Paléoanthropologie 4

Les différentes espèces d'Australopithèques

Les 5 espèces d'australopithèques présentées se situent, on l'a dit, entre 4,2 et 2,5 millions d'années ( Pliocène ) et se répartissent selon un arc qui entoure l'Afrique centrale et sa grande forêt tropicale. Une est sensiblement plus ancienne , A.anamensis, les 3 autres contemporaines , A.afarensis, A.africanus, A.Bahrelghazali et une dernière plus récente A. garhi .

AUSTRALOPITHECUS ANAMENSIS ou l'Australopithèque du lac

Décrit en 1995 par Meave Leakey et son équipe, c'est le plus ancien australopithèque connu. Ses restes fossiles proviennent de deux sites du Kenya, Kanapoi et Alia bay,datés respectivement de 4,2 et 3,9 millions d'années. Sa mandibule, de morphologie archaïque , est robuste et ses molaires couvertes d'un émail épais en font un australopithèque. En revanche, les parties connues du squelette  locomoteur s'accordent pour dépeindre un homininé bon marcheur et se déplacant peu dans les arbres. La combinaison des caractères archaïques du crâne avec ceux, plus dérivés du squelette locomoteur est déconcertante. 

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AUSTRALOPITHECUS AFARENSIS ou l'australopithèque de l'Afar 

L'espèce est créée en 1978 par Johanson, White et Coppens à partir des fossiles récoltés dans la région de l'Afar en Ethiopie et celle de Laetoli en Tanzanie.L'échantillon comprend des centaines de pièces correspondant à une trentaine d'individus. Les fossiles les plus remarquables sont Lucy ou AL 288 trouvé en 1974 et le crâne AL 444-2 mis au jour en 1994. Ces australopithèques sont connus en Afrique orientale entre 4,1 et 3 millions d'années. 

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Commentaire : les " australopithèque de l'afar" sont les mieux connus. Leur face robuste annonce  les australopithèques encore plus adaptés à la mastication de nourritures coriaces. Leur squelette locomoteur décrit des aptitudes à la suspension et au grimper dans les arbres comme d'autres pour la marche bipède. Mais ils ne peuvent courir dans cette attitude

Remarque : Depuis la découverte de l'espèce Australopithecus afarensis par Donald Johanson, Tim White et Yves Coppens en 1978, il y a eu une prolifération d'hypothèses concernant la phylogénie des hominidés. Récemment, à l'appui d'une analyse cladistique, Strait et ses collaborateurs ont montré que  Australopithecus afarensis apparaissait comme le groupe frère de  toutes les autres espèces d'hominidés et ne pouvait être classé parmi  les australopithèques. Selon les règles de nomenclature internationale  et pour des raisons d'antériorité, le nom de Praeanthropus africanus (Weinert, 1950) est proposé pour cet ensemble 

Cette distinction générique entre A. afarensis et les autres espèces d'australopithèques ainsi que l'hypothèse d'une lignée indépendante avaient été énoncées par Yves Coppens dès 1981. Cet hominidé plus ancien et plus primitif  que les australopithèques a été nommé par cet auteur de façon informelle Pré-Australopithecus.

Des distinctions d'ordre générique peuvent être observées entre les spécimens attribués à Pré-Australopithecus (Praeanthropus africanus ou A. afarensis) et ceux alloués au genre Homo.

Pré-Australopithecus  est un genre de petite taille qui se distingue des spécimens attribués  au genre Homo par de nombreux caractères anatomiques. La face  des préaustralopithèques est très projetée en avant, notamment au niveau de la région alvéolaire de l'os maxillaire, le sillon au dessus de l'orbite est absent, le palais est long et peu profond. Le squelette facial présente de grandes crêtes (ou piliers) au niveau des canines et de fortes dépressions  en arrière de celles-ci, les os nasaux ne sont pas saillants et aucune  épine n'est observée au niveau de la partie inférieure de l'ouverture  nasale. La région de la nuque est courte et fortement inclinée, une  crête temporo-nuchale peut être observée dans la région occipitale chez  les spécimens de grande taille. Les apophyses mastoïdes sont grandes, étendues latéralement et orientées médialement. Au niveau de la base du crâne, le tubercule permettant l'articulation de la mandibule est constituée par une seule surface articulaire plane dont la longueur   est supérieure à la largeur. L'os tympanique est plan et le foramen  magnum est en position antérieure par rapport à la ligne joignant les deux conduits auditifs externes.

La branche mandibulaire  est large et basse, la partie antérieure de la mandibule est arrondie et l'arcade dentaire est subrectangulaire.

Au niveau de la dentition, un tubercule est présent au niveau de la base de la face  interne des incisives supérieures, la première molaire inférieure ne  présente qu'un seul tubercule (cuspide). Un espace peut être observé,  chez certains spécimens, entre d'une part la deuxième incisive et la canine supérieure et d'autre part la canine et la première prémolaire inférieure.

Pour ce qui concerne les éléments postcrâniens, les préaustralopithèques se caractérisent  par un fémur présentant une échancrure entre les deux condyles fémoraux  rectangulaire, plus haute que large.

Certains spécimens  attribués aux préaustralopithèques présentent toutefois certaines similitudes morphologiques avec les premiers représentants du genre Homo. Celles-ci ont été observées sur l'humérus de Hadar (AL 33-29), le radius  (AL 333W33), le fémur (AL 333-4), le tibia (AL 333x26), l'axis (AL 333-101) et au niveau de la mandibule (LH 4, AL 333-w60, AL 400-1).

Texte de la remarque écrit par Sandrine Prat ,chargée de recherche au C.N.R.S in " dossiers cnrs" 

AUSTRALOPITHECUS AFRICANUS ou l'australopithèque d'Afrique du sud

C'est la première espèce d'australopithèques décrite par Raymond Dart en 1925. Connus entre 3,5 et 2,5 millions d'années, donc sensiblement plus récents que les A. afarensis, les A. africanus présentent des caractères plus dérivés pour l'anatomie du crâne. Le squelette post crânien est bien connu grâce aux fossiles Sts 14 et Stw 573 ou Little foot de Sterkfontein 

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Commentaire : Les premiers ont été découverts en 1924. Leur nom signifie le " singe de l'afrique australe ". Comparés à ceux de l'Afar, ils ont un crâne, des dents et un appareil masticateur plus spécialisés pour mastiquer efficacement . Leur squelette locomoteur conserve des aptitudes à la suspension et au grimper dans les arbres, alors que la morphologie de la cheville semble plus dérivée. 

Le premier Australopithecus africanus est représenté par le crâne de l'enfant de Taung découvert par R.Dart en 1924. D'autres crânes de même espèce ont été trouvé dans les sites de Sterkfontein et Makapansgat.Les datations s'étendent de 3,3 millions d'années pour le dernier squelette de Sterkfontein le plus ancien à 2,5 millions d'années.Le           plus complet, Sts 5 ou Mrs Ples (Figure 1) découvert par R. Broom et T.Robinson en 1947 à Sterkfontein. C'est un crâne avec un fort prognatisme. La même année fut trouvé sur le même site , Sts 14 constitué d'un pelvis avec des ailes iliaques larges, un sacrum incomplet avec une articulation sacro-iliaque étroite, un ensemble de 13 vertèbres dont 6 lombaires et 4 côtes incomplètes. Un autre crâne Sts 71 montre une demi-face et un demi-crâne du côté droit. Il est plus globulaire que Sts 5, sa capacité crânienne a été évaluée à 428 cm3 .

La  capacité crânienne moyenne pour six crânes est de 452 cm3 . Un grand nombre d'os du postcrânien et notamment des os de pieds ont été trouvés sur le site de Sterkfontein. L'ensemble de ces os peut être partagé en deux types :

- le premier regroupe des os dont les caractéristiques anatomiques suggèrent des possibilités de préhensilité du pied donc de locomotion arboricole ; par exemple des phalanges longues, plates et fortement incurvées et une articulation du 1er métatarsien permettant l'écartement du 1er rayon du pied par rapport aux autres orteils ; les Hominidés auxquels appartenaient ces os devaient utiliser une forme de bipédie du genre de celle que pratiquent les grands singes actuels ;

-   le second type serait constitué d'os appartenant à des pieds qui auraient  présenté une voûte plantaire ce qui laisse supposer un mode de locomotion bipède de type humain . Les Hominidés concernés par ce type pourraient être des Homo primitifs. 

AUSTRALOPITHECUS BARHELGHAZALI ou l'australopithèque de la rivière aux gazelles

Décrit en 1995 par Michel Brunet et son équipe, cet australopithèque est le seul découvert à l'ouest du rift. Il se réduit à la partie antérieure de la mandibule munie de quelques dents. Mais cette seule pièce suffit à démontrer la dimension panafricaine de la biogéographie des australopithèques.

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 Au Nord Tchad, dans l'erg dunaire du Djourab , la Mission Paléoanthropologique Franco-Tchadienne (MPFT) mettait au jour, le 23 janvier 1995, Abel le premier Australopithèque connu à l'Ouest de la vallée du Rift . La faune associée (Poissons chats, Perches du Nil, Tortues, Serpents, Crocodiles,         Oiseaux, Éléphants, Hyènes, " Loutres " géantes, Chats sauvages, Chevaux tridactyles, Rhinocéros, Hippopotames, Suidés, Antilopes, etc…) permet de proposer un âge biochronologique compris entre 3,5 et 3 Ma.

Flore et faune indiquent une mosaïque de paysages allant de la forêt galerie à une savane arborée parsemée de prairie herbeuse.

Connu par sa mâchoire inférieure et une prémolaire supérieure, Abel possède une association originale de caractères primitifs et dérivés qui ont conduit à le considérer comme le représentant d'une nouvelle espèce Australopithecus barhelghazali Brunet et al., 1996 (le préhomme de la rivière aux Gazelles).

 

 

Parmi  ses caractères les plus marquants il faut citer : une mâchoire inférieure à corps trapu mais raccourcie à l'avant  avec une symphyse mandibulaire sub-verticale  ; des dents à émail épais ; une canine forte à crête linguale mais à couronne très asymétrique (incisiforme) ; des prémolaires  inférieures à trois racines  mais déjà très molarisées, la première (P/3) bicuspide et la seconde (P/4) quadrangulaire sub-molariforme. Les prémolaires supérieures sont également triradiculées. 

Entre autres, par sa mâchoire déjà très raccourcie antérieurement et son arcade dentaire parabolique, Abel est plus dérivé que A. anamensis ou  A. afarensis (Lucy) et peut, dans l'état actuel des connaissances, être considéré comme un bon candidat ancêtre, parmi d'autres (A. africanus, A. gahri), des premiers représentants du genre Homo.

Depuis leur première découverte en Afrique du Sud (1925) jusqu'à la mise au jour d'Abel en 1995, les Australopithèques n'étaient connus qu'en Afrique australe et orientale. Cette distribution géographique singulière associée à l'absence de grands singes fossiles et au fait que les préhumains les plus anciens ne soient connus qu'à l'Est du Rift ont conduit à proposer un paléoscénario nommé East Side Story par Y. Coppens (1983).

La découverte d'Abel à 2500 km à l'Ouest de la Rift Valley conduit à reconsidérer cette hypothèse et montre que très tôt, au moins dès 4 Ma, notre histoire a été panafricaine.

Michel Brunet,   Professeur  Directeur UMR CNRS et Laboratoire de Géobiologie, Biochronologie et Paléontologie humaine          

Faculté des Sciences - Universités de Poitiers   

AUSTRALOPITHECUS GARHI ou l'australopithèque " surprise "  

Le dernier découvert parmi les australopithèques et décrit en 1995 par B.Asfaw, puis ses collaborateur en 1999. Il provient de la vallée moyenne de l'Awash en Ethiopie et ses caractères comme son âge , 2,5 millions d'années, en font une surprise qui se dit garhi en langue afar.

Scan0050Scan0051 Article du journal " Libération "  du 27 avril 1999 par Dominique Leglu

 

En lui ayant donné l'étiquette de garhi, c'est-à-dire «surprise» en

langue afar, l'équipe américano-nippo-éthiopienne a manifesté le vif intérêt qu'elle a immédiatement porté à son nouveau fossile de 2,5 millions d'années. Et c'est avec éclat qu'elle l'introduit dans Science (1): il s'agirait non seulement d'une «nouvelle espèce d'australopithèque», mais, mieux, d'un «candidat» à la lignée très prisée des «ancêtres des premiers Homo». En bref, Australopithecus garhi, ancêtre de l'homme et fils de Lucy, ou le nouveau venu avec qui il va falloir compter.

Les ossements ont été retrouvés en Ethiopie, non loin du village de Bouri, au nord-est d'Addis-Abeba, dans une zone baptisée Hata. De premiers éléments dès 1990, mais les plus intéressants, morceaux de crâne avec dents, puis fémur et humérus, en 1996. Ces deux derniers, en particulier, ont été découverts par l'un des paléoanthropologues-stars du domaine, l'Américain Tim White (université de Berkeley, Californie).  Voici comment il voit Australopithecus garhi: «Il y a 3 millions d'années, il y a une espèce, celle de Lucy, l'australopithèque de l'Afar.  A l'autre bout de la "boîte noire (2), voilà 2 millions d'années, il y en a trois (Homo et deux lignées éteintes). Avec garhi, nous avons le crâne d'une de ces créatures, présentant une dentition plus forte que celle de Lucy mais ­ ce qui est surprenant ­ pas un cerveau plus gros.»  Autrement dit, selon White, les tout premiers Homo qui apparaissent «vers 2,3 à 2 millions d'années» auraient évolué à partir d'un australopithèque, «peut-être ce garhi que nous connaissons maintenant».  Un hominidé qui aurait quelque chose de l'homme côté crâne, mais du singe côté bras: de bien grands bras par rapport aux fémurs, du genre de ceux des primates qui se suspendent aux arbres. Cet individu aurait pu ­ ce n'est pas certain ­ être de ces charognards d'antan, arrachant à l'aide d'outils de pierre la viande des os d'animaux morts et en suçant la moelle.

L'enthousiasme baisse d'un cran de ce côté-ci de l'Atlantique. Même si Pascal Picq (Collège de France) estime ce fossile «très important» ­ crâne plus fémur et humérus de cet âge sont extrêmement rares ­, il ne le voit pas en ancêtre de l'homme. Au su des détails anatomiques, il le renvoie chez un «groupe frère», les «paranthropes», lignée parallèle à celle des hommes. Garhi lui fait penser à ces australopithèques robustes dotés d'un «appareil masticateur» de premier choix, capable de broyer les «racines des plantes», nourriture qui, incidemment, «permettait de bien résister pendant des périodes de sécheresse». Pour Picq, une chose est sûre: avec tous ces fossiles qui s'accumulent dans la famille australopithèque, on voit bien que celle-ci a connu des «âges d'or» (le premier entre 4 et 3 millions d'années, le second entre 2,5 et 1 million d'années), où les espèces abondent et se diversifient. Garhi tombant dans la période de transition. Reste qu'il y a un sérieux ménage à faire. Il faut redéfinir les noms et les groupes d'espèces, après des années de nomenclature imprécise. Prudence, donc, avant d'affirmer qu'on tient là un arrière grand-père pour de bon.

(1) 23 avril 1999.

(2) Une longue période d'environ un million d'années, sans restes fossiles.

 

 

 

 

 

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Date de dernière mise à jour : 24/02/2015