Paléoanthropologie 9

 

L'évolution du genre Homo entre 1,8 et 0,7 million d'années

 Cette période ( inclue dans le pléistocène ancien 2,6 à 0,781 Ma) correspond plus ou moins à l'étage géologique du Calabrien

C'est une période marquée par l'affirmation de cycles glaciaires , dont les fréquences et effets affectent l'évolution des communautés écologiques. L'alternance des sécheresses en Afrique sonne le déclin des homininés à partir de 1,5 million d'années . Les Homo habilis et Homo rudolfensis disparaissent avant 1,6 million d'années . Il en est de même pour les paranthropes vers 1,2 million d'années , une autre époque marquée par les refroidissements notables. Désormais , notre lignée évolutive n'est plus représentée que par le genre Homo répandu sur les trois continents de l'ancien monde.

Les bandes d'Homo ergaster occupent toute l'Afrique et les parties méridionales de l'Europe et de l'Asie . Leurs migrations dépendent des variation latitudinales des climats au gré des périodes climatiques. De petites populations se trouvent plus ou moins isolées . Certaines finissent par disparaître, d'autres connaissent des dérives génétiques . Cette période de notre évolution longue de 1 million d'années reste mal connue puisque documentée par de rares fossiles.

Les vestiges archéologiques délimitent deux grandes régions. L'une, située à l'est d'une ligne qui part de l'Europe du Nord pour rejoindre le continent indien se caractérise par le maintien de cultures sur galets et blocs aménagés. L'autre à l'Ouest de cette ligne est marquée par l'expansion de l'Acheuléen . Du côté des hommes, on admet que les premiers Homo ergaster sortis d'Afrique , et porteurs de techniques oldowayennes, s'installent en Asie et evoluent vers des hommes appelés Homo erectus .Quelques milliers d'années plus tard, c'est le tour d'autres  Homo ergaster, porteurs de cultures acheuléennes. Ils deviennent les Homo heildelbergensis. Un tel schéma paraît cependant trop simple  et trop rigide  pour être vrai. D'autre part, cette partition culturelle ne repose que sur la caractérisation très formalisée des cultures lithiques et tend à être remise en cause. Enfin, ce schéma évoque une division entre l'Est et l'Ouest et oublie les mouvements Nord-Sud. Mais ce schéma , très grossier, est le seul capable de rendre compte de l'état très fagmentaire de nos connaissances au cours de cette longue période. 

Homo erectus, Homo heildelbergensis et les autres 

Classiquement, Homo erctus au sens large regroupe tous les hommes fossiles compris entre 1,8 et 0,3 million d'années, soit tout le Pléistocène ancien et la moitié du Pléistocène moyen. Il représente un tronc commun du genre Homo relativement stable pendant 1,5 million d'années. Mais actuellement les paléoanthropologues décrivent plusieurs branches dont l'évidence n'est pas clairement établie.

Homo erctus au sens strict réunit les formes asiatiques . On retrouve les hommes de Java ou pithécanthropes , les hommes de Pékin ou sinanthropes et d'autres fossiles trouvés en Inde. . Ils se caractérisent par l'acquisition d'un squelette hyperossifié et très massif. L'épaisseur des os du crâne est considérable . La boîte cranienne renferme un cerveau de 900 à 1100 cc. Sa voûte cranienne est basse. Les parois latérales du crâne convergent vers le haut pour former une carène. L'occiput est anguleux et barré par un torus occipital.La base du crâne reste peu fléchie. La région sus-orbitaire présente un torus continu et volumineux qui est séparé par un sillon post orbitaire de l'écaille du frontal chez les formes de Chine ( Homo erectus pekiensis) ou en continuité chez les formes indonésiennes  ( Homo erectus erectus ). Les lignes temporales sont écartées et soulignées par des crêtes. La constriction post-orbitaire  est réduite, en accord avec une réduction des muscles masticateurs. La face apparaît impressionnante en raison du développement des pommettes massives et plates ( région sous-orbitaire ). La racine de l'arcade zygomatique s'insère très bas et très en avant  ( crâne Sangiran 17 de Java ). On note la présence d'une fosse canine. Comme pour les formes robustes d'homininés, il n'y a pas de clivus nasoalvéolaire. La mandibule est robuste . Pour auttant, la taille des arcades dentaires est sensiblement réduite par rapport à celle des homininés plus anciens . Les homo erectus pekiensis apparaissent plus modernes pour tous ces caractères  : base du crâne plus fléchie , fosse canine plus marquée , parois du nez verticales . Sur la base de ces différences régionales , on peut admettre deux sous espèces, homo erectus pekiensis et homo erectus erectus. Les premiers finissent par évoluer vers des formes qui se rapprochent des hommes modernes . Les seconds poursuivent leur évolution vers des formes hyper-erectus . En dépit de ces différences régionales, leur évolution générale se manifeste par une augmentation de la capacité crânienne et une réduction de la taille de la face . Le squelette postcrânien ressemble au nôtre, mais plus robuste et très ossifié.

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L'histoire évolutive de la branche qui conduit d'Homo ergaster à homo heildenbergensis se déroule en Afrique , en Asie occidentale et s'étend en Europe. En Afrique, on connaît très peu de fossiles , sur une période longue de 1 million d'années, avant l'émergence de ceux de Kwabe, Bodo, Ndutu, Ngaloba ou encore Thigenif, ainsi que la découverte récente des fossiles de Herto, en Ethiopie . Au proche orient, on trouve l'homme de Zuttiyey. En Europe des découvertes récents permettent de suivre l'émergence d'une branche avec les fossiles de Ceprano, de Gran Dolina et de Mauer, qui amorcent la lignée des hommes de Néandertal. Une autre branche d'Homo heildelbergensis aurait poussé jusqu'en Asie d'après le crâne de Dali en Chine .

Le taxon Homo heildelbergensis , provient de la description en 1908 de la mandibule de Mauer, près de Heildenberg, en Allemagne. Actuellement, il recouvre une grande partie des fossiles du genre Homo du pléistocène moyen ( 700.000 à 125.000 ans)en Afrique, en Europe et dans la partie occidentale de l'Asie . Bien que le fossile de référence soit européen, ses origines sont africaines . Sans qu'il soit possible d'affirmer qu'il s'agit vraiment d'une autre espèce, il recouvre une grande partie des fossiles qui annoncent les hommes plus récents du pléistocène moyen, qui, comme les homo erectus tardifs de la même époque se caractérisent tous par une même tendance évolutive avec l'acquisition d'un cerveau d'une capacité d'environ 1200 cc.

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Depuis Homo ergaster  jusqu'à l'émergence de ces hommes plus récents , on note une première phase évolutive qui conduit à une massification du squelette . La morphologie du crâne devient spectaculaire à cause d'un torus sus-orbitaire continu très épais . Bien plus tard , on voit ce torus s'amincir et se subdiviser en plusieurs parties . Un processus comparable affecte l'os occipital. Puis, à partir de la seconde moitié du pléistocène moyen , la taille du cerveau augmente de manière significative , le front se dresse et la face s'allège . On s'interroge sur la signification du genre Homo qui commence par des formes " élancées " africaines , homo ergaster , puis passe par une phase robuste avant de connaître une phase de gracilisation plus ou moins marquée selon les régions de l'Ancien Monde. Certains paléoanthropologues pensent qu'une lignée plus gracile se perpétue dans sa partie occidentale ( branche Homo ergaster-Homo heildelbergensis ) alors que la branche asiatique connaît cette phase de massification du squelette ( Homo ergaster-Homo erectus). Mais un tel schéma est loin d'être simple puisque des formes robustes sont connues en Afrique , comme le crâne OH 9 d'Olduvaï daté de 1,2 millions d'années. A moins d'imaginer des migrations depuis l'Asie vers l'Afrique voire vers l'Europe , ce qui est plausible pour des hommes aussi mobiles. Quand à l'Asie orientale , on relève des différences locales qui, pour certaines , peuvent résulter de dérives génétiques , comme à Java. A l'opposé, d'autres paléoanthropologues pensent que toutes ces populations, dont les vestiges restent peu nombreux  pour des périodes aussi longues, ne représentent q'une seule espèce, Homo erectus  au sens large , et ancêtre de tous les hommes plus récents, rangés eux aussi dans une seule et même espèce. Manifestement , l'histoire évolutive du genre Homo est loin d'être éclaircie.

Déclin des homininés et expansion du genre Homo

La longue période qui commence avec l'émergence de Homo ergaster jusqu'à l'apparition des hommes les plus récents, ceux de Néandertal et de Cro-magnon s'inscrit dans un contexte très perturbé. Les fluctuations climatiques et les migrations des bandes très mobiles compliquent considérablement la tâche des préhistoriens et des paléoanthropologues. Le déplacement de populations de faible effectif peuvent conduire à des extinctions très rapides ou à des dérives génétiques propices à l'apparition de différentes branches . Mais dans ce cas il faut des ruptures de flux génétiques suffisamment longues . Cela se conçoit plus aisément dans des isolats géographiques , mais non pas aussi facilement sur des continents en raisons de migrations de ces populations soumises aux variations climatiques provoquées par les glaciations.

L'expansion du genre Homo se réalise dans le cadre du déclin des homininés. Les seuls survivants de notre famille sont ceux qui se sont affranchis de leur dépendance au monde des arbres. Depuis homo ergaster, l'homme est le seul grand singe capable de migrer . C'est au cours de cette période que s'affirment les caractéristiques évolutives de notre lignée : une taille corporelle importante ; une augmentation du volume cérébral ( de 800 à 1200 cc ) ; une régression de la taille de la face et de l'appareil masticateur ; une réduction de la différence de taille entre les hommes et les femmes. Cette évolution biologique s'inscrit dans le cadre d'une adaptation qui repose de plus en plus la capacité à transformer les 0ressources de l'environnement. Les outils deviennent plus diversifiés avec l'affirmation de faciès régionaux . La taille d'outils sur éclats apparaît vers 300.000 ans ( technique Levallois) en plusieurs endroits d'europe et d'Afrique . Les abris construits deviennent plus complexes et la maîtrise du feu conduit à l'apparition de véritables foyers aménagés vers 550.000 ans . C'est au moyen de l'affirmation de ces tendances que se dessinent les origines des hommes de Néandertal et de Cro-magnon.       

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Date de dernière mise à jour : 08/03/2015