate que les hommes , à travers des centaines de cultures répertoriées par les ethnologues ont des systèmes sociaux identiques à ceux des chimpanzés et des bonobos , mais différents de ceux reconnus par des dizaines d'autres espèces observées dans la nature. Les trois espèces d'hommes ou de chimpanzés, c'est selon , vivent dans les mêmes systèmes sociaux alors que leurs populations affichent une grande diversité d'habitats , depuis les forêts humides et profondes jusqu'aux savanes peu arborées. Les hommes ont conservé ces structures fondamentales indépendamment de leur diversité culturelle. Si un propre de l'homme peut être dégagé de sa vie sociale , ce n'est qu'au niveau de son organisation . Selon les critères retenus , certaines espèces sont allées plus loin sur le chemin de l'hominisation . Se pose alors une question vertigineuse  : Pourquoi avons nous conservé le même type de système social en dépit de la diversité de nos ancêtres et de la durée de notre histoire évolutive ? Le propre de l'homme serait-il un vieil archaïsme social ? La question de l'apprentissage social conduit à celle, éculée, de l'inné et de l'acquis. Julien Joseph Virey écrit : Nous naissons singe, c'est l'éducation qui nous fait homme. Il est vrai que l'éducation s'étend sur une durée très longue chez l'homme . Si on compare les périodes de la vie d'une espèce à l'autre , on constate que le propre de l'homme est de consacrer un quart de sa vie à croître. D'une certaine manière, l'homme est le grand enfant de l'évolution . Pourtant, comme nous, les singes affichent une ontogenèse très longue, ils naissent singes, mais apprennent aussi a être singes. Bertrand De Putte , directeur de recherche au CNRS, et Jacques Vauclair, professeur à l'Université d'Aix en Provence , décrivent l'ontogenèse sociale des singes, le jeune singe apprend à découvrir le monde. Il élargit le cercle de ses relations depuis le sein de sa mère jusqu'au contact avec les autres . Au premier jour de la prime enfance, nous ne naissons pas avec les mêmes promesses. Que ce soit en termes de gènes , notamment en ce qui détermine le sexe , ou en fonction du groupe social dans lequel on grandit. Une petite guenon née dans une famille dominante sera portée par les autres mères et pourra se déplacer en toute quiétude au sein de sa troupe. Une autre née dans une famille dominée aura beaucoup moins d'opportunité pour développer ses compétences sociales. Les petits mâles se comporteront différemment selon qu'ils auront ou non grandi en ayant la possibilité de côtoyer d'autres mâles adultes . Les singes comme les hommes sont génétiquement programmé pour vivre longtemps , à condition d'apprendre à vivre. Mais à quel moment de notre ontogenèse passons nous à l'âge d'homme ?                    

Suite à ces quelques articles sur le propre de l'homme, on peut déjà conjecturer que ce qui fait notre différence avec les autres primates, est de nature culturelle, traditionnelle. Non pas que les singes n'ont pas de culture, ce qui est faux par la démonstration que la science en fait, mais que notre culture est une culture humaine dont les bases remontent à l'émergence de notre espèce et qui persistent dans nos systèmes sociaux. On ne fait pas n'importe quoi avec les traditions, avec la culture, les négliger équivaut à perdre notre nature d'homme. Si l'évolution psychosociale d'Homo sapiens se poursuit de cette manière chaotique, quelques centaines d'années suffiront à rayer l'espèce humaine de la liste des espèces, ce sera un bien pour la vie qui perdra ainsi son principal adversaire.

Remarquons que de manière générale les animaux ne tuent que dans le but de satisfaire des besoins vitaux, l'homme est la seule espèce qui tue pour d'autres raisons et qui plus est détruit sa niche écologique parfois inconsciemment , mais aussi en toute conscience pour satisfaire des besoins immédiats et éculés. Comme nous l'avons vu plus haut dans le texte, il a parfois été considéré que le propre de l'homme est le meurtre " l'homme tueur "  moi je crois que l'homme est de manière plus générale un "homme destructeur" , destruction qui l'amènera à lui même disparaître.

Cet horizon funeste de l'humanité est très peu considéré, par manque de lucidité, mais aussi parce que la religion actuelle érige le consumérisme et l'économie de marché en Divinité, l'homme ne conçoit plus rien et ne pense plus rien sans y intégrer le paradigme mercantile , tant ceux ci leurs semblent à la base de leur fonctionnement social. Les enfants sont éduqués de cette manière et les gouvernements  imposent à l'enseignement des cursus qui tiennent de moins en moins compte du passé, comme si notre mode de fonctionnement actuel était le seul à avoir le droit de survivre dans le but d'imposer à la population et de manière " subliminale " une course à la statue d'or de la croissance économique. Les conséquences de ce paradigme sont patentes, évidentes avec la disparition de toute forme d'"humanisme " et l'encrassement généralisé de notre astre dispensateur de vie, avec son cortège de disparition au niveau de la biodiversité. C'est ça l'œuvre de l'homme qui détruit beaucoup plus qu'il ne construit. Je suis bien trop infinitésimal pour avoir une quelconque efficacité pour lutter contre cette horreur, bien qu'il soit déjà trop tard pour enrayer l'inertie de ce monstre de déshumanisation. Cependant, plutôt que de vivre avec ce regard obtus sur ce qui m'entoure et refouler cette évidence de destruction d'une telle merveille, je préfère disparaître tant l'inconséquence et la bêtise à l'origine de ce désastre ne me permet aucune vision d'avenir. Si je pouvais, je vous souhaiterais, vous et votre descendance  de survivre à ces affres pendant que personnellement je voguerais dans l'inconnu du non-être.  VDS 10/02/2015.

Apprendre exige un minimum de capacités cognitives . On dit " malin comme un singe " et " intelligent comme un homme " . Que sait on de l'intelligence des singes comparée comparée à celle de l'homme  ? Les singes étant malins justement, il est difficile de savoir si leurs comportements tiennent à une aptitude intelligente que les hommes attendent d'eux, ou s'ils livrent leur intelligence . Jacques Vauclair et Bertrans Deputte décrivent le monde cognitif des singes et des grands singes . Alors que l'intelligence concerne l'apprentissage, la mémoire et la résolution de problèmes , la cognition touche aux capacités de généralisation et de flexibilité des informations. Elle concerne les capacités de représentation mentale des informations perçues et l'aptitude à les adapter à d'autres situations tout en se référant aux expériences antérieures. L'anatomie cérébrale comparée des grands singes montre l'existence chez ces derniers d'asymétries entre le cerveau gauche et le cerveau droit , asymétries proches de celles de l'homme. Celà transparaît dans leur aptitude à manipuler les objets avec, dans bien des cas, une préférence pour la main droite . Les aptitudes cognitives des singes et des grands singes se manifestent aussi lors de leurs déplacements au sein de leur environnement , à travers la reconnaissance des visages , ou encore la manipulation des signes. Difficile de dire en quoi ils se distinguent des hommes . Des différences plus marquées encore interviennent pour le comptage et le calcul. En revanche, un hiatus s'instaure pour le langage . d'après ce que l'on sait , les grands singes utilisent le langage que leur ont appris les hommes pour une communication impérative ou déclarative . Ils évoquent une situation présente ou une demande . L'homme, lui se distingue par des déclarations de type inférentiel . Il est capable d'évoquer un état du monde , de construire des récits . En comparant l'évolution de l'apprentissage  du langage chez les jeunes enfants e chez les jeunes grands singes , on voit que le mode déclaratif se manifeste très tôt chez le grand singe , mais que seul le mode inférentiel émerge chez l'enfant. C'est peut-être là que se situe le propre de l'homme.

L'homme est donc capable d'évoquer un état du monde  et, en l'occurrence, un propre de l'homme. Mais est-il plus intelligent pour autant ? Par définition, l'intelligence est la capacité à réaliser de bonnes performances dans des tâches cognitives précises . Le tristement célèbre QI sert à la mesurer : en fait il a pour fonction de sélectionner des hommes perçus comme des singes savants selon des critères jugés pertinents par des psychologues convaincus de pratiquer la science de l'intelligence. Réduire l'intelligence à celà est proprement affligeant. C'est pourtant ce que l'on fait avec les singes. Dominique Lestel, maître de conférences à l'école normale supérieure, nous amène à réfléchir avec intelligence sur ce que nous demandons aux singes . Que signifient toutes ces études conçues à partir de tests élaborés dans le cadre des sciences humaines  ? Les hommes cherchent à déceler ce qui est humain chez les singes et les grands singes sans se soucier d'autres formes d'intelligence. On jauge leurs capacités cognitives à l'aune de ce qui est pertinent à notre sens. Mais est-ce le bon sens ? On a soumis les grands singes à l'apprentissage de divers types de langage sur lesquels les psychologues, les linguistes  et les anthropologues eux-même ne s'accordent pas . Si des scientifiques ne parlent pas le même langage à propos du même sujet , peut-on en exiger davantage des grands singes ? D'ailleurs les critères de validité de l'apprentissage du langage par des grands singes sont beaucoup plus exigeants que ceux appliqués dans d'autres études , notamment avec des enfants . Au bout du compte, on s'aperçoit naturellement que les grands singes n'ont pas les mêmes capacités que les hommes. L'évidence se passe de commentaires . Mais que sait on des modes de communication des singes dans la nature ? car ils ont été soumis à des tests élaborés par des hommes dans des laboratoires construits par des hommes . En dépit de ses capacités inférentielles de communication , l'homme a un mal de singe à se représenter une monde qui n'est pas humain. Les grands singes sont ils des reflets déformés de l'homme ? On sait depuis quelques décennies que les chimpanzés et les orang-outans se reconnaissent dans un miroir, ce n'est pas le cas des gorilles ni des autres singes , à une exception près, Koko, une femelle gorille à qui l'on a appris le langage. James Anderson, professeur à l'université de Sterling en Ecosse, reprend l'histoire du miroir et de la conscience de soi chez les singes et les grands singes . Seulement, le test du miroir ne fait que mettre en évidence la conscience de soi et ne résout pas la question de savoir comment elle a émergé . Vient-elle de la nécessité de se déplacer dans les arbres avec prudence ? S'éveille-t-elle grâce au jeu des relations sociales ? On ne sait répondre à ces interrogations .

Peut-on rire du propre de l'homme  ? En fait le rire est affaire trop sérieuse pour ne pas en trouver les prémices chez les grands singes . Chez l'homme , le sourire et le rire convergent pour créer un éventail extrêmement large. Jean Van Hoof montre que les mimiques exprimées lors de leurs interactions sociales par les singes et les grands singes s'apparentent au sourire de l'homme et constituent un mode de communication très diversifié . Quant au rire , il s'observe lors d'interactions ludiques, détendues et conviviales . Chez certaines espèces , les individus engagent des interactions mutuelles qui évoquent le jeu : la face prend un air relaxé et la bouche est ouverte laissant passer des sons saccadés . Il arrive également que les chimpanzés rient lorsqu'ils se trouvent face à une situation qu'ils percoivent comme comique . Le rire n'est donc pas propre à l'homme.

Les chimpanzes emettraient des cris tres sonores notamment a l intention de leurs amis et parents proches pour prevenir d un danger 63276 w460

Des éthologues sont partis chez les singes et les grands singes et ont rencontré le propre de l'homme dans des forêts d'Afrique et d'Asie . Mais les informations sur le terrain ont leur limite : celle du champs visuel. Il est très difficile , parfois impossible , de suivre les activités d'un individus, encore plus celles de tous les individus d'un groupe . On ne peut donc pas observer la totalité des évènements qui se déroulent entre, par exemple, un conflit opposant deux individus et le rétablissement des relations habituelles entre eux . Comment passer de l'anecdote à l'enregistrement d'un nombre d'observations suffisant pour valider ou invalider des hypothèses sur les comportements sociaux des singes ? De telles recherches sont devenues possibles grâce à l'observation de groupes sociaux maintenus en semi-captivité. Frans De Waal , professeur à l'Université Emory d'Atlanta  et Bernard Thierry, directeur de recherches au CNRS étudient les colonies de chimpanzés, de bonobos et de macaques dans de telles conditions. Des comportements humains comme la réconciliation, la médiation et la tolérance se manifestent chez certaines espèces, pas chez d'autres . Ils supposent des aptitudes cognitives telles que l'empathie et la sympathie . Mais quand on entre dans la tête des singes, on rencontre de grandes divergences d'interprétation. Pour De Waal , les chimpanzés font de la politique. Ce sont des singes machiavéliques , pourtant pas dépourvus de morale . Bernard Thierry est plus circonspect , sans nier la possibilité de rencontrer chez certaines espèces les fondements naturels de la morale. Cette contribution nous fait découvrir la question aussi fascinante qu'inquiétante de la relation entre notre héritage génétique commun et l'émergence des caractéristiques considérées comme les plus nobles du propre de l'homme.

La question de l'émergence de la conscience est la plus difficile qui soit . On a cherché à localiser son siège dans différents recoins du cerveau mais, de Descartes à Huxley, toutes les tentatives se sont révélées infructueuses. Boris Cyrulnik, professeur à l'université de Toulon , évoque l'éveil des consciences animales dans le cadre de leurs perceptions du monde. Mais peut on faire une phylogénie des consciences en l'absence de critère de comparaison ?  Il est possible d'esquisser une histoire naturelle de la conscience , mais pas de cerner la métamorphose qui la fait naître. Comme le dit Cyrulnik, c'est comme une sorte d'effet papillon , un battement d'aile neuronal qui change notre rapport à nous même et au monde. Quoiqu'il en soit, c'est depuis que la conscience est née que nous nous posons la question de ce que nous sommes.

Après avoir revisité les singes et les grands singes, que reste-t-il du propre de l'homme ? Tout ! Que l'homme partage des fragments d'humanité avec d'autres espèces ne lui enlève rien. C'est précisément l'affirmation des critères du propre de l'homme qui a suscité toutes ces recherches , au demeurant bien tardivement au regard de l'"histoire des sciences , sans évoquer l'histoire de la philosophie . La vocation des scientifiques est d'apporter un explication du monde selon un mode d'interrogation universel , mais lezur but n'est pas de nier ou de glorifier l'homme . Les éthologistes , les primatologues et les paléoanthropologues décrivent l'homme , mais il n'appartient pas à eux seuls de l'interpréter . Pour cela, on se déplace sur le terrain de la philosophie , une discipline exclusivement humaine. Pour autant, la philosophie peut-elle poursuivre sa réflexion sur l'homme en ignorant les connaissances accumulées sur les espèces qui l'entourent  ? Elisabeth de Fontenay, professeur à la Sorbonne , entrouve une fenêtre de la philosophie sur ce nouveau monde des connaissances.  Une autre philosophie des lumières se fait jour . Espérons qu'elle ne restera pas à une simple lueur , car les grands singes  - à cause, peut-être , d'une fausse idée du propre de l'homme - pourraient avoir disparu avant que toute la lumière soit faite.             

             

 

 

        

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau

Date de dernière mise à jour : 12/02/2015