Paléoanthropologie 10

V. NEANDERTAL SOLO ET LES AUTRES

L'expansion du genre Homo conduit des populations humaines dans des régions du monde qui s'étendent toujours plus vers les latitudes septentrionales . Leurs cultures et leurs technologies leur permet de s'installer pour des durées plus longues . Certaines finissent par connaître des périodes d'isolement géographique provoquées par l'expansion des glaciers et la variation du niveau des mers . C'est ainsi qu'émerge la lignée néandertalienne en Europe . Ailleurs, comme en Indonésie , l'isolement insulaire aboutit aux hommes de Solo.

Des hommes arrivent en France entre 1 et 1,5 million d'années et finissent par s'y installer de façon plus pérenne à partir de 700.000. La taxonomie de ces hommes reste très incertaine , on évoque Homo heildelbergensis, Homo antecessor,ou encore Homo erectus. Pour le début du Pléistocène moyen, ce sont les hommes de Ceprano en Italie, de Gran Dolina ( 6 individus dont un enfant  ) en Espagne, de Boxgrove en Angleterre ou encore de Mauer en Allemagne. Le plus simple est d'évoquer une branche européenne du genre Homo qui évolue vers les hommes de Néandertal . On les appelle donc des pré-Néandertaliens.

L'évolution de cette lignée est la mieux connue de toutes celles des homininés. On suit l'émergence puis l'affirmation des caractères propres aux néandertaliens grâce à une série de crânes trouvés dans toute l'Europe jusqu'à une latitude correspondant au nord de l'Allemagne  ( 52 ' de latitude Nord ). Après les fossiles cités plus haut, on trouve ceux de Tautavel en france, de Petralona en Grêce, de Steinhem en Allemagne , de Vertes zöllos en Hongrie et d'Atapuerca ( Sima de Los Huesos ) en Espagne ( entre 400.000 et 250.000). Leurs faces portent des caractères qui préfigurent celles des vrais Néandertaliens . Puis, plus récents, les fossiles de Biarche Saint -Vaast en France, de Saccopastore en Italie et de Krapina en Croatie appelés Néandertaliens anciens. Puis ce sont les Néandertaliens classiques entre 90.000 et 35.000 ans.

Au cours de cette évolution, le crâne devient très volumineux avec l'acquisition d'un cerveau de plus de 1600 cc. En vue latérale, sa forme générale tend à s'allonger entre une face projettée vers l'avant et un occiput étiré vers l'arrière. Le prognathisme facial entraîne les arcades dentaires en position avancée de telle sorte qu'un espace sépare la dernière molaire de la branche montante de la mandibule  ( l'espace rétromolaire ) . La symphyse de la mandibule est verticale et dépourvue d'un véritable menton. Les os du nez sont grands, renflés et tournés vers l'intérieur de la cavité nasale . Les marges latérales de l'orifice nasal sont minces et projettées vers l'avant. La partie moyenne de la face qui s'étend sous les orbites , forme un plan continu qui part des marges de l'orifice nasal pour se prolonger vers l'arcade zygomatique . Il n'y a pas de pommette saillante ni de fosse canine comme chez les autres hommes . Cette morphologie très " dérivée" se caractérise par un maxillaire dit " en expansion " qui confère un aspect très lissé à la face . Au cours de cette évolution , la face des pré-Néandertaliens devient plus volumineuse alors que la taille des dents et des muscles masticateurs régresse . Cela est dû à l'expansion des sinus maxillaire et, pour le partie supérieure de la face des sinus frontaux . La région sus-orbitaire reste importante bien que plus gracile que chez les hommes plus anciens . Elle se divise en deux arcs surplombant chaque orbite avec une dépression au dessus du nez . L'évaille du frontal est inclinée et fuyante , comme l'ensemble de la boîte crânienne . En vue postérieure , celle-ci a un profil dit "en bombe" car ovale . Celà signifie que sa plus grande hauteur se situe à mi-hauteur . L'occipital s'étire vers l'arrière pour former un "chignon". Il porte un grand bourlet avec une fossette caractéristique appelée " fosse sus-iniaque ". 

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Les caractères néandertaliens s'installent progressivement au coeur du pleistocène moyen. Ils se manifestent d'abord au niveau de la face, puis de l'occiput et ensuite sur les paroi latérales du crâne. Pour autant, ils n'apparaissent pas de concert. Selon les crânes, les caractères de la face apparaissent plus tôt que ceux de la boîte crânienne et inversément, comme celui de Petralona. C'est une évolution en mosaïque qui se stabilise avec l'apparition de Néandertaliens proprement dits vers 90.000 : Homo neanderthalensis .

La bipédie des Néandertaliens est comparable à la nôtre, plus précisément à celle des autres hommes contemporains. Le squelette postcrânien est robuste. Il porte de fortes d'insertions musculaires. Les proportions corporelles donnent l'image d'un homme d'une taille d'environ 1,60 m et râblé. Les membres sont relativement courts , notamment dans les parties distales. Cette morphologie se rencontre chez des espèces ayant évolué sous des climats rigoureux. Les membres sont plus courts  et plus massifs, ce qui limite les déperditions de chaleur ( Loi d'Allen ). L'aspect massif du corps des Néandertaliens se retrouve dans les dimensions importantes du bassin et du buste " en tonneau" Les omoplates portent des crêtes osseuses développées en relation avec une musculature scapulaire puissante. Les Néandertaliens et leurs ancêtres immédiats avaient des masses corporelles importantes , supérieures à 80 kg, ce qui répond aussi à une adaptation aux climats froids ( Loi de Bergman ).

L'adaptation des Néandertaliens

Leurs proportions corporelles s'accordent avec une évolution sous des climats rigoureux. Leur allure diffère considérablement de celle de leur lointains ancêtres  Homo ergaster très longilignes. On a aussi évoqué une adaptation au froid pour expliquer la morphologie si particulière de leur face. Un grand nez saillant et de grands sinus ont été considérés comme des adaptations favorisant le réchauffement de l'air inhalé, notamment pour éviter un choc thermique au lobe frontal du cerveau. Cette interprétation est récusée par ce que l'on observe au sein des populations humaines actuelles vivant dans les régions arctiques.  Ces populations ont bien des proportions corporelles rappelant celles des néandertaliens, mais leur nez est court et étroit avec des fosses nasales réduites alors que la face est plate avec un frontal particulièrement vertical . Il est possible que les néandertaliens aient une physiologie respiratoire inconnue dans notre espèce, bien que cela semble très improbable.

D'autres interprétations tentent d'expliquer l'étirement de la face et de l'occipital qui les caractérise. On évoque des outils peu performants, notamment pour le travail des peaux . Les pré-néerdantaliens utiliseraient intensément leurs dents comme troisième main dans plusieurs tâches culturelles. A force de tirer sur les mâchoires et de résister avec les muscles de la nuque, l'ensemble du crâne finirait par s'étirer d'avantage avec l'avancée des arcades dentaires, qui entraîneraient toute la face , la formation d'une barre osseuse au-dessus des orbites pour la renforcer et l'étirement de l'occipital en chignon. Ces interprétations sont récusées à la fois par la préhistoire et l'anthropologie. D'une part, on ne voit pas pourquoi ces caractères s'affirment alors qu'au cours de cette même période les pré-néandertaliens inventent de nouveaux outils sur éclats très efficace. D'autre part, des travaux en anatomie fonctionnelle ont montré que les caractères de la face et du front n'ont rien à voir avec l'utilisation intense des mâchoires. Chez les Néandertaliens, ils sont le résultat d'une longue dérive génétique et n'ont pas nécessairement de signification adaptative clairement établie.

Leur morphologie se met en place pendant des centaines de milliers d'années. Elle s'inscrit profondément dans leur patrimoine génétique. L'étude des crânes d'enfants montre que leurs caractères si dérivés adviennent très tôt au cours de l'ontogenèse. Cette lignée du genre Homo s'impose comme l'exemple le mieux connu d'une évolution dans un grand isolat géographique par dérive génétique. Certains caractères ont une signification adaptative, d'autres pas .     

Les cultures des Néandertaliens

En Europe occidentale,les hommes de Néandertal sont associés au Paléolithique moyen. l'outillage lithique de cette période de la préhistoire , comprise entre 120.000 et 35.000 ans , se caractérise par l'outillage sur éclats . Au lieu de débiter des blocs de pierre de manière à obtenir un outil toujours plus mince, les artisans de la préhistoire inversent le processus en produisant de grands éclats. C'est la technique " Levallois" . Elle consiste à prendre un bloc de silex ou un bloc de pierre de bonne qualité sur lequel l'artisan ménage un plan de frappe . Puis à l'aide d'un percuteur dur, en pierre, ou tendre en os ou en bois de Cervidé, il détache ensuite un grand éclat qui est ensuite retouché afin d'obtenir l'outil désiré. Cette technique mobilise des processus cognitifs complexes. La chaîne opératoire suppose la préfiguration de l'outil et des étapes cognitives nécessaires à sa fabrication. Avec l'information du débitage sur éclats, les techniques se diversifient elles aussi pour livrer  des éclats plus ou moins longs ou larges et, parfois des lames.

L'invention de la technique " Levallois" précède l'expansion du Paléolithique moyen. Ses prémisses remontent 300.000 ans au coeur de l'Acheuléen . Les artisans de l'Acheuléen récent finissent par obtenir de bifaces de plus en plus minces . Pour ce faire , ils inventent l'usage de percuteurs tendres, ce qui permet d'enlever des éclats plus longs , plus minces et plus coupants . Les plus anciennes preuves de débitage Levallois se trouvent en Afrique , au Moyen Orient et aussi en Europe  ( Maastricht-Belvédère, Orgnac, Biache, Vaufray, etc... ). On ignore donc si le mérite en revient à des populations d' Homo heildelbergensis ou à des populations plus récentes , comme les pré-néandertaliens , ou des précurseurs des hommes modernes. La généralisation de la fabrication d'outils sur éclats marque l'entrée dans le paléolithique moyen avec un diversification considérable des types : racloirs, grattoirs, pointes, limandes, etc... Ces outils dont les noms ne reflètent pas nécessairement les usages, attestent d'une diversification des tâches culturelles . Ils exigent des matières premières de bonne qualité dont les gisements se trouvent parfois à plus de 10 km . On relève cependant des contraintes liées aux ressources disponibles avec le silex très utilisé autour du Massif central et dans le nord de l'Europe, le basalte dans le centre de la France, le grès dans le Finistère, les quartzites dans la région franco-cantabrique, etc ...      

Le paléolithique moyen de l'Europe se nomme le moustérien, d'après le site de Moustier en Dordogne . Il se présente sous plusieurs faciès qui témoignent de la diversité des tâches comme des traditions propres aux différents groupes. La civilisation moustérienne s'étend des côtes atlantiques à l'Asie centrale . On la trouve aussi au Proche-Orient et dans le nord de l'Afrique . Plus au sud le paléolithique moyen prend le nom de Middel Stone Age " Age de la pierre taillée moyen "  . Il convient de souligner que si les cultures de la préhistoire sont désignées comme des âges de la pierre, l'outillage de ces hommes est surtout fondé sur l'usage du bois et d'autres végétaux . Mais le bois ne se conserve que très rarement. Les deux longs javelots en bois de Schöningen ( 400.000 ) , en Allemagne , ont servi à la chasse aux chevaux et autres animaux. Au fragment d'épieu en pin provenant de Clacton on sea en Angleterre ( environ 200.000 ) s'ajoutent de rares vestiges en bois conservés à Krapina en Croatie et à Kärlich en Allemagne . A signaler aussi la lance en if de Lehringen, de plus de 3m de long fichée dans le squelette d'un éléphant antique . Manifestement les Néandertaliens et leurs prédécesseurs possèdent des armes capable d'occire des animaux de grande taille.

Ces hommes vivent dans différents habitats . En milieu de steppe et de prairie , ils chassent des chevaux, des bisons, et, plus à l'est de l'Europe, des Antilopes saïga. Dans les régions de basse montagne , ils abattent des Bouquetins  et des chamois quand ceux-ci descendent dans les vallées à cause de l'expansion des glacxiers d'altitude . En milieu boisé, ils traquent des cerfs et des sangliers. A la limite des Toundras et des taïgas, ils se rabattent sur les Rennes, les mammouths, les boeufs musqués. De nombreux sites archéologiques contiennent des vestiges d'ours, de loups, de renards polaires, etc.. recherchés pour leurs fourrures et leurs canines employées comme parures . Ces hommes habitués à la vie dans des climats tempérés froids et périglaciaires s'adaptent très bien à des milieux plus méridionaux, comme au Moyen-orient. A Ulm el Tlel, en Syrie, les Néandertaliens chassent le zèbre , l'hémione, l'auroch, les gazelles et les dromadaires, des animaux des steppes boisées et sèches.ADederiyeh, toujours en Syrie , ils chassent les chèvres sauvages, les daims et les cerfs . Les squelettes de ces animaux sont trouvés entiers, ce qui signifie qu'ils ont été transportés ainsi. En revanche, on ne trouve que des parties de carcasses d'aurochs et de rhinocéros. Ces ossements dont certains ont été brûlés , correspondant , correspondant à des activités de chasse et de charognage. Ces pratiques s'observent dans la plupart des sites.

Les Néandertaliens ont des régimes très carnés . Les traces isotopiques présentes dans leurs os indiquent un régime alimentaire très porté sur la viande  - proportion d'azote 15 croissant le long de la chaîne alimentaire , les carnivores ayant le taux le plus élevé. Cela n'a rien de surprenant pour des populations vivant sous de hautes latitudes au cours des périodes froides. Dans de telles conditions climatiques , les ressources végétales ne sont disponibles qu'autour de la saison d'été . Comme chez les populations actuelles de chasseurs collecteurs , les populations néandertaliennes plus septentrionales ont un régime plus carné que celles installées plus près des bords de la méditerranées . D'une manière générale , les néandertaliens consomment assez peu de nourritures de source aquatique , sauf des populations installées pour quelque temps sur le littoral ou lors du frai des saumons.

Les pré-Néandertaliens aménagent leur habitat en fonction des ressources disponibles et des avantages naturels des sites. Ils s'installent dans les fonds des vallées protégées au fond des vallées ou de reliefs naturels abrités , sur les versants bien exposés des vallées , aux confluents des fleuves . Ainsi la hutte construite sur la plage à Terra Amata ( 380.000 ans ) ou la cabane de la grotte du Lazaret ( 130.000 ans ) , toutes les deetux près de Nice . A Arcy sur Cure, les Néandertaliens les plus récents utilisent des défenses de Mammouths pour aménager une grotte ( 35.000 ans ). Ailleurs, dans des régions dépourvues d'abris naturels, ces hommes en construisent en plain air, le plus souvent sur les berges des fleuves , dont les vestiges sont très dispersés. Dès Néandertaliens installés en Ukraine , à Moldova ( 44.000 ans ), ont élevé une cabane circulaire à l'aide d'une quinzaine de défenses et de crânes de Mammouths On relève les vestiges de 12 foyers à l'intérieur de la cabane et trois à l'extérieur . Le feu est un élément clé de leur adaptation car il procure chaleur, protection, lumière et favorise la cuisson des aliments comme la fabrication de certains outils  ( durcissement des pointes d'épieu, préparation de l'ocre , éclatement des silex ). Les plus anciens foyers structurés apparaissent vers 500.000 ( Menez Dregan en Bretagne , Versteszöllos en Hongrie, Terra Amamta) et se généralisent par la suite . L'archéologie de cette longue période décrit une maîtrise accrue de l'environnement , de ses ressources et de l'organisation de l'habitat ( aires d'activité ). Elle s'affirme au cours du Pléistocène moyen avec les pré-Néandertaliens pour aboutir à la civilisation moustérienne des Néandertaliens qui s'étend sur une partie de l'Ancien Monde.    

L'expansion géographique des pré-Néandertaliens et des Néandertaliens 

Les périodes glaciaires , liées aux cycles de Milankowitch, s'accompagnent de la formation d'une immense calotte de glace, l'indlandsis, qui s'étend jusqu'au sud de l'Angleterre, aux Pays -Bas et au Nord de l'Allemagne. Les régions qui les bordent sont inhospitaliers, ne laissant aux hommes que la partie méridionale de l'Europe . D'autres glaciers descendent des massifs montagneux , barrent les vallées et installent autant de barrières infranchissables. Plus à l'Est, la mer Caspienne devient un vaste bassin de déversement . Elle s'agrandit et achève d'isoler l'Europe. C'est au cours de ces périodes critiques que de faibles populations pré-néandertaliennes ont évolué selon les modalités évoquées précédemment.

Cependant, si les stades glaciaires provoquent l'isolement des populations pré-néanderthaliennes, les stades interglaciaires favorisent des excursions vers des latitudes plus septentrionales . Actuellement, la succession des uns et des autres est calée sur une échelle des variations isotopiques de l'oxygène. Le taux de variation de l'oxygène 16 et de l'oxygène 18, mesuré dans les sédiments océaniques , est un excellent indicateur des températures moyennes de la Terre . Les premières excursions septentrionales des pré-Néandertaliens se manifestent lors des stades isotopiques 11 et 13 datés respectivement de 500.000 et de 400.000, et correspondent à des périodes plus chaudes . On trouve l'homme de Boxdrove en Angleterre au stade 11 et 13 datés respectivement de 500.000 et de 400.000 ans , et correspondent à des périodes plus chaudes. On trouve l'homme de Boxgrove en Angleterre au stade 11 et ceux de Bilzingsleben en Allemagne et de Verteszöllos en Hongrie au stade 13. Ce sont les plus anciennes traces d'occupation humaine vers des latitudes de 50°nord . Lors des stades 9 et 7 plus cléments, respectivement vers 320.000 et 220.000 ans, des pré-Néandertaliens se retrouvent en Angleterre ( Hoxne) et au Pays de Galles ( Pontnewydd).

Ces mouvements migratoires s'étendent aussi vers l'est. L'Europe centrale et l'Asie centrale connaissent des climats plus continentaux et donc moins propices à l'installation des hommes. Ce n'est que lors des stades isotopiques plus cléments, comme au stade isotopique 11 vers 400.000 ans , que des populations pré-néandertaliennes investissent ces régions. On trouve leurs vestiges dans des grottes du Caucase ( Treugol'naya) et dans des sites de plaine (Pogreba, Kryaschi). L'association entre ces stades cléments et les migrations montre que ces hommes peuvent survivre dans des conditions climatiques rigoureuses sans être trop sévères.

Les Néandertaliens , plus récents, acquièrent les adaptations biologiques et culturelles qui leur permettent de s'installer de manière plus pérenne dans les régions tempérées froides . Lors du long stade isotopique 56, ce qui correspond au dernier grand moment interglaciaire entre 120.000 et 70.000 ans , ils investissent l'europe centrale et s'installent jusqu'en Sibérie (Okladnikov, Denissova). On connaît de nombreux sites dans les plaines d'Europe de l'Est ( Moldova, Rohzok, etc.), dans le Caucase , en Crimée( Kiik-Koba) et, plus à l'est, de l'enfant de Teshik-Tash en Ouzbékistan. C'est la plus grande phase d'expansion géographique connue de ces hommes des hautes latitudes.

L'âge d'or des Néandertaliens s'étiole sous l'effet de l'aggravation des conditions climatiques et l'arrivée d'autres hommes venus de latitudes plus basses . Le stade isotopique 4 , très froid , autour de 70.000 ans, repousse les Néandertaliens vers le sud . Ceux restés à l'ouest deviennent les Néandertaliens dits classiques car très dérivés. Ceux vivant plus à l'est se retrouvent au Moyen-Orient. Ils sont associés à des faunes des régions tempéréesfroides . Ils s'installent en irak(Shanidar), en Syrie ( Umm El Tlel, Dederyeh) et en Israël ( Tabun, Amud, Kébarah). Au cours de la longue période froide qui suit, marquée d'épisodes plus ou moins rigoureux, le Moyen-Orient voit se succéder une alternance de communautés écologiques avec des Néandertaliens accompagnés de faunes septentrionales et d'autres avec des proto-Cro-Magnon, nos ancêtres directs, entourés de faunes africaines . Dans l'état actuele de nos connaissances, les hommes anatomiquement modernes occupaient le Moyen-Orient avant l'arrivée des Néandertaliens -une datation récente de Tabun propose une date de 170.000 ans qui n'est pas confirmée. Il semble qu'il y ait eu très peu d'interactions entre ces hommes. Pourtant, ils appartiennent tous à la culture moustérienne et tous enterrent leurs morts.          

L'émergence des rites funéraires 

Les plus anciennes tombes connues sont celles des Proto-Cro-Magnon de Qafzeh et de Skhul; datées de 100.000 ans . Les tombes néandertaliennes d'Amud, de Tabun, de Kébara et de Dederiyeh sont plus récentes , entre 80.000 et 40.000 ans. Dans une perspective plus large, on répertorie une cinquantaine de tombes néertaliennes, dont une trentaines certifiées , entre l'Europe occidentale et l'Asie centrale . La majorité des sépultures provient de quelques sites  : sept sépultures à La Ferrassie en Dordogne, cinq à Shanidar, deux à Dederiyeh. Les Proto-Cro-Magnon observent une une habitude comparable puisqu'on relève cinq sépultures à Qafzeh et quatre à Skhul. Ces cimetières attestent du choix de lieux privilégiés pour enterrer les morts mais qui, pour autant,sont aussi des lieux d'habitat. Ces grottes sont occupées successivement sur de longues périodes et on ne sait s'il s'agit de nécropoles ou de sanctuaires . Elles ont pu l'être pour un temps . Les sépultures individuelles sont également nombreuses , comme la première découverte à La Chapelle aux saints en corrèze en 1908 ou l'enfant de Teshik-Tash en Ousbékistan. Celles-ci se trouvent dans des sites d'habitat et parfois en position centrale ( La Chapelle aux Saints , Roc de Marsal, Amud,Kiik Koba).

Les hommes du Moustérien enterrent tous leurs défunts, quelque soit leur âge ou leur sexe. Les corps sont disposés dans la direction est-ouest. Les adultes sont couchés sur le côté( décubitus latéral). A Qafzeh, une femme est enterrée avec un enfant , à La Ferrassie, un enfant est enseveli avec un foetus. Les tombes se présentent comme des fosses rectangulaires creusées dans le sol . Le fond peut recevoir une litière végétale ( Shanidar), être dallé ( Régourdou) ou enduit d'ocre. Le mobilier funéraire , quand il y en a, diffère d'une tombe à l'autre : massacre de bouquetin ( Teshi-Tash), patte d'Aurochs ( La Chapelle aux Saints ) , outils en silex( La Ferrassie ), fleurs ( Shanidar), outils et humérus d'ours(Régourdou). Les Proto-Cro-Magnon observent les mêmes pratiques. Ainsi le massacre de cerf posé sur thorax de l'enfant de qafzeh, ou la mandibule de sanglier de l'adulte de Skhul. Enfin des pierres et des dalles scellent parfois la sépulture . A Shanidar, trois tombes sont creusées et surmontées d'une élévation . A la Ferrassie un enfant est posé dans une fosse rectangulaire et recouvert d'une dalle de même forme marquée de cupules sur sa face inférieure. Une dalle de 850 kg recouvre la tombe du Régourdou. Tous ces vestiges sont les témoignages émouvants d'une humanité composée de plusieurs types d'hommes appartenant à une même civilisation qui partagent les mêmes croyances ;           

Note : Hommes préhistoriques et cannibalisme 

Entre clichés et tabous, le cannibalisme reste un sujet très controversé. A la Baume de Moula en Ardèche, les ossements de 6 individus néandertaliens, dont un enfant , portent des marques dépeçage et de broyage identique à celles relevées sur les ossements de cerfs. A Kaprina , en croatie , les squelettes de jeunes individus ont été désarticulés et décharnés , puis brisés et brûlés. Ailleurs l'analyse de coprolithes humains ( fèces fossilisées ) indiquent des traces de protéines humaines , ce qui signifie que de la chair humaine  a été consommée. La conclusion la plus logique est d'y voir les traces de pratiques cannibales chez les Néandertaliens. Mais ils ne sont les seuls.Il en est de plus anciennes sur le crâne de Bodo en Afrique ( 300.000 ans )comme chez les hommes de Pékin ( plus de 200.000 ans ) ou encore à Gran Dolina en Espagne ( 300.000 ans ). C'est le cas aussi chez les plus anciens hommes modernesconnus de Klasies, en afrique du Sud ou de Herto  en Ethiopie. Des os sont brisés, certains sont brulés. Le front porte des traces de découpe, comme sur le crâne de Bodo . Plusieurs crânes d'Homo erectus  et d'Homo heildenbergensis ont eu la base défoncée  ou le trou occipital élargi pour accéder au cerveau . Des hommes mangent des hommes depuis plus de 300.000 ans . Les plus anciennes traces de ces pratiques se retrouvent à Gran Dolina , en Espagne. Là, dans le Sima de Los Huesos, " le puit à ossements " se trouvent les squelettes d'une trentaine d'individus dont certains ont été décapités, d'autres ossements brisés pour en tirer la moëlle . La question est de savoir s'il s'agit d'un cannibalisme de survie , ou rituel ou systématique . Le cannibalisme de survie est bien connu dans l'histoire ancienne et récente de notre espèce , et de telles circonstances ont dû s'imposer chez les autres hommes préhistoriques . Le cannibalisme rituel est aussi très répandu dans notre espèce , selon des pratiques réelles ou symboliques , sur tous les continents . Il en est de même pour le cannibalisme gastronomique . Dans tous les cas , le traitement des corps mobilise des techniques utilisées en boucherie . On note que des marques d'outils sur des ossements humains apparaissent aux époques où les hommes mettent en place des pratiques funéraires. Il est donc difficile d'afirmer ou d'infirmer que des hommes sont cannibales au sens où ils incluent d'autres hommes dans leur tableau de chasse . Il n'y a pas d'espèce cannibale , mais des populations qui se livrent au cannibalisme pour diverses raisons , des plus symboliques aux plus sordides, des plus circonstancielles aux plus systématiques.

Pourtant on ne cesse de lire que les Néandertaliens seraient des hommes très archaïques . On conteste leur Pourtant on ne cesse de lire que les Néandertaliens seraient des hommes très archaïques . On conteste leur aptitude au langage comme on met en doute qu'ils aient eu des sépultures et une symbolique, ou encore la capacité à chasser de grands animaux . L'archéologie dément formellement la dernière affirmation . Quand aux sépultures , si on connaît aussi bien l'évolution des Néandertaliens , c'est justement parce qu'ils enterraient leurs morts , ce qui a permis de retrouver un grand nombre de fossiles . On affirme aussi qu'ils auraient enterrés leurs défunts par simple comportement d'imitation . En effet la plus ancienne sépulture connue est celle de qafezh. Elle renferme un proto-cro-magnon. Mais il ne paraît guère possible que ce soit la première jamais creusée. D'autre part si les Néandertaliens on adopté ce type de comportement , il faut admettre un mode de communiucation capable de diffuser une part de sa signification et cela ne peut se faire sans le langage . En effet on connaît des tombes néandertaliennes en europe et en Asie  dont l'âge précède de plusieurs milliers d'années, l'arrivée des hommes modernes . Ainsi, il y a peu de chances pour que les premiers rites funéraires aient commencé par des tombes aussi élaborées que celle de qafzeh. Cette attitude culturelle, qui ouvre la voie vers une pensée abstraite et spirituelle , est plus ancienne . Ses prémices se retrouvent dans la concentration de squelettes de pré-Néandertaliens de la sima de Los Huesos d'Atapuerca en Espagne datée de plus de 200.000 ans. La concentration de plus d'une trentaine d'individus en cet endroit exige une intervention volontaire. Dans l'état actuel de nos connaissances , aucun élément ne permet d'instituer une différence culturelle fondamentale entre les Néandertaliens et les proto-Cro-Magnons au cours du Moustérien.    

La fin des Hommes du Moustérien ( -300.000-30.000 )

Les Néandertaliens et les proto-Cro-Magnon sont les acteurs de la civilisation moustérienne qui couvre l'Europe, l'Afrique et une partie de l'Asie. Même si cette civilisation connaît des variantes régionales et locales, rien ne permet d'affirmer que ces différences correspondent à un type de population ou d'hommes . On ne peut pas attribuer un site du Moyen-Orient à des hommes de Neandertal ou à des Cro-Magnon sans avoir trouvé des ossements qui permettent de l'affirmer.

Cette situation change brutalement vers 40.000 ans. Des populations d'hommes modernes , des Cro-Magnons , pénètrent en Europe et investissent l'aire géographique des Néandertaliens . Ils arrivent porteurs de nouvelles technologies associées à la culture dite de l'aurignacien ( -39.000-28.000). Ils fabriquent des outils sur lame et travaillent l'os , marquant ainsi le commencement du paléolithique supérieur ( - 45.000-10.000). Ces émigrants possèdent des capacités d'adaptation culturelle plus efficaces que celles des néandertaliens et, ce qu'on oublie trop souvent, des autres populations de notre propre espèce qui leurs sont contemporains. Ces nouveaux arrivants pénètrent dans l'Europe néandertaliennes après avoir supplante- remplacé ? acculturé ? assimilé ?  - les autres populations d'hommes modernes attachées au moustérien.  

Ce processus de remplacement , qui s'étale sur des milliers de kilomètres et des milliers d'années, débute donc en Asie occidentale et s'étend à l'Europe centrale . Au fil des fluctuations climatiques de cette période, on constate que les sites néandertaliens correspondent à des épisodes climatiques cléments . C'est le cas aussi des premières incursions des Cro-Magnons . Mais , bien qu'ils soient physiologiquement moins adaptés au froid que les néandertaliens , ils se maintiennent même lorsque la rigueur du climat chasse ces derniers . Après quelques millénaires - à partir de 35.000 ans - , les Cro-Magnons , qui s'implantent plus efficacement grâce à l'éventail de leurs acquis techniques et culturels, finissent par occuper tout l'espace.  

On suit un processus comparable en Europe occidentale mais selon des modalités plus précises. Les populations cro-magnoïdes arrivent selon deux voies de pénétration . L'une longe le nord de la Méditerranée, l'autre passe par l'Europe centrale et contourne, au nord, les grandes chaînes montagneuses . Il ne s'agit évidemment pas d'un mouvement en tenaille concerté comme le laissent entendre des hypothèses qui transportent dans le monde de la préhistoire les grands conflitdes périodes récentes de notre histoire . Mais les effets ne sont pas moins désastreux pour les Néandertaliens dont les zones de répartition géographique se fragmentent . Il s'ensuit une rupture de flux génétique entre elles, sanctionnées par la disparition des derniers néandertaliens vers - 30.000 ans .

Leur remplacement par les Cro-Magnon se réalise au cours de la période froide et très instable du stade 3. Le mouvement commence vers - 38.000 ans et s'achève vers -30.000 ans. Au fil des millénaires , on constate un rétrécissement sensible des zones occupées par les Néandertaliens . Leurs populations se concentrent sur le centre de la France, le nord de l'Italie, les pays des Balkans, quelques régions d'Europe centrale et le sud de la péninsule ibérique. Dans toutes ces zones, à l'exception de l'Espagne , on suit une évolution de l'outillage lithique qui passe de faciès moustériens classiques à des faciès influencés par l'aurignacien auquel s'ajoute de l'outillage en os . Ce sont respectivement le châtelperronien, l'Uluzzien et le szélécien. Les sites néandertaliens les plus récents sont ceux de Quincay, Arcy-sur-Cure, Saint-Cézaire en France, Cavallo en Italiue, Vindja en Croatie, Streleskaya et Mesmaskaya en Europe centrale . Ces cultures se manifestent donc par l'apparition de types divers de pointes de silex taillées et d'outils en os . A Arcy-sur Cure, on trouve des poinçons et des épingles dans cette dernière matière, parfois entièrement polis.  A celà s'ajoutent des objets en ivoire et des boules d'ocre. Il y a aussi des parures et des colliers confectionnés avec des canines de carnivores  ( renard polaire, ours, loup ) . A signaler également des galets et des plaques de schiste  " gravés" et des pièces en os avec des trous ou portant des marques intentionnelles dont la signification " artistique " reste très incertaine. Le sol des habitats , qui peut être aplani, dallé, ou encore ocré  ( travail des peaux ? ) , devient mieux organisé. Tous les hommes de cette époque s'engagent vers la dernière grande période de la préhistoire, le paléolithique supérieur.    

Un vif débat oppose ceux qui pensent que les Néandertaliens , plus archaïques, ont progressé grâce à l'influence des Cro-Magnon et d'autres qui imaginent des échanges dans les deux sens. Il est indéniable que les sites néandertaliens connaissent une évolution après l'arrivée de l'aurignacien. Mais la nature exacte des échanges entre ces hommes nous échappe. Sans nier l'occurence de conflits parfois mortels, il a bien fallu des relations plus pacifiques pour expliquer ces transferts culturels. Mais à terme ce sont les néerdantaliens qui disparaissent . Comme le processus décrit en europe centrale , les capacités techniques et culturelles des Cro-Magnon leur permettent de s'installer plus longtemps sur les mêmes sites . Leur économie favorise à la fois une densité de population sensiblement plus forte et une sédentarité plus ferme . C'est ce que l'on constate entre des populations qui ne vivent que de chasse et de collecte comparées à celles qui vivent des mêmes ressources auxquelles s'ajoutent des ressources aquatiques. D'après les vestiges archéologiques , les Néandertaliens se rapprochent des premiers et les Cro-Magnon des seconds. Il suffit de quelques millénaires pour que des démographies sensiblement différentes sanctionnent l'élimination des Néandertaliens. 

Leur dernier refuge se trouve dans la péninsule ibérique , au sud de l'ebre. Ils perpétuent la tradition moustérienne puis leur derniers vestiges s'estompent vers -30.000 ans, comme dans les sites de Zaffaraya au sud de l'Espagne ou de Columberia au Portugal.    

Les Hommes de Solo

Pendant les périodes froides, les pré-Néandertaliens sont isolés en Europe par les glaciers . L'Indonésie est en revanche reliée au continent asiatique à cause de la baissse du niveau des eaux . Des hommes se sont installés à Java à plusieurs reprises . Leur isolement chronique , au cours des périodes interglaciaires , engage un autre processus de dérive génétique . Il en est de même des faunes qui les entourent , fortement endémiques. Les populations d'homo erectus évoluent vers des homes de plus en plus corpulents , au squelette très massif et au cerveau plus développé. Ils sont très différents des Néandertaliens . Leur face , connue seulement par de rares fossiles assez complets comme le crâne de Sangiran XVII , exhibe un maxillaire dont la région infra-orbitaire est très robuste . La fosse canine persiste , ainsi que l'échancrure en dessous de la pommette. Tous les reliefs osseux apparaissent puissants . Le crâne hyperossifié possède des reliefs impressionnants comme la barre au dessus des orbites . Ces caractères vont en s'affirmant avec les hommes de Sambungmachan et de Ngawi jusqu'aux hommes de solo trouvés sur les berges de la rivière du même nom. Des datations récentes situent ces hommes autour de - 30.000 ans, contemporains des derniers néandertaliens . Les hommes de Solo sont en fait des Homo erectus très dérivés et, d'une certaine manière , expriment les tendances évolutives d'une autre branche récente du genre Homo.       

Ils diffèrent des autres Homo erectus sensiblement contemporains du continent asiatique , on ne les connaît pas en dehors de l'Indonésie. Plusieurs indices suggèrent cependant une colonisation précoce de l'Australie . Les crânes de Kow Swamp , daté de 15.000 ans , possèdent des caractères robustes et archaïques qui évoquent les hommes de Solo : barre osseuse importante au dessus des orbites; robustesse de la mandibule; grande taille des dents et arcades dentaires ; pommettes développées. L'histoire évolutive des hommes de Java semble témoigner d'une autre dérive génétique liée à l'insularité et, peut-être , d'une migration vers l'australie . Cependant, cette dérive s'appuie principalement sur la seule évolution morphologique . Les positions stratigraphiques comme les datations des hommes de java restent encore très discutées, et l'Asie orientale ne connaît pas de cultures lithiques aussi complexes que dans la partie occidentale de l'Ancien monde . Cela ne signifie pas que ces populations soient incapables de travailler la pierre, mais tout simplement qu'elles n'ont pas accès à de telles matières premières et surtout, que leurs technologies reposent sur l'usage  du bois et d'autres végétaux, notamment le bambou. Pour toutes ces raisons , l'histoire évolutive des hommes reste difficile à reconstituer dans cette région du monde.

La dernière communauté d'hommes  

Les hommes de Neandertal comme ceux de Solo participent à la dernière période marquée du sceau de la diversité humaine . D'autres populations contemporaines occupent l'afrique et l'Asie , parmi lesquelles se trouvent celles ancestrales de l'homme moderne. Avant d'aborder cette question , il faut revenir à ce que signifie ce diversité au sein du genre Homo.

Les  hommes de Néandertal, les hommes de Solo et les hommes anatomiquement modernes se partagent l'ancien monde à la même époque entre -120.000 et -30.000 ans. Tous ces hommes appartiennent au genre Homo  mais représentent-ils différentes espèces  ( Homo néandertalensis, Homo soloensis, Homo sapiens ) ?   ou des sous-espèces régionales ( Homo sapiens néandertalensis, homo sapiens soloensis, Homo sapiens sapiens ) ? En d'autres termes, peuvent-ils se reproduire entre eux - même espèce - ou pas - espèces distinctes? Trois études ont permis de comparer l'ADN extrait d'os de Néandertaliens avec celui des hommes modernes. Il en ressort qu'ils diffèrent considérablement  - très exactement , sur les quelques 300 paires de bases comparables , cette différence atteint, relativement à toutes les populations humaines actuelles , une moyenne de 26 substitutions alors que ces moyennes voisinent autour de 8 entre populkations modernes. Ce qui plaide pour une distinction au niveau de l'espèce . Cependant, des anthropologues font remarquer que notre ADN a évolué depuis cette époque . Il serait donc souhaitable de comparer celui d'un Néandertalien avec celui d'un homme moderne contemporain. Cela a été fait avec de l'ADN extrait des ossements d'un homme anatomiquement moderne exhumé près du lac mungo, en Australie, et daté de 60.000 ans . Il s'avère aussi différent du nôtre  que celui des néandertaliens . Une autre étude récente , fondé sur de l'ADMmt d'un Cro-Magnon daté de 24.000 ans , confirme une différence génétique significative entre les néandertaliens  et les représentants de notre espèce de cette époque. Autrement dit l'ADN des néandertaliens et des hommes anatomiquement modernes d'il y a plus de 60.000 ans est tout aussi différent que celui des populations actuelles . Cependant , les études sur l'ADN mitochondrial sont encore trop récentes et trop entachées d'incertitudes - par exemple , celui-ci se révèle plus différent entre deux sous espèces d'Orang-outangs qu'entre les hommes et les chimpanzés - pour trancher la question.

D'autres éléments plaident en faveur d'une différence au niveau de l'espèce entre les néandertaliens et nos ancêtres immédiats, comme la longue dérive génétique et l'apparition des caractères dérivés très tôt au cours de l'ontogenèse. un autre argument découle de la longue cohabitation entre les Néandertaliens et les Cro-Magnon pendant des milliers d'années au Proche Orient et en europe. S'ils avaient pu être interféconds, alors une population aurait absorbé l'autre ou l'on aurait eu des hybrides - le crâne du skhül en Israël, Velho au Portugal - n'apportent pas d'arguments convaincants. En fait , les derniers fossiles néandertaliens ne manifestent aucune trace d'atténuation de leurs caractères propres . Tous ces éléments inclinent à reconnaître une espèce Homo néanderthalensis, distincte de la nôtre , qui s'éteind entre -35.000 et -30.000 ans. Une histoire comparable sanctionne la disparition de Homo soloensis. Depuis cette époque , la grande histoire  évolutive des hominidés se réduit à notre seule espèce Homo sapiens .    

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Date de dernière mise à jour : 10/01/2016