Paléoanthropologie1

INTRODUCTION

La paléoanthropologie ( définition restreinte ) : Cette science  vise à identifier l'histoire des populations du passé à partir des restes osseux humains. Plusieurs thématiques peuvent être abordées grâce à elle : paléodémographie, état sanitaire, activités, proximité biologique entre individus ou populations, alimentation, origines et déplacement des personnes.

 

Avant propos de Pascal Picq (maître de conférences à la chaire de paléoanthropologie et préhistoire du collège de France)

Orrorin, tel est le nom du fossile du millénaire , annoncé à la fin de l'an 2000. Il provient des sédiments du Kenya agés de 6.000.000 d'années et, de ce fait, vient confirmer l'hypothèse des origines de la lignée humaine , qui s'enracinerait dans la partie orientale de l'Afrique, à l'est des vallées du rift, la célèbre East Side Story d'Yves Coppens.

Et puis voilà qu'arrive Toumaï, un autre fossile trouvé en quelque sorte du mauvais côté du rift, à 2500 kilomètres à l'ouest.

Annoncée au début de l'été 2002, cette découverte considérable nous oblige à repenser toutes les idées que nous avions sur les origines de notre lignée évolutive. Que d'os, que d'os ! On ne cesse de produire de nouvelles découvertes . Au cours des quinze dernières années, une déferlante de fossiles et d'études a ainsi doublé le nombre d'espèces de la famille des ancètres de l'homme. Pourtant, on est loin de nos surprises car, autant le dire d'emblée , on ne connaît qu'une toute petite partie de notre histoire évolutive.

C'est là un des paradoxes les plus troublants concernant la quète de nos origines. La Paléoanthropologie - la discipline scientifique qui étudie l'évolution de l'homme - traque nos ancètres fossiles depuis un siècle et demi. Elle répond au besoin universel de savoir " ce que nous sommes "  . Mais ce faisant, elle reste profondément influencée par nos mythes séculaires, nos croyances religieuses et nos constructions philosophiques. Notre conception de la place de l'homme dans la nature  comme de son évolution, se fige obstinément sur une vision anthropocentrique du monde, venue de la pensée grecque classique, adossée à l'échelle des espèces ( scala naturae )  héritée du Moyen Age.  Ce que l'on appelle encore le processus de l'hominisation était déjà inscrit dans nos représentation bien avant la découverte en 1856 de l'homme de Néandertal, le premier fossile humain reconnu comme tel. D'une certaine manière , moins on avait de fossiles, plus on croyait tout savoir sur l'homme.

Dans l'état actuel de nos connaissances, on dénombre une vingtaine d'espèces fossiles, et plus d'hypothèses encore sur nos origines et notre évolution. D'un point de vue strictement scientifique , nous ne connaissons, en effet, qu'une partie de l'arbre évolutif des hommes et des grands singes africains. Certes, nous savons qu'il s'enracine en Afrique.Mais des pans entiers continuent toutefois de nous échapper , et beaucoup reste à découvrir. Mais ce que nous commençons à percevoir bouleverse toutes les conceptions classiques de l'homme et de sa place dans l'histoire de la vie. Le schéma tristement linéaire et hiérarchique qui fait se succéder une série d'ancêtres alignés entre le Chimpanzé et l'homme n'est plus. La vision progressiste, qui associe une bipédie de plus en plus perfectionnée, un cerveau de plus en plus grand, des mains de plus en plus habiles et des outils de plus en plus diversifiés, vole en éclats. Notre évolution n'est pas singulière, mais mosaïque , plurielle, buissonante. Pour toutes les périodes connues, celles pour lesquelles nous disposons d'une documentation fossile, on constate que des australopithèques, des Paranthropes, des hommes ont étés contemporains. Autrement dit, les bipédies et les gros cerveaux s'expriment selon diverses modalités chez l'homme moderne comme chez ses ancêtres. Il en va de même pour toute correspondance étriquée entre un type d'homme fossile et une culture préhistorique qui est devenue pareillement obsolète. L'usage de l'outil comme l'invention de la pierre taillée précède l'émergence du genre Homo . L'outil ne fait donc pas l'homme, mais ce sont des hominidés qui font des outils. on observe aussi que certaines cultures sont partagées par plusieurs espèces de paranthropes et d'hommes alors que certaines espèces se trouvent associées à plusieurs cultures . Notre évolution se place sous le signe de la diversité et l'homme moderne - nous en l'occurence - constitue les derniers représentant d'une grande histoire évolutive dont on appréhende à peine la richesse.

Certes, une grande partie reste pour l'heure enfouie dans les profondeurs obscures des périodes encore avares de fossiles . Mais dès que les sédiments livrent leurs vestiges de nos ancêtres, on constate la coexistence de plusieurs espèces. Il y a seulement 35.000 ans , les hommes de Néandertal et de Cro-Magnon cohabitaient en Europe. Deux espèces biologiquement distinctes partageant la même humanité. Il en fut ainsi tout au long de notre évolution. En fait c'est notre situation actuelle - une seule espèce représentant toute une famille évolutive - qui se révèle aberrante . C'est ce que les fossiles viennent nous dire. Ils nous conduisent à repenser notre place dans l'histoire de la vie.

Pascal Picq nous invite dans ce texte à tenter l'objectivité, à laisser notre anthropocentrisme de côté et à digérer les derniers restes de notre blessure narcissique consistant en la négation scientifique de la mise de l'homme au centre et au sommet de la nature pour les siècles des siècles. Ce genre de considération s'approche dangereusement de la " croyance " et si celle-ci doit être respectée, elle ne doit pas participer à la démarche scientifique.

Dans les premières pages de son livre  " Au commencement était l'homme - 2013 " Pascal Picq fait mention de la prédiction de Charles Darwin, quant à l'origine de l'homme, dans son ouvrage " La filiation de l'homme en relation avec la sélection sexuelle - 1871 ".

Charles Darwin y suggère que les origines de la lignée humaine se trouvent en Afrique . Il considère en effet que l'espèce vivante la plus proche de l'homme dans la nature actuelle est le Chimpanzé. Comme ces grands singes vivent sur ce continent, la séparation entre notre lignée et la leur s'y est donc accomplie. Mais reste à en trouver les preuves.

Celles ci seront exhumées en 1959, dans les gorges d'Olduvaï en Tanzanie . C'est là que Louis et Mary Leakey, couple légendaire, prospectent les terrains fossilifères d'Afrique à la recherche des plus anciens vestiges des origines de l'homme . Ils y découvrent les plus anciens outils en pierre taillée  à côté d'un fossile d'australopithèque appelé en la circonstance Zinjanthrope, ce qui signifie " l'homme de la Tanzanie " . Cette découverte décrite comme la " bombe d'Olduvaï " , marque un tournant majeur dans l'histoire de la paléoanthropologie .

L'évènement ouvre une ère nouvelle dans les recherches sur les origines de l'homme. Il suscite l'organisation d'une dizaine d'expéditions internationales dont certaines aligneront une vingtaine de campagnes . C'est la " ruée vers l'os " qui connaîtra deux décennies prodigieuses jusqu'en 1977 pour reprendre de plus belle au cours des années 1990.

Aujourd'hui, les preuves fossiles de notre évolution s'accumulent et reposent sur une collection de plusieurs centaines d'individus, appartenant à moins d'une vingtaine d'espèces. Mais il s'agit de notre évolution et non pas de nos origines . Cette évolution s'étend sur cinq millions d'années. Avant on a peu de fossiles si ce n'est Orrorin tugenensis, le " fossile du millénaire " et Toumaï. Constat amer, on ignore comment a débuté l'histoire évolutive de notre lignée . En d'autres termes, on ne connaît pas l'état de nos origines.  

La paléoanthropologie s'attèle à la reconstitution de nos origines :

Ces origines s'entendent içi comme l'état du dernier ancètre commun à la lignée des chimpanzés et des hommes actuels, soit respectivement les paninés et les homininés. Il est impossible d'évoquer nos origines sans mentionner les chimpanzés et les autres grands singes. En effet l'intuition de Darwin est maintenant fermement étayée par les études en anthropologie moléculaire . Cette discipline scientifique a pour objet de comparer le matériel génétique des différentes espèces et d'établir leurs relation de proximité . Ce que l'on appelle la " systématique moléculaire " s'efforce de construire des arbres de parenté entre les espèces étudiées. La majorité des travaux indiquent que les chimpanzés sont plus étroitement apparentés à nous qu'aux gorilles. Cela signifie que nous partageons avec eux un dernier ancêtre commun exclusif.    

             

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Date de dernière mise à jour : 05/03/2015